Xavier Kreiss
pour BBC Afrique
Vivre sans Internet semble inimaginable pour les millions de gens qui s'en servent tous les jours. Mais selon un des principaux experts mondiaux le grand réseau est aujourd'hui menacé, et pourrait même disparaître (du moins sous sa forme actuelle), victime de la prolifération des activités criminelles et du piratage.
Il y a vingt ans, un étudiant américain avait créé et lancé le premier virus informatique -un "ver"- qui en l'espace de 24 heures avait atteint entre 5 et 10% de tous les ordinateurs reliés à Internet. A l'époque (en 1988) il ne s'agissait que d'une soixantaine de milliers de machines au total.
Il a été suivi, depuis, par des milliers d'autres "hackers", ou pirates, qui en général se donnent pour règle de ne faire aucun mal.
Mais ces pirates "honorables" ne sont plus seuls, il s'en faut.
Et les usagers d'Internet ne se sont toujours pas entièrement adaptés pour faire face au danger que constituent les virus, le pourriel (ou "spam"), les "vers" informatiques, le "phishing" et les multiples formes de fraude en ligne.
Programmes malveillants
Certains de ces malfaiteurs créent des programmes qui (si les usagers ont le malheur de les télécharger, consciemment ou non) vont prendre le contrôle de leurs ordinateurs, qui deviendront des "zombies".
L'an dernier, on estimait déjà que de 100 à 150 milllions de machines (soit 25% du total des PCs connectés à Internet) étaient ainsi infectés, et "recrutés" dans des réseaux permettant à leurs "contrôleurs" de s'en servir pour des activités néfastes.
Autrefois, les programmes malfaisants étaient comme des graffitis, des actes de vandalisme aux conséquences limitées.
Aujourd'hui, le phénomène s'apparente bien plus au trafic de drogue.
C'est l'avis de Jonathan Zittrain, enseignant spécialiste de la gouvernance d'Internet à l'université d'Oxford, en Angleterre.
Il estime que le grand réseau est fragile, et gravement menacé.
Selon lui, c'est en 1998, il y a une dizaine d'années, donc, que le piratage et les activités illégales sur Internet ont vraiment pris leur essor.
Fraudes en ligne
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| Le but des programmes malveillants est surtout financier |
Et aujourd'hui, "c'est l'équivalent du trafic de la drogue" explique Jonathan Zittrain.
"L'idée est d'infecter des machines pour s'approprier illégalement leur bande passante, et de vendre le contrôle de ces machines contaminées au plus offrant.
Ensuite, elles peuvent par exemple être dirigées en masse vers un seul site web pour le faire 'planter' ou bien on se sert de ces réseaux pour envoyer des spams, ou pour recueillir des données personnelles que ces ordinateurs renferment".
Ces données peuvent par exemple prendre la forme de numéros de cartes de
crédit:les fraudes utllisant ces données à l'insu de leurs propriétaires légitimes ont coûté 212 millions de livres l'an dernier
(plus de 175 milliards de francs CFA), soit une augmentation de 15% par rapport à l'année précédente.
Le professeur Zittrain souligne qu'Internet n'est que très peu contrôlé, que n'importe qui peut écrire des logiciels, ou les partager avec d'autres, pour faire pratiquement n'importe quoi.
Pour lui, cette caractéristique, qui est à l'origine du succès du grand réseau, est aussi son principal point faible.
Et Jonathan Zittrain est formel:
Internet (sous sa forme actuelle) est menacé de disparition.
Solutions douloureuses
La fin pourrait par exemple prendre la forme d'un logiciel malveillant qui provoquerait un déraillement généralisé. Ou bien
l'avenir pourrait être fait de technologies "stériles", telles que l'iPhone (voir plus bas), que personne ne peut contrôler
ou modifier.
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| L'iPhone d'Apple: élégant mais ...fermé |
"Quand vous avez ce qu'on appelle un ordinateur personnel (PC) 'générique', qui peut éxécuter n'importe lequel code sans que le fabricant puisse y faire quoi que ce soit, c'est un grand point faible", affirme le professeur Zittrain.
En effet, des milliards de gens sont connectés à Internet, et un grand nombre d'entre eux ne se protègent pas correctement.
Résultat: ils laissent grande ouverte la porte à leurs domaines, à leur données personnelles.
Et là, met en garde Jonathan Zittrain, "les solutions risquent d'être tout aussi douloureuses que le problème lui-même".
Une de ces solutions pourrait donc prendre la forme de technologies telles que l'iPhone d'Apple.
L'expert de l'université d'Oxford souligne en effet que contrairement à Internet, l'iPhone est un réseau "propriétaire".
L'appareil est élégant, facile à utiliser, mais aucun usager ne peut écrire des programmes pour lui, ou se procurer un programme écrit par un tiers, sans l'autorisation expresse d'Apple.
Cela a, certes, l'avantage de protéger le système contre les logiciels malveillants. Mais le contrôle de la machine est détenu exclusivement par une grande entreprise multinationale.
La place laissée à la création s'en trouve donc très limitée.
Tout verrouiler?
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| Aujourd'hui n'importe qui peut créer un logiciel |
L'autre possibilité, avertit Jonathan Zittrain, serait de décider que cette expérience d'Internet, qui a duré trente ans, a été une aventure extraordinaire, mais que l'heure est venue de tout débrancher, ou de tout rendre "imperméable".
De ne plus permettre des échanges tous azimuths.
Il souligne la croissance exponentielle du grand réseau, dûe au fait qu'il est relativement facile de créer une plateforme, et de partager ce qu'on crée avec d'autres.
Si on devait tout verrouiller, "cela éliminerait une grande partie de ce que nous tenons aujourd'hui pour acquis: un monde dans lequel la technologie peut être influencée, bouleversée, même, par n'importe qui".
Selon Jonathan Zittrain, le mieux, bien sûr, serait de trouver une solution qui ne risque pas de détruire l'ensemble du système, ou de porter atteinte à la créativité et à l'ouverture qui lui ont valu un tel succès.