Présidentielle 2006 en RDC
 
Introduction
 

Présidentielle 2006 en RDC

Introduction

 

Jean-Jacques Arthur Malu Malu
La campagne pour les élections générales du 30 juillet prochain en RDC a pris sa vitesse de croisière. Le plus vaste pays d'Afrique centrale tente d'organiser ses premiers scrutins pluralistes depuis 1965. Mais ce n'est pas gagné d'avance...

Par Jean-Jacques Arthur Malu-Malu Mushi

La grande partie du corps électoral a voté pour la première fois lors du référendum constitutionnel de décembre 2005. Sur l'ensemble du territoire, près de 26 millions de personnes sont inscrites sur les listes électorales. Elles ont donc la possibilité de glisser un bulletin dans l'urne pour la deuxième fois en l'espace de sept mois.


A l'inverse d'autres Etats africains, la République démocratique du Congo, qui compte près de 60 millions d'âmes, n'est pas coutumière des scrutins transparents. Ce qui paraît acquis ailleurs ne l'est pas forcément dans ce pays atypique qui tente péniblement de tourner la page de la guerre.

Le conflit (1998 - 2002), sans précédent en Afrique par le nombre d'Etats impliqués, a coûté la vie à quelque 3 millions de personnes - des victimes indirectes pour la plupart, emportées par les violences et les maladies. Assurément, c'est le conflit le plus meurtrier que la planète ait connu depuis la seconde guerre mondiale.

Envie de voter

« Je brûle d'envie de voter. J'attends avec impatience le jour où, finalement, j'aurai la possibilité de me prononcer sur les hommes politiques qui prétendent nous diriger », jubile André Ngagada, un mécanicien de 38 ans qui vit d'expédients, depuis la fermeture de la firme qui l'employait dans la zone industrielle de Limeté, à Kinshasa.

En réalité, avant le référendum constitutionnel de décembre 2005, les électeurs congolais s'étaient rendus aux urnes en ... 1984. Il s'agissait d'élections législatives organisées dans l'ex Zaïre, sous le monopartisme imposé par le dictateur Mobutu Sese Seko. Les candidats appartenaient tous à un même parti, le parti au pouvoir, le Mouvement populaire de la révolution (MPR).

Entre 1971 et 1990, sur le papier tout au moins, les Zaïrois étaient tous affiliés au MPR, une formation aux contours flous dont le rôle empiétait sur celui de l'Etat. S'il est vrai que la plupart des députés étaient effectivement élus, il n'en reste pas moins que certains d'entre eux étaient carrément nommés par le président Mobutu Sese Seko qui disposait de pouvoirs étendus.

A l'époque, André Ngagada, jeune garçon insouciant à peine entré dans l'adolescence, ne pouvait être ni électeur, ni éligible. A l'instar de ses amis, il arpentait les rues défoncées de la capitale, sans se soucier de son avenir. Car le pays était stable politiquement, même si, il est vrai, le moteur économique du Zaïre donnait déjà d'inquiétants signes d'essoufflement.

Une économie en panne

Aujourd'hui, le secteur minier s'est effondré du fait d'un manque criant d'investissement. Le chômage est devenu endémique. Il frappe de plein fouet plus de la moitié de la population active. L'économie est, pour l'essentiel (plus de 70 pour cent), souterraine. De nombreux salariés d'hier se retrouvent sur la paille depuis la fermeture, par vagues successives, de plusieurs usines de la zone industrielle de Limeté, à Kinshasa. De plus en plus en plus de jeunes frais émoulus de l'Université ont le sentiment que leur avenir est complètement bouché.

Voilà pourquoi, dans la capitale congolaise, qui compte environ 7 millions d'habitants, beaucoup ne partagent pas l'engouement d'André Ngagada. Il arrive même que le scepticisme le dispute à l'inquiétude. Car l'histoire récente du Congo Kinshasa a été écrite en lettres de sang par certains dirigeants politiques qui figurent sur la liste des candidats à ces élections tant attendues.

Et une foule d'interrogations, somme toute légitimes, reste sans réponses : comment s'assurer de la crédibilité des élections dans un vaste pays dont les infrastructures de base sont en état de délabrement avancé ? Comment éviter le bourrage des urnes dans certains des quelque 50 mille bureaux de vote disséminés ici et là sur le territoire ? Comment s'assurer que les vaincus s'inclineront volontiers devant le verdict des urnes ? Comment éviter qu'en cas de défaite, les ex-rebelles ne soient tentés de reconstituer leurs forces pour reprendre la guerre ?

"Le pouvoir, oui, mais pour en faire quoi ?"

«On ne peut pas faire confiance aux politiciens. Ce sont des assoiffés de pouvoir qui n'hésitent pas à recourir aux recettes les plus sordides pour parvenir à leurs fins. Chez eux, la fin justifie les moyens. Ils veulent arriver au pouvoir?Mais pour en faire quoi ? Juste le pouvoir pour le pouvoir ? » se lamente un analyste politique.

La Mission d'observation des Nations unies, la plus coûteuse mission onusienne dans le monde, accompagne les efforts de paix entrepris en RDC depuis 1999. Dotée d'un budget annuel d'un milliard de dollars, la Monuc a certes joué un rôle non négligeable dans le processus de paix en cours; mais la présence de cette mission sur le sol congolais n'est pas forcément un gage de succès. Pour preuve, des poches de résistance de milices subsistent en Ituri, dans le nord-est du pays, malgré de nombreuses opérations de "nettoyage" menées par l'armée congolaise épaulée par les troupes onusiennes. Les vieux démons pourraient se réveiller. Par pure démagogie, en effet, le discours politique risque de prendre une tournure violemment ethnique, avec toutes les conséquences imaginables et inimaginables que cela pourrait entraîner.

La Haute Autorité des Médias a mis en garde contre les propos incendiaires, de nature à envenimer la situation. Des signes de nervosité sont perceptibles dans les sièges de nombre de partis politiques (la RDC en compte plus de 250).

Absence de programme

Les 33 candidats en lice pour la présidentielle font leurs gammes. Mais rien n'indique qu'ils aient une conception noble de la politique dans un pays qui a connu une succession de crises au sommet de l'Etat depuis son accession à l'indépendance en 1960. Les risques de dérapage, voire d'embrasement, ne sont pas à écarter, d'autant que certains chefs de partis ont mis à nu leur « inculture démocratique ».

Le président sortant, Joseph Kabila, qui veut conserver son fauteuil, et Antoine Gizenga, ingambe malgré ses 80 ans, ont peut-être donné le ton. En effet, les deux candidats, qui ont lancé leur campagne électorale avant terme, sans se préoccuper du feu vert de la Commission électorale, n'ont pas versé dans le registre guerrier ou ultranationaliste. Joseph Kabila s'est glissé dans les habits de faiseur de paix. Il fait campagne sur son bilan. Quant à Antoine Gizenga, le plus vieil opposant congolais, il semble privilégier le thème de l'expérience.

Reste que les observateurs s'indignent de l'absence de vrais programmes. Les candidats qui disposent de sites Internet se limitent souvent à afficher une litanie de promesses. Sans plus. Mais est bien malin qui peut deviner la tournure que prendront les événements pendant et après les opérations de vote. Seule certitude : les électeurs savent que les politiciens congolais retournent leur veste avec une facilité déconcertante. Comme quoi, les jeux ne sont pas encore faits.
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