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Accents d'Europe
3 avril 2001
France
Autant en emporte l'eau


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Le reportage
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Les gros travaux
C'est un paradis aujourd'hui disparu, un petit hameau de Savoie au fond d'une cuvette alpestre, petit bijou de village blotti autour de son clocher. Les amateurs de ski en ont peut-être entendu parler, il se trouvait juste en contrebas de la célèbre station française de Tignes. " Se trouvait " car, il y a 50 ans, des ingénieurs sont venus pour y construire un barrage. Les eaux ont recouvert la vallée pour laisser place à un lac artificiel. Oui, mais voilà, bon nombre des villageois habitaient ici depuis des générations. José Raymond, 82 ans, est de ceux-là; il en a encore un souvenir ému. José Raymond, interrogé par Florence Denoret :

" Nous étions 400 habitants et il y avait le chef-lieu groupé autour de l'église et du clocher, et il y avait quatre hameaux. Tout ça, c'était dans la plaine, dans un beau vallon. Mais, malheureusement, ce vallon était fermé par une gorge très étroite et très solide, ce qui a tenté les ingénieurs qui sont venus à Grenoble. Et, tout de suite, ils ont vu qu'il y avait une possibilité de barrage dans cette vallée; et après, ils ont attaqué les travaux en 47. Je crois que le barrage a été inauguré par Vincent Auriol en 1953, au mois de juillet. "

La faute au progrès ? Aux 5000 emplois créés contre le déménagement des 400 habitants ? Les arguments donnés par les autorités n'ont pas suffi à convaincre les habitants du vieux Tignes. Beaucoup sont alors entrés en résistance :

" D'abord, on avait fait une petite guerre. On avait fait sauter des appareils au barrage, on avait brûlé un transformateur, et ils ont envoyé une compagnie de CRS. A ce moment-là, on était très surveillés, pour qu'on ne puisse pas faire de dégâts sur leur construction. Et au moment de la mise en eau, alors ils ont dynamité toutes les maisons et ils ont passé le bulldozer après, pour qu'il n'y ait plus de traces du village. Je me souviens très bien du jour où ils ont fait sauter l'église, le clocher. Je crois que c'était le 25 avril 1952. "

Chassés par la montée des eaux, la plupart des anciens Tignards ont quitté la région. Ceux qui sont toujours en vie reviennent pourtant régulièrement. Tous les 10 ans, a lieu la vidange du barrage, une occasion d'exprimer sa colère :

" Ça a été une très grande souffrance, d'ailleurs à l'heure actuelle, 50 ans après, j'en ai toujours le regret et la peine. Et beaucoup de gens ont été comme moi. Je vous signale aussi que, certainement, il y eu des morts prématurées du fait de notre départ du vieux village. J'accuse toujours l'Etat français de nous avoir noyés. Et j'avais dans l'idée, vous savez pas quoi, de brûler le drapeau français. Mais, on m'en a dissuadé. Finalement, j'ai rien fait. "

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