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Etats-Unis: le plan Paulson a été approuvé
 

 
 
La Chambre des représentants
Malgré les appels répétés de tous leurs dirigeants politiques au cours des quinze derniers jours, c’est à reculons que les élus de la Chambre ont imité vendredi ceux du Sénat pour approuver le plan de sauvetage du secteur bancaire.

Ce plan prévoit que le gouvernement fédéral américain consacre jusqu’à 700 milliards de dollars pour renflouer les banques privées et autres institutions financières, y compris les sociétés étrangères ayant des activités aux Etats-Unis, qui sont menacées par les retombées de la crise immobilière américaine.

Cette somme porte à plus d’un millier de milliards de dollars les engagements pris par le gouvernement, et donc par les contribuables américains, pour éponger les pertes enregistrées par les banques et les assurances sur le marché des produits dérivés du crédit immobilier et pour tenter de stabiliser l’économie américaine, la locomotive de l’économie mondiale.

Après avoir créé la surprise en rejetant le plan lundi, 95 élus démocrates s’alliant alors à 133 Républicains pour voter contre, la Chambre a l’adopté vendredi. 263 voix pour, 171 voix contre. La dynamique avait en effet changé dans les jours qui suivirent le premier vote.

La dégringolade historique de Wall Street face au rejet de la Chambre a effrayé nombre des quelques 50% des Américains ayant des investissements à la bourse, notamment les adhérents de l’Association Nationale des Retraités, qui ont inondé de plaintes les bureaux de leurs députés.

Puis, mercredi soir, le Sénat augmentait la pression sur les députés qui s’étaient opposés au plan, en approuvant le texte à une large majorité.

Le Sénat amendait aussi légèrement la version que la Chambre avait repoussée lundi. Il y ajoutait une protection accrue, mais temporaire pour les comptes bancaires, et il y incluait toute une série de baisses d’impôt.

Bien qu’elle soit limitée à un an, la garantie des comptes bancaires à hauteur de 250.000 dollars US, et non plus seulement 100.000 dollars, a persuadé des détracteurs démocrates et républicains qui reprochaient au plan initial d’aider les riches investisseurs et de négliger les Américains moyens.

Cependant, c’est à reculons que les élus du Congrès ont approuvé le plan de sauvetage. Beaucoup ont souligné que leur décision est la plus difficile qu’ils aient eu à prendre, laissant entendre qu’elle fut même plus difficile que celle sur l’invasion de l’Irak en 2003.

La difficulté s’explique en partie par le fait que des élections législatives sont prévues en même temps que le scrutin présidentiel du 4 novembre et que les 435 sièges de la Chambre et un tiers de ceux du Sénat y seront en jeu.

Mais la difficulté a trait aussi à des objections fondamentales par rapport à un plan que les députés estiment ne pas avoir eu assez de temps pour étudier et débattre.

Si les réductions d’impôt ont fait changer d’avis plusieurs opposants du parti républicain, elles sont en effet critiquées par les tenants de “la discipline fiscale”, notamment des Démocrates centristes qui, traditionnellement, rechignent à aggraver le déficit budgétaire.

La cour des comptes américaine calcule que les baisses d’impôt contenues dans le plan de sauvetage des secteurs bancaire et financier creuseront le déficit déjà énorme des Etats-Unis de près de 110 milliards de dollars d’ici 2018.

"La version adoptée par le Sénat a changé mon vote: au lieu de voter “non”, je vote “sacrément non !”, a donc lancé vendredi le démocrate Lloyd Doggett, un député du Texas.

"Ce texte va de pire en pire, avec 110 milliards de plus en dette publique”, ajoutait le député démocrate.

Mais les objections des détracteurs du plan de sauvetage vont bien au-delà des amendements apportés mercredi par le Sénat.

“C’est le plus gros prêt à haut risque dans l’histoire”, poursuit ainsi Lloyd Doggett, en faisant référence à la crise du crédit “subprime” qui est à l’origine du désastre économique actuel.

Même les députés et sénateurs qui ont voté pour le plan affirment qu’il n’est “pas parfait”, comme le dit le sénateur Mel Martinez, un Républicain de Floride.

A l’image de la situation à la Chambre, ce sont surtout les sénateurs représentant les deux extrêmes de l’échiquier politique américain qui ont voté contre le plan de sauvetage.

Le seul socialiste du Sénat, le Vermontais Bernie Sanders, a ainsi considéré que les riches investisseurs de la bourse “devraient régler la facture, pas le contribuable”.

De son côté, le sénateur ultra-conservateur de Caroline du Sud, Jim DeMint, reproche au plan de “forcer les contribuables innocents à payer les pots cassés pour les politiques gouvernementales erronées et les fautes de Wall Street”.

Depuis sa présentation par l’Administration Bush le 20 septembre, la plupart des élus de la Chambre et du Sénat, y compris ceux qui ont fini par voter en sa faveur, ont remis en cause tout ou partie du projet.

À commencer par le principe même du plan: autoriser un engagement financier sans précédent de la part des contribuables afin de racheter de mauvaises créances.

Malgré les amendements qui ont été insérés la semaine dernière à la Chambre et cette semaine au Sénat, de très nombreux parlementaires continuent d’être indignés, notamment par les pouvoirs dévolus à l’exécutif pour gérer le plan et par le manque d’aide aux propriétaires menacés de saisies immobilières.

Beaucoup remettent en question la nécessité du plan et la manière dont il a été promu par l’Administration Bush et par la direction démocrate et républicaine du Congrès.

“On nous dit que le choix se situe entre faire quelque chose et ne rien faire, mais c’est un faux choix, le vrai choix est entre une décision en connaissance de cause et la panique, or le Congrès a choisi la panique”, considère ainsi Richard Shelby, le Républicain le plus haut placé à la commission bancaire du Sénat.

En tous les cas, les difficultés que le plan a rencontrées manifestent l’échec de l’ensemble du leadership politique américain.

George Bush, président impopulaire qui quittera la Maison Blanche en janvier, a essentiellement confié la défense du plan à son ministre de l’Economie, Henry Paulson, ancien patron du géant du secteur financier Goldman Sachs dont la crédibilité est autant en doute que son habilité à naviguer les turbulences politiques qui agitent la nation.

Pour le reste, ses appels répétés aux parlementaires et sa décision d’envoyer son vice-président Dick Cheney au Capitole pour démarcher personnellement tel ou tel député ont été largement ignorés.

Les deux hommes qui aspirent à remplacer George Bush n’ont pas assumé leurs responsabilités de chef de leurs partis respectifs.

Ni Barak Obama, ni John McCain, qui est pourtant allé jusqu’à suspendre sa campagne électorale pendant deux jours pour rentrer à Washington, n’ont joué un rôle majeur dans la résolution de la controverse, ni réussi à assurer la cohésion de leurs troupes au Congrès lors des votes sur le plan.

Quant aux dirigeants démocrates et républicains au Congrès, notamment la présidente de la Chambre Nancy Pelosi, ils ont sous-estimé la colère des électeurs et de leurs représentants, en programmant un vote à la Chambre lundi sans y avoir réuni de majorité en faveur du plan.

 
 
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