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Accents d'Europe
14 février 2001
France
Un métier difficile
En France, ils sont 96 % à trouver leurs métier difficile, mais 73 d'entre eux n'en exerceraient pas un autre. Et pourtant, comme ailleurs en Europe, ils y sont poussés par l'Education Nationale, engluée dans des lourdeurs administratives qui se concrétisent par une gestion anarchique des remplacements, des mutations, des inspections et des promotions.
Laure Dumin, 28 ans, professeur de français dans une banlieue calme de la région parisienne, enseigne depuis 6 ans. Elle pratique encore son métier par vocation mais à quel prix :
" Il y a d'abord le problème de mon instabilité, je ne suis jamais deux années de suite dans un même établissement, on récupère toujours les emplois du temps les plus détestables, les classes bien souvent les plus difficiles. Et puis auprès des élèves, ça veut toujours dire trois mois de bras de fer, en fait, pour s'imposer, parce qu'on n'existe pas encore, parce qu'on est remplaçant, parce qu'on est testé, et bon, parfois, même pas dans sa matière: il m'est arrivé d'enseigner l'histoire-géo. Je n'ai jamais été mutée, à moins d'une heure et demie, deux heures - en transport - de chez moi. Si vous comptez qu'on a les emplois du temps pourris qu'on a, ça fait debout 5h00 du matin, deux heures pour aller, la journée, deux heures pour rentrer. "
Les professeurs sont pris entre l'enclume de la hiérarchie et le marteau des élèves et des familles. Or, le professeur ne peut compter sur personne pour s'en sortir, ni l'autorité, ni la solidarité du milieu :
" Il y a cette espèce de tendance qu'a la société, en fait, à déverser des quantités de missions annexes sur l'école et sur l'enseignant, qui sont absolument ingérables. Je pense que ce n'est pas à nous d'expliquer aux enfants que "putain", ce n'est pas une ponctuation, par exemple, qu'il faut dialoguer et non pas se taper dessus, que, non, ça n'est pas normal de bousculer quelqu'un sans même lui demander pardon, que, oui, il faut garder ses chaussures en cours mais enlever son manteau quand même.
Il faudrait effectivement qu'on prenne un kit-élève, si vous voulez, en début d'année et, à la limite, qu'on le rende chaque soir propre sur lui, avec l'ensemble de ses affaires, sans bosses, et la tête bien remplie et sans travail à la maison. Parce que ça, bon, les parents sont débordés et puis, vous comprenez, les loisirs ! Parce qu'ici, moi je ne termine jamais une période scolaire avec une classe entière… toujours besoin de partir un jour avant, minimum ! Si les enfants n'avancent plus, ce n'est pas parce qu'ils sont plutôt instables, plus ou moins indisponibles, ou plus ou moins ceci ou cela… c'est parce que le prof est mauvais, et nous sommes sommés, donc, de corriger nos défauts le plus rapidement possible. Donc ça, c'est très dur. "
Seule solution pour que le collège change : oser prendre de la distance avec le sacro-saint programme, avec l'administration qui a droit de vie et de mort sur la carrière, et témoigner des difficultés. Quelles sont les solutions envisagées par les enseignants ? Laure Dumin :
" Cesser de dire qu'on va tous avoir le même diplôme, c'est faux ! Cesser de dire que tout le monde a les mêmes chances, c'est complètement super-faux ! Je veux dire, arrêter d'être démagogique, arrêter de convoquer des profs pour leur demander de falsifier des bulletins, ou parce qu'il faut remonter les notes, arrêter de se gargariser de mots. Effectivement, se montrer plus honnête, je pense aux super-pédagogues qui nous imposent des choses et qui, depuis combien d'années, n'ont plus de contact avec le terrain. Et puis ne pas s'étonner si, en tombant dans tous ces pièges, il y a de plus en plus des fuites d'élèves vers le privé, parce que, effectivement, nous ne travaillons globalement, et de plus en plus, que pour les élèves plus faibles. "
Après 6 ans de carrière, Laure gagne un peu plus de 10 000 francs par mois, soit environ 1500 euros.
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