Présidentielle 2006 en RDC
 
Analyse du scrutin
 

Analyse

 

Par Elikia Mbokolo
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Elikia Mbokolo
Le professeur Elikia Mbokolo, historien, directeur des études à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris, revient sur les enjeux des élections générales du 30 juillet, en République démocratique du Congo.


Contrairement à une idée reçue bien établie, les élections générales du 30 juillet 2006 ne sont pas « les premières élections libres et démocratiques du Congo depuis son indépendance », comme se plaisent à le répéter la plupart des medias, y compris au Congo.

Ce pays a connu en effet en 1960, en 1965 et même en 1977, des élections où le peuple a eu effectivement le choix de ses dirigeants.
Néanmoins, ces élections-ci revêtent une importance cruciale pour le Congo et, au-delà, pour l'Afrique.

Enjeux

Les élections générales du 30 juillet 2006 ne sont pas les premières élections libres et démocratiques du Congo depuis son indépendance
Elikia Mbokolo
 
Les enjeux de ces consultations sont multiples. Le Congo en est en effet à sa huitième constitution depuis l'indépendance et les gens sont réellement fatigués du système actuel de « 1 plus 4 » (un président et quatre vice-présidents).

Ces élections permettront d'abord de trancher la question de la légitimité du pouvoir, car depuis la mort de Patrice Lumumba en 1961, aucun pouvoir n'a bénéficié d'une légitimité incontestée.
Il faut aussi consolider, voire simplement établir, le régime démocratique dans un pays qui a connu 32 ans de dictature mobutiste après quelque 80 ans d'un colonialisme particulièrement autoritaire.
Ces élections permettront enfin d'établir de manière indiscutée l'équilibre réel des partis et des forces politiques : qui représente effectivement quoi et qui peut prétendre à gouverner le pays en s'appuyant sur une vraie majorité ?

Idée heureuse ?

Reste à savoir comment les Congolais voteront. Le nombre d'électeurs enregistrés, le calme des opérations d'enregistrement et du référendum constitutionnel de décembre 2005, l'attitude pacifique de la population au cours de la présente campagne électorale montrent clairement que les gens veulent aller aux urnes.

La tenue, le même jour, des élections présidentielle et législatives n'est pas une idée heureuse, même si économiquement elle se révèle moins coûteuse.
Des 33 candidats présidentiels, seule une poignée a des chances de sortir des urnes avec un nombre de voix respectable.

Ces élections permettront d'abord de trancher la question de la légitimité du pouvoir car depuis la mort de Patrice Lumumba en 1961, aucun pouvoir n'a bénéficié d'une légitimité incontestée.

Mais, chacun d'eux (Kabila, Bemba, Ruberwa, Pay Pay et, évidemment, le "vieux" Gizenga) est crédité d'un mélange de forces et de faiblesses qui rendent ces élections plutôt ouvertes.

Il n'est donc pas sûr qu'on soit fixé dès le premier tour. Concernant les élections législatives (plus de 9 500 candidats pour 500 sièges à pourvoir), on a probablement adopté un système trop complexe, le scrutin proportionnel avec des candidatures individuelles et des listes (sur lesquelles l'électeur devra choisir un candidat et non pas l'ensemble de la liste).

Nous allons donc vers de belles batailles pour la désignation définitive des députés dans les situations où le choix majoritaire pour un candidat donné n'apparaît pas au sortir des urnes.

Perspectives confuses

Les perspectives et les scenarios du futur immédiat sont donc assez confuss. Il y aura d'abord une nouvelle période de « transition », entre les élections et la désignation du gouvernement.

Celle-ci ne peut se faire qu'après la réunion des deux chambres formant le parlement (députés et sénateurs) qui proposeront au président élu une liste de personnes susceptibles de former le gouvernement.

Or, les sénateurs ne seront élus qu'après les élections locales qui interviendront bien après le 30 juillet.

Apres cette « transition », dont la durée reste hypothétique, le gouvernement aura la lourde tâche de reconstruire le pays.

Or, pour le moment, les partis affichent de belles déclarations d'intention, mais pas de programmes à proprement parler sur des questions aussi cruciales que le développement économique, les infrastructures, le système scolaire et sanitaire, etc.

Que dire de l'insécurité intérieure et des relations avec les Etats voisins jusqu'ici intéressés seulement par le pillage des immenses ressources du Congo ?

Les hommes politiques congolais auront-ils la lucidité de renoncer à la tristement célèbre « politique du ventre », qui a ruiné ce pays, et le courage de donner à ce géant potentiel du continent africain les moyens de jouer son rôle dans la renaissance de l'Afrique ?
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