27 Octobre, 2007 - Heure de publication 14:40 GMT
Le rapporteur de l'ONU sur le droit à l'alimentation a condamné l'utilisation, de plus en plus croissante, de terres, jusque-là réservées aux cultures vivrières, pour la production de Biocarburants.
Jean Ziegler a plaidé pour un moratoire de l’ONU sur cette pratique qu'il qualifiée de "crime contre l'humanité", et qui fait monter les cours mondiaux des denrées alimentaires.
S'exprimant au siège de l'ONU à New York, le rapporteur spécial a indiqué que "la ruée soudaine et mal inspirée vers la conversion de nourriture comme le maïs, le blé, le sucre et huile de palme -- en biocarburants est une recette pour le désastre"
Il a donc appelé à l’adoption d’un moratoire qui interdirait pendant cinq ans cette pratique.
Alternatives
Jean Ziegler estime qu'avec les progrès rapides de la recherche scientifique, "il sera possible de produire en cinq ans des biocarburants à partir de déchets agricoles" comme les épis de maïs ou les feuilles de banane plutôt que les cultures elles-mêmes.
La production de biocarburants a pris de l’ampleur, en partie, par la volonté de trouver des alternatives moins néfastes à l’environnement que le pétrole.
Mais la situation a entrainé une augmentation des prix des denrées alimentaires surtout que certains agriculteurs, particulièrement aux Etats-Unis, ont remplacé leurs cultures de blé et de soja, par du maïs, qu’ils transforment ensuite en éthanol.
Lors d'une intervention devant une commission de l'Assemblée générale de l'ONU, Jean Ziegler, qui est basé à Genève, s'est déclaré "gravement préoccupé par le fait que les biocarburants vont causer une aggravation de la faim" dans le monde.
"Il y a des risques sérieux de créer une lutte entre nourriture et carburant qui va mettre les pauvres et les sous-alimentés dans les pays en développement à la merci de prix en hausse rapide pour la nourriture, la terre et l'eau", a-t-il ajouté.
M. Ziegler ne mène pas un combat solitaire : le Fonds monétaire international avait aussi averti la semaine dernière qu'un recours massif aux carburants tirés des céréales pourrait entraîner une hausse vertigineuse des prix de la nourriture dans les pays en développement, "avec des conséquences sérieuses".
Opposition
Le rapporteur spécial de l’ONU pour le droit a l’alimentation a affirmé que les Etats-Unis et le Brésil, les deux premiers producteurs mondiaux d'éthanol, s'opposent fermement à son idée de moratoire.
Le Brésil produit de l'éthanol à partir de canne à sucre, les Etats-Unis à partir du maïs.
Washington prévoit de multiplier par 35 sa production d'éthanol entre 2000 et 2017, en partie pour réduire leur dépendance du pétrole importé.
Lors de sa dernière tournée en Afrique, mi-octobre, le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a appelé les pays du continent à se joindre "la révolution des biocarburants".