http://www.bbcfrench.com

07 Août, 2006 - Heure de publication 03:58 GMT

Orla Ryan
Ouagadougou

Burkina Faso: la passion du deux-roues

L’histoire d’amour entre les Burkinabè et les mobylettes a fait de l’un des pays les plus pauvres du continent l’un des marchés les plus porteurs pour l’industrie du deux-roues.

Gouem Abdoulaye est visiblement fier de sa mobylette. Ce cuisinier de 31 ans a mis trois ans pour rassembler suffisamment d’argent pour acheter sa première moto, une Yamaha d’une valeur de 780.000 FCFA (1.500 dollars).

Pour le même montant, il aurait pu s’acheter une voiture d'occasion. Mais Gouem explique qu’à l’image de milliers de ses compatriotes, un deux-roues est le véhicule de choix.

“Tout le monde n’a pas la possibilité de s’offrir une voiture ; en revanche, vous pouvez vous offrir une mobylette. C’est cher, mais c’est possible,” explique-t-il avant d’ajouter que les deux-roues sont économiques, en termes de consommation de carburant.

Le Burkina Faso est l’un des pays les plus pauvres du continent, plus connu pour ses exportations de coton et la force de travail de ses émigrés que pour son amour pour la bicyclette.

La passion du pays pour les mobylettes en a fait l’un des marchés les plus porteurs du continent pour l’industrie du deux-roues.

Capitale des deux roues

Les rues de la poussiéreuse Ouagadougou sont encombrées de motos, motocyclettes ou mobylettes, pour la plupart neuves, et ce n’est pas étonnant, à cet égard, que les Burkinabè soient fiers d’identifier leur ville à la capitale du deux-roues.

On y trouve des femmes habillées avec style, roulant sur de nouveaux modèles importés de Chine ; les boutiques de concessionnaires et les ateliers de réparation fleurissent à tous les coins de rue.

Dans une rue de Ouagadougou, Kaboré Ismaïl attend que sa mobylette soit réparée.

“Ce n’est pas ma première bicyclette, c’est la troisième. Après quelques années, je les change, et j’en achète une autre”, indique le jeune mécanicien de 30 ans.

“Lorsqu’un nouveau modèle fait son apparition sur le marché, je ne peux résister à l’envie de l’acquérir,” ajoute-t-il.

Attachement magique

Les Burkinabè ont de tout temps aimé les deux-roues, qu’il s’agisse de bicyclettes ou de motocyclettes, mais l’importation de modèles chinois bon marché les a rendus accessibles à un plus grand nombre de personnes, affirme Nasser Basma, directeur du concessionnaire Mégamonde.

Son entreprise importe et vend 15.000 deux-roues par an, une part non négligeable d’un marché estimé à 50.000 engins par an. Les moins chers coûtent environ 400.000 FCFA.

“Si vous allez dans n’importe quelle maison au Burkina, des plus grandes aux plus petites, il y en a au moins une. C’est comme s’il y avait une sorte d’attachement magique.”

Toutefois, la principale raison de cet attachement aux deux roues tient à des considérations d’ordre écononomique.

“Le Burkina est un pays très pauvre, sans ressources. Le Burkinabè est un débrouillard. A cause de cela, il ne peut pas se permettre d’acheter des voitures, et même s’il possède une voiture, il ne dispose pas de suffisamment d’argent pour l’alimenter en carburant. La moto est donc une alternative importante pour se déplacer,” affirme Basma.

Pour Mégamonde et ses concurrents, le secteur de la moto est un secteur porteur.

“Par tête d’habitant, Ouaga est l’un des plus grands marchés. En Afrique, le Burkina est Numéro 1, suivi du Bénin et du Nigeria,” ajoute Basma.

Les motocyclettes JC sont assemblées dans une usine située dans la zone industrielle, à partir de pièces détachées envoyées de Chine.

Selon Youssef Youssef, chef de l’unité de production, l’usine peut en fabriquer 85 par jour.

De la passion, pas de la pauvreté

Nhami Soufiane, ressortissant algérien vivant au Burkina depuis 15 ans, envisage de lancer avant la fin de l’année, “Africaautomoto”, le premier magazine du pays, voire de l’Afrique, consacré à la moto.

“Dans certains pays,” explique-t-il, “rouler à moto peut être considéré comme un signe de pauvreté, dans la mesure où les gens ont tendance à penser que cela réflète votre incapacité à acheter une voiture.”

Pour Nhami, la fascination du Burkinabè pour la moto est telle que les préoccupations au sujet des considérations financières passent au second plan.

“Si vous conduisez une moto au Niger ou au Mali, c’est une indication au sujet de votre pauvreté. Au Burkina, il n’en va pas de même… Pour un jeune homme de 20 ans, la moto est une préoccupation première, pas les femmes. La moto, c’est sa première femme.”