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Accents d'Europe
24 avril 2001
Royaume-Uni
Peut-on jamais réhabiliter des enfants meurtriers?


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on, est retrouvé
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Le reportage
MOTS CLÉS Key words
Le meurtre

Comment juger les mineurs ayant commis des crimes ? Devant des actes souvent monstrueux, la justice doit-elle les juger comme s'ils étaient majeurs ? Quelles autres sanctions peut-on envisager ? Mais peut-on jamais réhabiliter des enfants meurtriers ? A l'heure de la libération des deux assassins de James Bulger, tué en '93, le débat anime toujours autant la société britannique. Le petit garçon de deux ans est retrouvé mort, tué par Robert Thompson et Jon Venables, tous deux âgés de 10 ans. Le 26 octobre 2000, un juge britannique décide la libération des deux meurtriers au cours de l'année 2001, décision confirmée par la Cour d'appel. Les deux meurtriers sont libres et pourvus de nouvelles identités, ce qui choque toujours autant les Britanniques. Philippe Auclair de la BBC :

" Ils vont les libérer, et ce pauvre enfant, lui, ne sera jamais libre, il est mort. Ils ont le mal en eux et ne devraient jamais sortir de prison. Ils ne lui ont pas donné de seconde chance, pourquoi en auraient-ils une ? " Voilà des opinions recueillies à Liverpool, la ville d'où était originaire le petit James Bulger, retrouvé le crâne fracassé à coups de brique, le long d'une voie ferrée. Le souvenir fait encore mal, la colère est toujours vive, la soif de vengeance aussi. Mais pour Lord Chief Justice Woolf, une des plus hautes autorités judiciaires du Royaume, l'enjeu n'est pas la vengeance, mais la réhabilitation. Comme ils ont servi plus de 7 ans de leur peine, les meurtriers, qui n'ont pas encore 18 ans, peuvent être libérés. Ces conclusions ont scandalisé les familles des victimes, représentées par Norman Brennan :

" Denise, la maman de James, estime qu'on a bafoué les droits de son fils et les siens car Denise, elle, est condamnée à perpétuité. James Bulger n'est plus de ce monde, et pourtant, on offre à ses assassins la chance de se réhabiliter. Lorsqu'un crime aussi odieux est commis, que les meurtriers soient majeurs ou non, la punition doit prendre le pas sur la réinsertion. "

L'un des plus gros obstacles qui gêneront la réinsertion de Robert Thompson et de Jon Venables est l'intérêt extraordinaire que leur crime a suscité dans les médias et dans l'opinion publique. Leur notoriété est telle qu'ils devront impérativement changer d'identité lorsqu'ils seront libérés. Richard Garside est porte-parole de NACRO, une association d'aide à la réinsertion des délinquants juvéniles :

On les a emprisonnés enfants, ils vont sortir de prison adultes, et les années passées derrière les barreaux ne les auront pas préparés à cela. Il sera très important que la presse ou d'autres gens ne leur donnent pas la chasse, en partie pour leur sécurité. S'ils étaient identifiés publiquement, des vigilantes pourraient décider de se faire justice eux-mêmes. Il leur sera très difficile de s'ajuster à une vie normale s'ils ont les médias constamment à leurs trousses. "

De fait, lorsque la presse populaire avait publié, l'an passé, les noms et les adresses de pédophiles sortis de prison, des foules hostiles s'en étaient pris à eux avec violence, et des innocents qu'on avait confondus avec les criminels avaient, eux aussi, été brutalisés. Que se passerait-il dans le cas de Thompson et de Venables ? Richard Garside :

" D'un côté, il y a un sentiment très fort et tout à fait compréhensible que justice doit être faite, c'est pour cela qu'on doit punir. Mais nous savons aussi que les enfants ne sont pas toujours responsables de leurs actes, c'est pourquoi ils n'ont pas le droit de boire, de fumer, d'avoir des relations sexuelles ou de voter, c'est pour cela qu'on les oblige d'aller à l'école. Dans une société moderne, les adultes doivent prendre des décisions que les enfants ne peuvent pas prendre eux-mêmes, et il est malheureux que, dans des cas comme celui-ci, on oublie cette distinction importante. "

La Cour d'appel britannique s'est donc décidée en faveur de la libération de Robert Thompson et de Jon Venables. Dans leur cas, on a choisi la réhabilitation plutôt que la punition.

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