01 Octobre, 2008 - Heure de publication 07:11 GMT
Isabelle Grimaldi
BBC Afrique, Washington
Après avoir marqué une pause hier pour la fête juive de Rosh Hashannah, les élus du Congrès américain vont reprendre leurs négociations pour modifier à nouveau le plan de sauvetage du secteur financier.
Mardi soir, le chef de la majorité démocrate et le chef de la minorité républicaine au Sénat ont indiqué que la chambre haute pourrait adopter le plan Bush d’ici la fin de la semaine et peut-être même dès aujourd’hui.
Tandis que la Maison Blanche et les dirigeants du Congrès font du forcing pour que ce plan soit adopté, une grande partie des économistes américains sont sceptiques quant à son bien-fondé et à son utilité.
George Bush et les deux hommes qui briguent sa succession ont souligné hier soir l’urgence qu’il y aurait, selon eux, à injecter 700 milliards de dollars dans le renflouage des banques privées menacées par les retombées de la crise du crédit immobilier.
“Nous sommes dans une situation urgente et chaque jour qui passe sans que nous agissions ne fait qu’aggraver les conséquences”, a lancé George Bush en forme d’avertissement.
De son côté, John McCain a estimé que “l’inaction n’est pas une option”.
Quant à Barack Obama, il a prévenu que le rejet du plan de sauvetage serait “catastrophique”.
Les médias américains grand public appuient l’idée de l’urgence, en donnant la parole à des économistes qui sont favorables au plan de sauvetage.
Il ne faut pas perdre de vue que la plupart de ces économistes sont employés par des institutions financières qui ont intérêt à militer en faveur du renflouage.
"Inéquitable et risqué"
Par contre, de très nombreux économistes qui sont plus indépendants parce qu’ils enseignent dans des universités remettent en cause le bien-fondé de ce plan.
Plus de deux cents d’entre eux, parmi lesquels trois prix Nobel d’économie, ont ainsi envoyé une pétition au Congrès dans laquelle ils exhortent les parlementaires à “ne pas se précipiter”, mais à “mener les enquêtes adéquates”, afin de pouvoir “envisager la meilleure marche à suivre” pour gérer la crise financière actuelle.
Dans leur pétition, les économistes reprochent au plan de sauvetage d’être “inéquitable, vague et risqué à long terme”.
“Les conditions de crédit pourraient bien devenir difficiles pendant un certain temps, mais rien n’indique que l’économie américaine s’achemine vers Armagedon”, déclare notamment Jeffrey Miron, professeur à l’université de Harvard, qui considère que le gouvernement ne doit pas forcément intervenir pour empêcher la faillite de banques privées.
Pour sa part, James Galbraith, professeur à l’université du Texas et fils du grand économiste John Kenneth Galbraith, estime que les prédictions relatives à une nouvelle Grande Dépression relèvent d’une “rhétorique enflammée”.
Il explique qu’aucune crise ne serait comparable à la Grande Dépression de 1929, puisque le rôle du gouvernement américain dans l’économie est bien plus important aujourd’hui qu’il ne l’était dans les années 20 et 30, à la fois, en ce qui concerne les dépenses publiques et la réglementation.
Pour Joseph Stieglitz, ancien chef du service économique de la Banque Mondiale et prix Nobel en 2001, le plan de sauvetage
est “terriblement mal conçu”, dans la mesure où le gouvernement va s’encombrer de mauvaises créances immobilières, au lieu
de recapitaliser les banques en réduisant le nombre des saisies immobilières et en s’attaquant vraiment aux causes de la crise.