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Les réalités de la vie quotidienne à Bouaké
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Nouvelles du maquis 5
J’ai quitte hier Bouaké le cœur gros car j’ai de la peine pour tous ces jeunes élèves et étudiants qui s’interrogent sur leur avenir sans trouver de réponses précises. J’ai de la peine pour toutes ces vieilles dames qui attendent chaque jour désespérément devant les maquis du centre- ville qu’une âme charitable veuille bien leur offrir quelques pièces de monnaie pour aller faire bouillir la marmite. J’ai de la peine après avoir entendu l’histoire de cette femme qui, faute de moyens, a dû couper en deux la gomme qu’elle avait achetée 50 FCA pour permettre à ses deux jeunes filles d’échapper àla colère de l’instituteur. J’ai de la peine pour tous ces "damnés de la terre" (pour parler comme Frantz Fanon) qui ne rêvent que de partir, partir pour fuir la misère. J’ai de la peine, mais en même temps je m’incline devant leur dignité face aux épreuves de la vie. Inutile de vous dire que la guerre civile en Côte d’Ivoire n’a fait qu’accentuer une situation qui était déjà intenable pour la plupart des ménages. Mais en réalité- qu’ils soient à Dakar, Abidjan, ou Bouaké, sait-on seulement que tous ces jeunes sont des maquisards potentiels, que la misère et la précarité dans laquelle ils vivent sont une bombe sociale à retardement ? "On ne sort pas d’un conflit comme on sort d’une soirée de gala"’, disait le président Gbagbo. Le Chef de l’Etat a raison. Mais il urge de redonner espoir à tous ces jeunes désemparés. Dans un des maquis de Bouaké, j’ai croisé un jeune qui est constamment en rébellion dans sa conscience. Il decharge sa colère sur tout ce qui bouge; cela va des dirigeants qui selon lui continueraient à berner le peuple, aux ennemis invisibles, comme les spéculateurs éparpillés un peu partout dans le monde... personne n’est à l’abri.. Pour ce jeune comme pour des milliers d’autres, des mots comme "croissance", "maîtrise de l’inflation", etc qu’on leur sert a longueur de journée ne riment à rien. C’est tellement abstrait pour eux. Ils se demandent parfois s’ils vivent dans le même pays que leurs dirigeants.
‘’Mon frère, croissance, croissance, est ce qu’on mange ca même ?’’ me demande, amer, un jeune qui m’explique que dans sa famille, comme dans beaucoup d’autres ou les maigres revenus se réduisent chaque jour comme peau de chagrin, le panier de la ménagère est devenu depuis très longtemps un simple… sachet.
Nouvelles du maquis 4 Ouf! Nous voilà enfin arrivés à Bouaké, fief des Forces Nouvelles. Une zone qui fut naguère un véritable maquis (rien à voir avec La rue Princesse!). Quelques kilomètres après la ligne de démarcation qui matérialisait la partition du pays au plus fort de la crise politico-militaire, nous tombons sur des ex-rebelles, chargés visiblement de filtrer les entrées et les sorties. Les FN continuent aussi de prélever des taxes. Signes sans doute, que beaucoup reste à faire dans le domaine de la réunification des deux armées... Le malaise se lit sur les visages des ex-rebelles. Quelques questions sur l’objet de notre visite et nous sommes autorisés à poursuivre notre route. Le contraste avec Abidjan est saisissant, car la reprise des activités est encore timide dans cette ville stratégique, située non loin du Burkina Faso et du Mali. Dès la tombée de la nuit, la plupart des habitants se terrent chez eux. C’est un secret de polichinelle : l’insecurité est encore un souci majeur à Bouaké où la circulation des armes est encore un fait avéré. Le responsable de la Ligue ivoirienne des droits de l’homme que je croise dans la ville me le confirme. Pour les habitants durement éprouvés par les effets de la crise, le chemin qui mène vers une paix définitive reste encore long. Rien de surprenant donc si la sinistrose règne dans les maquis... Punition
Et comme si quelqu’un avait décidé de mes virées nocturnes à Abidjan et Yamoussoukro (je soupçonne Ibrahima qui coordonne notre programme spécial sur la Côte d’Ivoire d’en être à l’origine), voilà que je me retrouve dans un hôtel retranché de la ville. Un véritable bled L’hôtel Mon Afrique, où je loge cette fois-ci, jouxte la maison d’un chef rebelle. Dès la tombée de la nuit, aucun chauffeur de taxi ne s’y aventure. Pas d’internet, pas de taxis: comment donc rallier la ville pour raconter ce qui se passe dans les maquis de Bouaké? Désolé! Je vous donne rendez-vous à Yamoussoukro, cette fois-ci, avec en renfort Valérie et Martina qui nous ont rejoint. Ah, Martina! Elle me confie qu’elle n’a pas dormi hier soir à cause d’animaux qu’elle entendait sur le toit de sa chambre ou de fantômes... Lee, notre ingénieur du son, me dit qu’il a peur des serpents. Moi j’en sais rien: j’ai dormi comme un loir… lessivé sans doute par trop de virées nocturnes. Je vous le concède: tout excès est nuisible. |
LIENS DANS CE SITE
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