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Accents d'Europe
22 mai 2001
Nudité féminine dans la publicité : sexe ou érotisme ?
Plusieurs campagnes franchissent la ligne rouge haut la main : la pub Weston, dans laquelle on voit une femme dénudée et légèrement vêtue d'une veste léopard, assise négligemment sur un fauteuil, aux pieds d'un homme dont on ne voit que les pieds. Ou la pub de La City, où une femme nue est à quatre pattes aux côtés d'un cochon. Ou encore la pub pour le parfum Opium, interdite en Grande-Bretagne. Philippe Auclair de la BBC :
Allongée sur un fouillis de velours noir, une femme qui, comme dans Les Bijoux de Baudelaire, n'a gardé comme parure que ses bijoux sonores. Sa main gauche est posée sur son sein, sa nuque est arquée, ses jambes ouvertes. L'image est frappante, arrête le regard, choque ou séduit, voire les deux à la fois. La modèle est Sophie Dahl, la petite-fille de l'écrivain Roald Dahl, l'anti-Kate Moss. Une jeune femme aux formes voluptueuses. Un Rubens, disent certains.
Et depuis des mois, cette image avait été publiée dans la presse féminine britannique, sans que qui que ce soit y trouve à redire. Mais là, au vu de tous, scandale! Enfin, n'exagérons pas. Un peu plus de mille plaintes auprès des autorités. Un député gallois qui intervient à la chambre, parce que l'affiche a été collée devant l'entrée du Parlement. Des policiers du Yorkshire qui se plaignent que la photo de la belle Sophie risque de distraire dangereusement les conducteurs. Plus que l'image elle-même, c'est son interdiction qui a soulevé un grand débat au Royaume-Uni.
Qu'est-ce qui nous choque ? se sont demandé les Britanniques. La nudité ? Elle est partout, tout le monde s'en fiche, ou à peu près. La pose du modèle ? Peut-être bien. Cette femme, avec laquelle on vend un parfum, est visiblement une femme de désir. Entendons : une femme qui désire elle même, et non pas désirée. Une femme ouverte au plaisir et qui ne souhaite peut-être pas le partager.
Pour une fois, l'industrie de la publicité, qui met le sexe à toutes les sauces pour vendre les aspirateurs, a présenté une image de la femme profondément érotique, et pas seulement pour le regard masculin. Car Sophie Dahl, bien en chair, n'a pas l'irréalité des top-modèles aux hanches adolescentes. L'image de la femme d'Opium est l'image d'une femme, certe sexualisée, mais qui semble échapper à l'objectification, tout en s'offrant comme un objet fantasmatique. C'est cela qui a tant troublé les âmes anglaises. Hommes ou femmes, peu importe. Les clivages étaient ailleurs. Peut-être en chacun de nous.
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