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Dernière mise à jour: 01 Novembre, 2008 - Heure de publication 11:09 GMT
 
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Thione, le jeune démocrate prodige venu de Kaolack
 

 
 
Thione Niang
Thione Niang lors d'un rassemblement politique pour Obama
Comment le présenter en quelques mots? Bien, tentons! Asseyez le chanteur Rwando-Canadien Corneille Nyugura et décoiffez-lui sa coupe afro. Ce que vous obtenez est le portrait, a beaucoup d'égards, de ce jeune africain qui fait autant honneur à son pays et au continent tout entier.

Bien sûr, il ne s’agit pas de Barack Obama, si c'est ce que vous pensez.

Et voici où commence ce récit. C'est mon rédacteur en chef Michel Proust qui m'avait remis cette coupure de presse du Financial Times.

Au beau milieu des colonnes d'écritures, il avait pris soin de souligner en jaune défoncé un nom: Thione Niang.

Le journal disait du jeune homme dont le nom est ainsi mentionné qu'il est l'un des jeunes les plus influents dans la machine de campagne de Barack Obama.

Ce qu'il n'avait pas ajouté, et que j'ai découvert, c'est que Thione est un africain du Sénégal dont la présence aux Etats-Unis aurait pu ne jamais se réaliser.

En route pour le front électoral de l'Ohio, j'avais fait escale à New York où l'on vote traditionnellement démocrate. Là-bas, je me suis renseigné davantage sur ce fameux Thione, dont le nom jouit de mille entrées dans l'index du moteur de recherche Google.

Très vite on me met sur le bon chemin et en ce début d'après-midi de jeudi, quand j'atterris à Cleveland, la première personne que je contacte, Thione.

1466 Saint Clair Avenue

Thione
Thione repondant aux questions de la BBC.

Quelques trois heures plus tard, au 1466 Saint Clair Avenue, j'attends au quartier général des démocrates dans le comté de Cuyahoga.

Vers 16 heures, je vois une silhouette glisser à travers le seuil. Attend également avec moi, ma consœur Stefanie Schuler de RFI.

"Ah, Stefanie! Désolé de vous faire attendre", fait le nouveau venu qui se tourne vers moi, la mine plutôt bonne. "Vous devez être Lamine de la BBC?" Ce à quoi je réponds par l'affirmative.

L'image de Corneille sans la coupe afro rend très bien l'apparence de Thione. Costume bien tiré, cravate superbement nouée, le teint fier d'un noir d'ébène brillant, notre hôte nous invite à se mettre au travail.

"On le fait en Anglais cet entretien" souhaite Thione qui a bien raison de formuler ce préambule. "Je me sens plus à l'aise en Anglais", explique-t-il.

Effectivement sa maîtrise de la langue de Webster – l’Anglais Américain – est impeccable. Son français qui a pris de la rouille faute d'être resté longtemps inusité dans son arrière-mémoire n'est pas non plus si mauvais. Mais Thione insiste pour s'exprimer en Anglais.

25 minutes après le début de l'entretien, j'en sais assez sur mon interlocuteur pour l’apprécier à sa juste valeur et il y a cette sympathie obligatoire comme je l’écoute raconter que tout ne lui était pas gagné d’office.

"Je suis issu d'une famille pauvre. Je connais ce que c'est que d'être en difficultés".

Et un flashback dans l'histoire du jeune Thione révèle qu’il a effectivement connu la galère.

Un rêve qui s'éternise

En 1999, il finit ses études secondaires. Son rêve alors, poursuivre ses études aux Etats Unis.

Mais voilà, ses parents défriqués ne peuvent pas le sponsoriser. Son destin piétine mais il ne se décourage pas parce qu'il se souvient de cette sorte de prophétie de son grand-père.

"Les choses iront mieux un jour pour la famille grâce à toi... mais je ne serai plus de ce monde".

Ce souvenir des propos du grand-père tourmente Thione qui ne veut pas trop l'aborder.

Son grand-père, c'est lui qui l'a beaucoup influencé. Par ses conseils. Par sa présence.

Même après avoir obtenu son visa pour ses études aux Etats-Unis, Thione découvre qu’il ne peut pas partir.

Il faut l'avion pour survoler l'Atlantique. Mais comment peut-il acheter son billet ?

Thione reste des mois encore à attendre, jusqu'à ce que son cousin, qui l'avait précédemment sponsorisé pour le visa, apprenne de Tokyo qu'il est toujours là à Kaolack. Par sa grâce renouvelée, on peut imaginez la suite.

En 2000, Thione arrive aux Etats-Unis avec pour tout argent de poche, 20 dollars, juste de quoi suffisant pour payer, disons, une carte SIM.

Il sait ce qui l'attend. La plonge dans les restaurants et autres menues besognes. Mais il est prêt à tout faire, sauf ce qui l'éloignera de sa religion musulmane, lui qui est un fier disciple de Cheick Ibrahim Niasse, le chef spirituel de la confrérie Tidiane à Kaolack.

Après des mois dans la grisaille new yorkaise, Thione ne trouve pas la richesse tant synonyme des Etats Unis dans l'esprit de beaucoup de jeunes du tiers monde.

Il garde l’optimisme et continue de se battre jusqu'au jour où il emprunte un Greyhound – les bus de transport en commun aux Etats-Unis – pour la ceinture de l'acier dans le centre-ouest américain.

Le messager providentiel

Il atterrit à Cleveland, aussi désargenté qu'au premier jour de son atterrissage aux Etats Unis.

Avec toujours ses études comme objectif, il se débrouille d'une façon qui ne lui est plus étrangère.

Jusqu'au jour où le président Abdel Aziz Bouteflika d'Algérie atterrisse à Cleveland avec une délégation dont personne ne parlait la langue de Webster.

Pour communiquer avec les médecins de l'hôpital, le dialogue de sourd n'est certainement pas une bonne option.

C'est ce jour-là que Thione se souvient encore des propos de son grand-père.

"Quelqu’un leur a dit qu'il peut leur trouver un interprète", se rappelle-t-il, tout en se moquant de son niveau de l'anglais alors inexistant.

On l'improvise en gentleman et il porte pour la première fois le costume et la cravate.

Après ce baptême de feu, Thione obtient un travail comme interprète à Cleveland et pour ce poste il n'a même pas besoin de remplir le formulaire de demande d'emploi.

"L'Afro-Américain qui recrutait m'a demandé dès la première question de savoir d'où je venais", raconte-t-il.

"Quand j'ai dit "Senegal", il m'a dit que j'étais embauché d’office".

L'Afro-Américain en question connaissait bien le Senegal. Mieux, il avait séjourné dans le quartier de Thione dans la Medina à Kaolack pour s'initier à l'Islam.

Depuis cette rencontre, la vie ne sera plus la même pour Thione Niang.

Rencontre de la chance

Et l'envol social, il en saisit l’occasion en 2006 lors d'une conférence des jeunes démcrates à Washington. Barack Obama était là pour y prendre part.

Thione et Obama
Thione en compagnie de Barack Obama

"Je l'ai sollicité de côté et lui ai dit que je venais d'Afrique et que j'aimais ce qu'il faisait. Il m'a encouragé et m'a parlé de ses espoirs pour le continent noir."

Voilà donc. Il n'a pris qu'une rencontre lors d'une conférence de jeunes à Washington et par la suite, Thione sera à Springfield en février 2007 quand Barack Obama annonce aux Etats-Unis et au Monde qu'il est candidat à la présidence des Etats-Unis

"Allez, mettons-nous au travail", était la phrase qui a conclu le discours de Springfield.

Parmi les millions de jeunes à travers les Etats-Unis qui ont reçu ce message, il y avait bien sûr Thione qui deviendra le haut lieutenant de la campagne d'Obama auprès des jeunes américains.

Il parcourt les Etats Unis en messager de la promesse de changement. Et le 29 Octobre, il réalise l'un de ses grands événements de campagne à Cleveland, le grand concert gratuit pour tous, avec à l’affiche Jay Z.

Son cas est, ainsi donc, un cas de succès sans conteste. Et comme il le dit lui-même, "Il n'y a qu'aux Etats-Unis que mon histoire est possible", faisant écho d'une phrase célèbre de Barack Obama.

Maintenant, en homme du peuple, Thione voit les medias se bousculer à sa porte: CNN, Canal Info, The Financial Times, RFI et la BBC bien sûr.

Aujourd'hui, il peut rencontrer le gouverneur de l'Ohio quand il veut. Le Maire de Cleveland décroche directement ses appels sans secrétaire interposé. Il se rend à Rome, Strasbourg, Londres et Pékin pour parler au nom de la jeunesse américaine. Et tout ça, ne lui est pas monté à la tête.

"Je rends grâce à Dieu. Je ne peux que dire ça!" dit Thione avec un peu l'air de s'étonner de son propre succès.

Dommage que la prophétie de son grand-père ait été exacte sur toute la ligne: "Les choses iront mieux un jour pour la famille grâce à toi... mais je ne serai plus de ce monde". En effet son grand-père n'est plus.

 
 
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