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Elections américaines 2008: carnet de route
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Ce campus de l’Université du Mississippi est un lieu symbolique. Un lieu de mémoire de la lutte des Africains-américains pour
la reconnaissance de leurs droits civiques. Le reportage de Frédérique Maillard, notre envoyée spéciale aux Etats-Unis.
En Octobre 1962, James Meredith s’inscrit à l’Université du Mississipi. James est le premier étudiant Noir à oser s’opposer aux règles ségrégationnistes de cet Etat ou sévit alors le Ku Klux Klan. Il est prêt à défier le racisme en terres du Sud, au péeril de sa vie. A peine arrive-t-il sur le Campus, que l’Université est prise d’assaut par les habitants des environs. Le Sud proteste. Refuse dans la violence l’égalité des droits civiques . 2 personnes sont tuées, 75 blessées lors de ces émeutes. Le président Kennedy décide d’intervenir. Il désavoue les autorités locales, envoie sur place l’armée et s’adresse à la Nation. James Meredith a aujourd’hui 77 ans et la barbe blanche. Il n’a jamais quitté le Sud, le Mississippi. Il a accepté de nous recevoir et de se souvenir. Un symbole
Pour nous raconter … que c’est d’une vraie guerre dont il s’agissait. Une guerre au nom de L’Amérique. Au nom d’une Nation plus juste. Lui était simplement en premiére ligne. C’est escorté sur les marches de l’Universite par des marshals (officiers de police) armés qu’il fera sa première rentrée à l’Université. James Meredith devient alors un symbole, et une cible. En 1965, on lui tire dessus lors d’une manifestation. Et aujourd hui quand on lui demande si la candidature de Barack Obama, sa marche vers le pouvoir, va reconcilier les Noirs avec leur passé… James Meredith nous regarde, droits dans les yeux pour nous dire que Barack Obama est un candidat démocrate comme les autres… qu’il n’est pas question de noirs ou de blancs en Amerique aujourd’hui, mais de pauvres et de riches. Et que sa plus grande réussite est qu’aujourdhui, sur les 17000 étudiants de l'université du Mississippi… l’élite noire de l Amérique a sa place, au premier rang.
La crise s’invite dans le débat Sur le campus de l’Université, on est toujours à J- 1 ce matin du grand débat. L’heure est aux détails de dernière minute… on règle les caméras, on installe les spots …on travaille de nuit. L’Université a très rapidement confirmé hier après midi, après les déclarations de John McCain la tenue du debat pour vendredi, comme prévu.
Et pourtant le candidat républicain n’a pas semblé laisser le choix ni aux organisateurs du débat ni a son rival démocrate, en annoncant qu’il suspendait sa campagne à partir d’aujourd’hui. Objectif: contribuer à l’adoption d’un plan financier alors que la Maison blanche a demandé aux deux candidats d'intervenir pour parvenir à un compromis. "On manque de temps" précise John McCain qui appelle Barack Obama à se joindre à lui dans cet effort. Mais tout comme ils ont revendiqué cet été, au même moment, être un candidat bipartisan chacun dans son camp, Barack Obama et John McCain… revendiquent tous les deux la paternité de cette idée d'une déclaration commune sur la crise … Fournissant à la presse les heures précises de leurs coups de téléphones respectifs. Mais quand au report du débat, Barack Obama estime au contraire qu’il est plus important que jamais qu'il ait lieu comme prévu. L’occasion etait trop belle. Le candidat démocrate en a profité pour donner a John McCain une lecon d’uibiquité… Un Président doit pouvoir traiter tous les sujets de front… Ajoutant que le débat pourrait permettre de déveloper le sujet numéro 1 de préoccupation de cette campagne pour les électeurs: l'économie. L’Irak…est désormais la question principale de cette campagne pour seulement 10 % des Américains. Mais la balle est encore dans le camp de John McCain, le "maverick", le franc- tireur aux décisions tranchées, qui peut décider de s’arquebouter sur ses positions. Il faut savoir que si les débats présidentiels sont désormais des événements incontournables, ils ne sont pas légalement obligatoires. Tout comme leur thème peut être renégocié entre les candidats. Ce qu’avaient d'ailleurs déjà fait Barack Obama et john McCain, puisque ce premier débat devait, à l'origine, porter sur l’Economie.
Ce serait donc un retour au programme initial… sans écarter des possibles questions internationales. C'est ce que propose Barack Obama. Mais il faut être 2 pour débattre…
Mercredi 24 septembre: Le Mississippi: l’Amérique oubliée Le bus traverse le Mississippi. Vendredi, nous roulons vers Oxford pour assister au premier débat présidentiel entre Barack Obama et John McCain sur la politique étrangère américaine. Mais sur la route de Jackson, près des rives du Mississippi, nous faisons une halte dans un village qu’en Afrique ou en Asie, on peut difficilement imaginer exister en terre américaine. Ici, les habitants ont perdu leur maison et vivent dans des mobile homes (des sortes de logements de fortune préfabriqués). Dans ce pays, qui est encore le plus riche du monde, des habitants du Mississippi connaissent la pauvreté. Le Mississippi est en effet l’Etat qui a le revenu par habitant le plus bas des Etats-Unis , 20 000 dollars par an mais beaucoup
vivent , ici, avec moins de 500 dollars par mois. Comme Almanae, cette mère africaine-americaine de 40 ans qui élève seule
ses trois enfants dans son mobile-home depuis plus d’un an maintenant. De retour dans le bus, Jon Kelly, le bloggeur du World Service "chatte" avec des internautes du monde entier sur cette Amérique qui ne fait pas parler d’elle, mais qui va voter le 4 Novembre.
Les distances sont longues lorsque l’on traverse ce pays. J’en profite pour relire le discours de Barack Obama à Philadelphie, qu’il avait prononcé à l’époque des primaires, il y a maintenant six mois. Il s’agit de son discours référence, incontournable, sur la question raciale en Amérique comme l’avait été naguère celui de Kennedy sur le catholicisme. Barack Obama lançait alors un appel à plus de compréhension mutuelle entre Blancs et Noirs, à la construction d’une «Union plus parfaite» en Amérique, en échos à la «Maison divisée» par l’esclavage qu’évoquait Abraham Lincoln il y a 150 ans. Barack Obama appellait les Américains à surmonter leurs tensions, leurs ressentiments hérités du passé. Il demandait à la colère noire de tenir compte des inquiétudes blanches et aux rancoeurs blanches de ne pas oublier les doléances noires. Un discours post-racial de consensus. A-t-on entendu ce message en terres du Sud? Le Sud, ultra-conservateur En arrivant dans l’état qui compte la proportion la plus élevée d’africains-américains aux Etats-Unis (38 % de la population totale) je me demande si la marche de Barack Obama vers le pouvoir permettra aux noirs du Mississippi de se réconcilier avec leur passé? Mais le Sud risque de tenter de barrer la route à cette marche du premier candidat métis d'un des deux grands partis à la présidentielle dans l’histoire de l’Amérique. Le Mississippi est très conservateur et vote républicain depuis que le président démocrate Lyndon Johnson a imposé en 1964, y compris au sein de son propre parti, le Civil Rights Act. Cette loi avait mis fin à la ségrégation raciale dans les écoles et les lieux publics. Lyndon Johnson avait estimé qu'il venait par là de faire «cadeau du Sud des Etats-Unis aux républicains pour au moins une generation». Il n’avait pas totalement vu juste. Ce n’est pas pendant une génération, mais depuis 40 ans que les Etats du Sud ont basculé des démocrates aux républicains. Al Gore en 2004 n’était parvenu à rallier que 30% des blancs du Sud et avait même perdu dans son Etat du Tennessee. John Kerry, lui, avait réalisé un score encore inférieur en 2000 malgré la presence à ses côtés d’un colistier de la région. Lors des primaires, Barack Obama avait devancé nettement Hillary Clinton dans le Mississipi, en Louisiane (de plus de 20 points dans ces deux états) et en Georgie. Mais les primaires ne sont par l’élection... Et pourtant Barack Obama a déclaré vouloir remporter le Sud. Et ce, même si tous les politologues classent les états du Sud parmi les bastions conservateurs, quasiment imprenables.
Certains responsables de sa campagne osent parler de "potential incroyable dans ces états pour les démocrates". Leur objectif est de convaincre les noirs d’aller voter et de persuader les blancs pauvres du Sud que Barack Obama est le plus apte à redresser l’économie et à améliorer leur quotidien.
Mardi 23 septembre 2008, J-42 Départ de Dallas, Texas, direction: Jackson, Mississippi 7 heures de route. Je découvre l'Amérique des grandes étendues dans un bus connecté au reste du monde par Internet. Bienvenue à bord du "bus élection multimédia" de la BBC! Est-ce que "flip-flopper" c'est mentir? "Alors, qui a le plus flip-floppé pendant la campagne électorale? Mc Cain ou Obama? … A Londres, vous le savez?" Le vendeur de journaux de Dallas aurait bien aimé que je lui donne une réponse définitive ce matin. Il faut dire que la question ne nourrit pas seulement les conversations dans les bars du Texas, elle agite aussi la blogosphère politique américaine et alimente rumeurs et coups-bas entre les deux camps. Un candidat accusé d'un "Flip-flop", ou d'un "U-turn" est accusé en fait d'avoir fait volte-face, de s^'être contredit dans son programme. En 2004, John Kerry avait subi les conséquences de son "flip-flop" au sujet du vote d'une enveloppe de 90 milliards de dollars
pour financer la guerre en Irak. Depuis, la question est essentielle pour les électeurs. Les “flip-flops” de John McCain
Les “flip-flops” de John Mc Cain sont révélateurs de son glissement progressif vers la droite depuis le début de la campagne. Sur l'immigration, par exemple, après avoir soutenu les projets de réforme de George Bush qui prévoyaient une légalisation par étapes des immigrés illégaux, John McCain s'est repositionné en faveur d’une sécurisation prioritaire des frontières. Lorsque George Bush a échoué à imposer sa réforme, John McCain, a reconnu avoir fait volte-face et a déclaré qu'il " avait changé d'avis mais que les priorités, aussi, pouvaient évoluer". Concernant l’influence de la religion dans le champ politique, le "maverick" (“l’indépendent” ou “le franc-tireur”) républicain a déclaré que les évangélistes étaient des "agents d'intolérance" avant... de tenter de s'attirer leurs faveurs. Autre exemple: l'énergie. John McCain qui est l'un des rares républicains à reconnaître la responsabilité humaine dans le changement climatique, est désormais en faveur de forages pétroliers au large des côtes américaines après s’y être opposé. Dans le domaine fiscal, il avait voté contre les baisses d'impôt proposées par George Bush à partir de 2001. A l'époque il voulait même en découdre avec le lobby industriel, défendait l'interventionnisme gouvernemental pour redistribuer la richesse. Mais c’était avant qu'il ne se rallie aux vues des plus conservateurs du parti républicain en matière fiscale. Mais surtout, selon le journal "The New Republic" de Washington, John McCain n'aurait pas seulement changé d’idées politiques. Il aurait aussi envisagé de changer de camp. D'après "The New Republic", après sa défaite face à George Bush lors des primaires de 2000, il aurait rencontré des responsables démocrates dans le but d'un éventuel transfert de parti. Information démentie aujourd’hui par le camp républicain. Les “flip-flops” de Barack Obama
Le candidat démocrate a lui aussi été épinglé pour ses "flip-flops" qui révèlent son glissement progressif vers le centre. Le candidat démocrate a notamment été accusé d'avoir financé sa campagne des primaires par des contributions privées après avoir soutenu les vertus du système public imposant un plafonnement des dépenses. Son soutien à la loi garantissant l'immunité de sociétés de telecommunication mises en cause dans des affaires d'espionnage téléphonique a provoqué de nombreuses critiques jusqu’au sein de son propre camp. Sur la question des armes à feu, ses positions ont également évolué vers plus de tolérance envers les électeurs détenteurs d’armes. Et puis il y a les interviews que les candidats regrettent d’avoir accordé. Barack Obama a notamment nuancé les déclarations enflammées qu’il avaient tenues au journaliste du magazine “FORTUNE” sur les excès du marché libre. “flips-flops” et fausses informations Mais il ne faut pas confondre les "flip-flops" que peuvent tenter de justifier les candidats face à leurs électeurs et les fausses informations, qualifiées évidemment de mensonges par l'autre camp. Et quand les démentis ne suffisent plus, les candidats qui y ont cédé sont obligés de faire marche arrière, voire de reconnaître la fausse information pour tenter de désamorcer son effet dévastateur. Hillary Clinton avait ainsi reconnu ne pas avoir atterri sous les tirs de snipers lorsqu'elle était First Lady (épouse d'un président) et qu'elle effectuait une visite en Bosnie. Barack Obama, quant à lui, a été obligé d’admettre qu'il était déjà né lors de la marche de Selma en Alabama pour la reconnaissance des droits civiques. L’histoire de la rencontre de ses parents lors de ce jour historique, pour les africain-americains était, certes, bien plus romanesque.
Présentation Parti de Los Angeles le 10 septembre dernier, le BUS se dirige vers New York alors que la campagne électorale aborde sa dernière ligne droite. Une traversée de l’Amérique d’Ouest en Est. 6400 km à la rencontre des habitants du pays le plus riche de la planète, qui ont aujourd’hui le sentiment d'avoir fait fausse route. Les Etats-Unis sont en crise, «l’American dream » est en panne. Alors, qu’attendent aujourd’hui les électeurs de leur prochain président? Quel est leur vision des autres? Quelle est désormais la place de l’Amérique dans un monde qui lui échappe? Le Sud
Je vous propose de me rejoindre le 23 septembre à Dallas pour prendre la route des Etats du Sud, terre de mémoire, de lutte des africains-américains pour la reconnaissance de leurs droits civiques. Direction Memphis,Tennessee, la ville du blues qui restera à jamais marquée par l’assassinat de Martin Luther King. 40 ans après la disparition du plus célèbre militant non violent de la cause des Noirs aux Etats-Unis, la marche de Barack Obama vers le pouvoir peut-elle réconcilier les africains-américains avec leur passé?
Vendredi 26 septembre, le BUS stoppera sa route à Oxford sur le campus de l’Université du Mississipi. Mais nous n'y serons pas seuls. Ce sont des centaines de journalistes du monde entier qui vont découvrir le Mississippi cette semaine pour assister au premier débat presidentiel entre John McCain et Barack Obama. En question: la politique étrangère américaine. Ce sera un des grands moments de cette campagne électorale.
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