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Premier festival de la BD au Congo
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En République démocratique du Congo, le succès de quelques stars de la musique ne doit pas faire oublier le quotidien difficile
de nombreux artistes. Ainsi la bande dessinée, pourtant appréciée des Congolais, peine à faire vivre ses auteurs. C’est la
conclusion des participants du récent festival destiné aux amateurs du genre, le festival Kin Anima Bulles.
Le premier festival de bande dessinée de Kinshasa, qui s’est achevé la semaine dernière, a montré aux auteurs étrangers les difficultés matérielles de leurs collègues congolais. « Ça nous a évidemment étonnés, témoigne le dessinateur français Stéphane Oiry. Certains ont à peine du papier et un crayon pour dessiner. Je n’étais pas forcément préparé à ça. » Un autre Français, le scénariste Apollo, qui a organisé le festival, espère que son initiative va attirer l’attention sur cet art très populaire au Congo, mais sévèrement dépourvu de moyens. « La production de bandes dessinées à Kinshasa est quand même très difficile, précise-t-il. Et la vente l’est tout autant, parce qu’il y a très peu de librairies, voire pas du tout. » A l’exception de quelques artistes publiés en Europe comme Barly Baruti, les bédéistes congolais sont réduits à la débrouille. Peintres populaires « Nous travaillons souvent sous forme de fanzine en format A5, explique Papa Mfumueto 1er, l’un des dessinateurs les plus populaires de Kinshasa. Cela coûte à peu près autant qu’un pain, alors c’est vraiment à la portée de toutes les bourses ». Et d’ajouter : « Nous les peintres populaires, on travaille seuls. Nous sommes au four et au moulin, de la création, la conception de la BD jusqu’à l’imprimerie et à la vente. C’est pénible mais c’est comme ça. » Papa Mfumueto 1er a connu un grand succès lors de l’ouverture du pays à la liberté d’expression à la fin du régime Mobutu dans les années 90. Aujourd’hui, il reconnaît que les choses ont changé. « Même s’il est difficile de vivre de la bande dessinée, je l’ai fait pendant 10 ans, assure-t-il. Même avec juste 10 ou 15 000 exemplaires, la bande dessinée me nourrissait. Tandis que quand on voit les autres, ils doivent toujours être sponsorisés. Aujourd’hui, il y a des BD de sensibilisation et consorts… »
Des bédéistes sponsorisés ? C’est le cas de Bruno Luya, qui a gagné le concours organisé à l’occasion du festival. Il réalise régulièrement des bandes dessinées pour des organisations internationales sur la prévention du SIDA ou le rôle des casques bleus. Malgré ces commandes, Bruno Luya doit conserver d’autres activités dans la décoration et la musique pour joindre les deux bouts. « Je profite de l’occasion pour faire appel à mon gouvernement pour qu’il s’implique vraiment totalement dans cette industrie du livre au Congo », plaide le dessinateur. « Ça nous donnerait des moyens de bien s’exprimer. » Car selon lui, dans ces conditions, « ce qui manque plus aux artistes congolais : c’est la motivation. Le talent y est mais bon, la motivation n’y est pas quand pour gagner sa vie, on est obligé de faire aussi autre chose, et que la bande dessinée devient un gaspillage de temps. » Une conclusion qui pourrait s’appliquer à bien d’autres secteurs culturels congolais, mais qui n’arrête heureusement pas l’éclosion de nouveaux talents. |
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