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Accents d'Europe
5 Juin 2001.
La fin de la guerre scolaire?

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Le reportage
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Le système scolaire

Impossible de parler des écoles privées en Europe sans parler de la guerre scolaire en France, spécialité toute nationale. Aucun sujet n'est plus susceptible d'animer une conversation qui languit, aucun terme n'a suscité autant de manifestations géantes et n'a fait démissionner autant de ministres. Le privé contre le public, pourquoi ? Avec Jacques Georgel, universitaire spécialiste des questions scolaires :

C'est la République qui est devenue anticléricale, parce que l'église dominante en France avait montré, elle, qu'elle était antirépublicaine et que, par conséquent, on ne pouvait former les nouvelles générations à l'amour de la République, à partir de 1875, qu'à condition de combattre l'église qui enseignait le contraire.

La situation est pourtant en train de changer. Les parents ont de plus en plus tendance à faire leur marché parmi une offre scolaire diversifiée et largement déconfessionnalisée. Dans les zones touchées par la violence notamment, la fréquentation des écoles privées est en augmentation. Le privé, plus le public, avec Eric de Labarre, président de l'UNAPEL, l'union des associations des parents d'élèves de l'enseignement libre :

" Il y a sans doute encore ce que l'on appelait autrefois des milieux laïques, au sens traditionnel de ce terme, dans le combat politique français. Mais on est rentré dans une période, effectivement, où il n'y a plus de guerre scolaire. Je crois que plus personne, ou pratiquement plus personne, ne la souhaite. En tout cas, pour ce qui nous concerne, nous n'avons rien fait, nous ne ferons rien, qui puisse rallumer ce que l'on a l'habitude d'appeler la guerre scolaire. Ce qui est également certain, c'est que les Français, eux, ont fait clairement le choix de la fin de la guerre scolaire. Il faut savoir qu'aujourd'hui, il y a presque un enfant sur deux qui, à un moment ou à un autre de sa scolarité, passera par l'enseignement catholique au long, donc, de son cursus. C'est clair, pour les Français, qu'il n'y a plus de guerre des écoles. Les chiffres que je viens de vous donner démontrent que la population scolarisée dans les établissements privés est exactement la même, sociologiquement, que celle qui est scolarisée dans les établissements publics. Il n'y a pas de catégorie sous-représentée dans l'enseignement privé. Pour combattre une idée traditionnelle, l'enseignement privé catholique n'est pas l'enseignement des bourgeois. "

La fin d'un conflit centenaire, donc ? On assiste pourtant à une levée de boucliers, dès lors qu'il est question d'aligner les retraites du privé sur celles du public, ou de classer les établissements privés en zones prioritaires, et donc de leur allouer des subventions supplémentaires. Qu'en est-il alors de la guerre scolaire ? Jacques Georgel :

" La dernière manifestation, sans doute vous en souvenez-vous, a été en 94, lorsque François Bayrou, ministre de l'éducation nationale du gouvernement d'Edouard Balladur, a tenté de faire adopter, in extremis, et au milieu d'une nuit, une politique de subventions, nouvelle à l'enseignement privé, qui s'est soldée par un échec, d'une part parce que le Conseil Constitutionnel a dit non, et d'autre part parce que le secteur public avait mobilisé toutes ses forces et qu'il y a eu un immense défilé de six cent mille ou sept cent mille personnes à Paris en janvier 94. Dix ans plus tôt, lorsque François Mitterrand avait voulu réaliser son projet de service de l'Education nationale unique en France, il y avait eu une manifestation aussi importante, non seulement de l'enseignement privé, mais de laïcs qui ne voulaient pas qu'il n'y ait plus en France qu'un seul type d'enseignement, parce que cela eût été diminuer la liberté. Alors une manifestation en 84 et une autre en 94, montrent bien avec six ou sept cent mille personnes, de chaque côté, que l'opposition est encore très vivace, même si on a enterré la hache de guerre. "

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