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Dernière mise à jour: 08 Novembre, 2009 - Heure de publication 14:07 GMT
 
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Nigeria: déception après dix années de charia
 
Des fidèles musulmans
12 Etats sur 36 ont adopté la Charia au Nigeria
Dix ans après la réintroduction de la charia, la loi islamique, dans douze
Etats du nord du Nigeria, les espoirs ont fait place à la déception et de nombreuses voix dénoncent l'opportunisme de la classe politique.

"Les gens ont perdu leurs illusions face au manque de sincérité, à la dissimulation et à l'hypocrisie qui caractérisent l'application de la charia", dit à l'AFP, Abba Koki, un dignitaire musulman de l'Etat de Kano.

Il a pourtant ardemment milité en 1999 pour l'application stricte de la charia dans le nord à forte majorité musulmane. Cinq ans plus tard, Abba Koki a quitté son siège au conseil de la charia du gouvernement de Kano, estimant que les résultats n'étaient pas au rendez-vous.

Introduite au Nigeria par des commerçants arabes vers le 9e siècle, l'administration coloniale britannique avait maintenu la charia en 1904, mais interdit les châtiments comme la lapidation à mort, l'amputation ou les coups de fouet.

Son rétablissement, après un siècle d'oubli, a coïncidé avec le retour de la démocratie après 15 ans de régimes militaires. Aujourd'hui beaucoup estiment que les politiciens ont "surfé" sur la vague démocratique et détourné la charia aux seules fins de servir leurs ambitions personnelles.

"La charia, c'est le développement humain"

"A l'époque, les gens réclamaient la charia pour mettre fin aux injustices, à la corruption, à l'impunité au lieu de quoi les politiciens s'en sont servis pour obtenir des voix et maintenir un statu quo après les élections" de 1999, estime M. Koki.

Selon Sulayman Nyang, professeur d'Etudes Africaines et d'Affaires Islamiques à l'Université de Howard (Washington), beaucoup de musulmans du nord percevaient la charia comme une réponse face à "la déchéance morale, la misère et la corruption".

Le premier Etat à l'avoir adopté fut celui de Zamfara après l'élection 1999 d'Ahmed Sani Yerima au poste de gouverneur. Onze autre Etats lui emboitèrent rapidement le pas.

Durant sa campagne, Yerima, aujourd'hui sénateur, avait promis une application stricte de la loi islamique. Mais pour Abubakar Sadiq, professeur de sciences politiques à l'Université Ahmadu Bello, aucun de ces gouverneurs n'était sincère.

"L'élite politique du nord n'a vu en la charia qu'un nouveau et bel outil, bon marché qui plus est, pour servir ses intérêts électoraux", dit-il.

"Rien n'a changé depuis 10 ans", lâche Muhammad Nasir, un marchand d'électronique de Kano. "Les hommes politiques sont toujours corrompus, l'immoralité est partout il y a des bordels et des buvettes servant de la bière partout", dénonce-t-il.

Mais pour Sule Yau Sule, le porte-parole du gouverneur de l'Etat de Kano, ces critiques sont à courte vue: "certains pensent que la charia se résume à la lapidation à mort et aux amputations, c'est une vision étriquée. La charia, c'est le développement humain, c'est rendre une personne meilleure dans tous les domaines et je pense que c'est ce que nous faisons", assure-t-il.

Durant les deux premières années de loi islamique, plusieurs condamnations à mort par lapidation ont été prononcées quoique pas exécutées. Quatre femmes condamnées pour adultère ont vu le jugement cassé en appel.

Sur plus de vingt condamnations à l'amputation pour vol prononcées dans quatre Etats, seules deux ont eu lieu.

Au départ, dit Abubakar Sadiq, les tribunaux islamiques "faisaient du zèle et condamnaient à mort à tour de bras parce qu'ils pensaient les dirigeants sincères. Ensuite ils ont levé le pied".

Pour avoir volé une vache en 2000, Buba Bello Jangebe, fut amputé d'une main. Près de dix ans plus tard, une importante Ong nigériane, le Congrès des Droits civiques, en a fait un symbole et demande au gouvernement fédéral de financer une opération pour qu'il retrouve une main.

"Ce serait la plus belle façon de célébrer 10 ans de régime civil et le retour de la charia", estime le CRC.

 
 
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