Présidentielle 2006 en RDC
 
Une affaire de fils de...
 

Présidentielle 2006 en RDC

Les fils de...

 

Lorsque Nzanga Mobutu, fils du maréchal Mobutu, est rentré d'exil la semaine dernière, des milliers de militants s'étaient réunis pour l'accueillir en chantant «ceux qui disent que Mobutu est mort sont des menteurs ».

Par Arnaud Zajtman

Dans l'arène politique congolaise, les "fils de..." marchent souvent sur les traces de leurs pères et les noms des hommes décédés restent ainsi bien vivants.

Ainsi, selon Nzanga Mobutu, 36 ans, à la différence des autres pères de candidats, le sien a maintenu le pays uni et en paix pendant les 32 ans de son règne.

Une allusion au président non élu Joseph Kabila, favori du scrutin du 30 juillet, et fils de Laurent Désiré Kabila, le chef rebelle qui avait fait partir Mobutu du pouvoir, avant d'entrer en conflit avec ceux qui l'avaient placé à la tête du pays : le Rwanda et l'Ouganda.

La paix se gagne

Ce conflit a fait basculer la RDCongo dans une guerre dont elle se remet difficilement. De son père, Joseph Kabila a dit, après avoir pris le pouvoir,
« nous partageons le même objectif : réunifier le pays. Mais nos méthodes diffèrent ».

Si Laurent Kabila essayait de convaincre les Congolais que
«la paix se gagne », credo de sa propagande pendant la guerre, son fils Joseph, se présente plutôt comme « l'artisan de la paix », thème central de sa campagne électorale.

Le Vice-Président Jean-Pierre Bemba, un des principaux challengers de Kabila à l'élection présidentielle, est le fils de Bemba Saolona, un homme d'affaires qui fit fortune à l'ombre de Mobutu, mais qui est interdit de séjour en Belgique pour sa condamnation dans une affaire de trafic de faux dollars à la fin des années quatre-vingt.

Comme son père, Jean-Pierre Bemba a investi dans le transport aérien et dans le secteur du café. Et comme lui, il pourrait avoir des démêlés judiciaires à l' étranger, depuis que la justice centrafricaine a saisi la Cour pénale internationale, en janvier 2005, accusant les combattants de l'ancien chef rebelle Bemba de viols et de pillages en République centrafricaine, en octobre 2002.

Fille de...

Justine Kasa-Vubu, une des rares candidates à l'élection présidentielle, est la fille de Joseph Kasa-Vubu, premier Président du Congo indépendant. « Mais à la différence des autres pères de candidats, le mien avait été élu. Il était le vrai père de l'indépendance, je m'inscris dans ce combat-là, » précise-t-elle.

L'un des compagnons de route de Joseph Kasa-Vubu s'appelait Patrice Lumumba, le Premier ministre assassiné en janvier 1961. Ses fils François et Roland sont candidats à la députation, tandis que son cadet Guy-Patrice se présente à la présidentielle.

Mais au Congo, la classe politique ne leur fait guère de place.
Leur père, disparu trop tôt, n'a pas eu le temps de leur ouvrir le chemin de la politique.

Et les candidatures des enfants ne bénéficient pas du soutien de grands partis politiques.

Tel père...

Enfin, comme son père, réputé pour sa capacité à changer de camp au gré de ses intérêts personnels, Olivier Kamitatu, ancien proche collaborateur de Jean-Pierre Bemba, a rejoint le Président Kabila à la veille de l'élection.

Enfant chéri de la communauté internationale, Olivier Kamitatu pourrait être nommé Premier ministre de Kabila en cas de victoire de ce dernier.

Après s'être opposé pendant des années à Mobutu, son père, Cléophas Kamitatu, avait rallié le régime. Envoyé comme ambassadeur au Japon, il avait vendu l'immeuble de l'ambassade du Zaire. Il avait rémunéré le personnel impayé avec une partie du fruit de la vente. Bien plus tard, en 2004, son fils Olivier a fait preuve de la même "générosité", somme toute relative.

Alors qu'il était président de l'Assemblée nationale, il a permis l'importation de 600 jeeps pour les parlementaires.

Mais selon ses détracteurs, qui se retrouvent même au sein de l'organe législatif, cet "élan de générosité" cacherait un scandale : l'opération se serait effectuée dans l'opacité et, au passage, des commissions auraient été versées à des responsables congolais.

Ainsi au Congo, une nouvelle génération d'hommes politiques marche sur les traces de l'ancienne.

Mais jusqu'à présent, les quelques familles qui se sont maintenues au pouvoir ont laissé le pays dans des "décennies de ténèbres".
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