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Mina, la Reine du Jazz
 

Drums, contrebasses, vaudou, héritage d'un père absent. La Franco-Béninoise Mina Agossi est une artiste qui a réinventé le jazz en lui apportant un souffle inattendu...

BBC Afrique : Mina... D'où vient ce nom ?

Je suis Française, Bretonne à la base et Béninoise, du côté de mon père, qui était de la région de Porto-Novo. Donc je suis originaire de la Vallée de l'Ouémé et de Brest, à la base.

BBC Afrique : Mais vous êtes née en France...

Je suis née en France et après moult péripéties à travers le monde - ma mère était coopérante -, je me suis retrouvée à Paris. Cela fait 10 ans que j'y suis...

BBC Afrique : On vous surnomme la Björk du jazz... Pourquoi ce surnom ?

Je crois savoir qu'un certain "Monsieur Frédéric" (Frédéric Lejeal, journaliste à l'hebdomadaire Jeune Afrique, NDLR) a lancé cette remarque qui me touche beaucoup, parce que je suis une très grande admiratrice de Björk, dans la mesure où c'est quelqu'un qui dans les années 90, a complètement révolutionné la musique. C'était complètement surréaliste, elle était une OVNI, et j'ai toujours aimé les gens qui font ce qu'ils so, qui disent ce qu'ils pensent et qui sont eux-mêmes. Pour résumer, j'aime les gens authentiques.

Je pense que vouloir plaire aux gens est une très grosse erreur. De toutes façons, on ne pourra jamais plaire à tout le monde
Mina Agossi
 
Björk, pourquoi a-t-elle révolutionné la musique et sa façon de chanter ? C'est parce qu'elle a toujours été elle-même. Malgré tous les problèmes qu'elle a dû subir et tous les découragements qu'elle a certainement eus dans sa vie, c'est quelqu'un qui n'a pas lâché le morceau et qui nous a apporté quelque chose d'extraordinaire.

Et je pense que vouloir plaire aux gens, c'est une très grosse erreur. On ne pourra jamais plaire à tout le monde, c'est la grande sagesse de cette femme puisqu'elle a été jusqu'au bout d'elle-même et de son rêve. Contre vents et marées, elle nous a apporté sa musique qui était complètement unique, puisqu'elle est unique et en fait chaque être sur la Terre est unique. Il suffit qu'ils aillent fouiller au fond d'eux-mêmes, pour imposer leur personnalité. Et ça, c'est quelque chose d'exceptionnel, que j'adore.


BBC Afrique : Comment en êtes-vous arrivée au jazz ? Comment avez-vous choisi de faire du jazz ?

On ne choisit pas vraiment de faire du jazz. Le jazz c'est quelque chose de démocratique, puisque chaque personne improvise sur un morceau et c'est quelque chose qui est quand même rare et exceptionnel en musique, puisqu'on n'est pas en variétés. Donc, en fait, j'aime la démocratie, j'aime les gens qui peuvent s'exprimer sur un sujet et c'est le cas du jazz, c'est-à-dire que c'est une musique qui permet, comme le blues, à chacun de pleurer, de rire, de faire des sons sur la mélodie ou de chanter, alors qu'en classique, tout est imposé, encore que sous Bach, on pouvait improviser, mais c'est complètement perdu...


Mina Agossi, en compagnie des membres de son groupe
BBC Afrique : Mais vous avez un style particulier. Chez vous, c'est la batterie, les percussions, la contrebasse, pas de piano, pas de vents... Pourquoi un tel choix au niveau des instruments ?

En fait, c'est une question intéressante. Je dois dire que je suis profondément jazz, mais je ne m'arrête pas qu'à ça. Je suis vraiment passionnée d'électro, de toutes sortes de musiques traditionnelles, africaines, etc. Très vite, je me suis demandé si j'allais devenir une chanteuse de jazz comme toutes les autres - remarquez, ce n'est pas négatif, ce que je dis... -, c'est-à-dire comme ce qu'on a l'habitude de voir quand on est néophyte : une chanteuse, un saxophone, une robe à paillettes, un hôtel, et voilà. J'ai commencé, j'ai fait ça pendant un certain temps. Au bout d'un moment, je tournais en rond, j'avais l'impression de ne pas être dans mes habits. Donc j'ai décidé de monter mon propre groupe. Et quand j'ai commencé à faire ça, le jour de la répétition, il n'y avait que le contrebassiste et on a commencé, parce que les autres n'étaient pas là. Ben, ça a été ma révélation, en fait. C'est parti comme ça, c'est aussi bête que ça.

BBC Afrique : Presque par hasard...

Complètement...
Il y avait une cave dans la maison de ma mère, ma grand-mère était au-dessus, très malade... J'attendais les musiciens et puis il y avait le contrebassiste, on s'est dit qu'il valait mieux commencer par jouer. Et puis, là, ça sonne, c'est génial. Ensuite on est monté à l'étage au-dessus. On a joué un des morceaux à ma grand-mère, qui a fondu en larmes : elle a été bouleversée. On s'est regardés, moi je me suis mise à pleurer, et je me suis dit : "C'est mon groupe, c'est trop fort ce qui se passe, je le sens vraiment, je me sens une liberté extraordinaire, ça va être mon groupe...

BBC Afrique : Je vois aussi que vous avez toujours chanté en anglais...

Pratiquement, mais cela étant, j'ai toujours un petit morceau en français dur mes disques...

BBC Afrique : J'ai vu que vous apportez un mélange de sonorités d'ailleurs dans votre musique, et bien sûr du vaudou, qui vient de votre Bénin paternel... Qu'est-ce que vous tirez du vaudou ?

En fait, ce qui s'est passé, c'est que j'ai connu mon père très tard... J'avais 24 ans au moment où je l'ai connu. Malheureusement, il est décédé, mais je n'ai aucun regret parce qu'en très peu de temps, le peu de fois que je l'ai vu, c'était très intense. On s'est tellement dit "je t'aime" en si peu de temp qu'on s'est tout dit. On s'est dit toute une vie, parce que la vie a été telle qu'il n'a pas pu jouer son rôle de père, il était très jeune, il ne pouvait pas... Et le vaudou, c'est quand même assez fort. Ma mère m'avait dit : "tu ne vas jamais le retrouver." Et évidemment, je pense que l'esprit vaudou a dû faire son effet puisque je l'ai retrouvé, évidemment... [Rires...]

Et il y a aussi toute cette mystique, je suis très inspirée par la culture afro-américaine - je chante en anglais, c'est déjà ça. Moi, je me suis tout de suite intéressée à Ouidah... L'un des premiers marchés que j'ai faits, c'est le marché vaudou, donc le vaudou a une certaine influence sur moi.




Mina Agossi, le jazz au coeur

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Le site Internet de Mina Agossi

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