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Dernière mise à jour: 12 Septembre, 2008 - Heure de publication 20:52 GMT
 
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Un village marocain renaît grâce à une ONG espagnole
 

 
 
Rafael Quiroz n'oubliera jamais le jour où lui et sa femme ont découvert 37 corps gonflés d'eau sur une plage près de leur maison dans le sud de l'Espagne.

"C'était horrible", se souvient-il.
Rafael Quiroz et Violeta Cuesta
La vue des corps de migrants marocains sur la plage les a poussés à agir

"Tous ces jeunes gens morts sur la plage. Nous avons été très choqués mais aussitôt nous avons pensé à leur famille de l'autre côté."

C'étaient les cadavres de 37 Africains, qui comme des centaines d'autres avant eux, s'étaient noyés en essayant de franchir le détroit de Gibraltar, qui sépare le Maroc de l'Espagne.

Leur embarcation était surchargée et pas assez robuste pour affronter les forts courants et les changements rapides des conditions météo dans le détroit.

Après une journée et demie de traversée, une tempête a éclaté et le bateau a coulé. Il y avait à bord 57 candidats à l'immigration cllandestine.
La plupart n'avait jamais vu la mer et ne savaient donc pas nager.

du premier choc à l'action

Rafael Cuesta et sa femme Violeta, sont tous deux enseignants dans la ville de Rota en Espagne.

Vivant sur la côte depuis plusieurs années, ce n'était pas la première fois qu'ils étaient témoins des conséquences tragiques de l'immigration clandestine en Espagne.
Mais cette fois, ils décidèrent d'agir.

"Au cours de ces vingt dernières années, plus de 80 000 personnes ont péri en mer pour se rendre en Europe.

Les corps ont été inhumés en Espagne après avoir été gardés plusieurs semaines dans des morgues. Leurs familles ne sauront jamais ce qui est arrivé à leurs proches.

la veuve d'un migrant avec ses deux enfants

"Cette fois-là nous nous sommes dit - ça ne peut plus durer - Il faut que l'on fasse quelque chose", se rappelle M. Quiroz.

En cherchant d'où venaient ces migrants morts, le couple a découvert que 12 d'entre eux étaient originaires d'Hansala, un village dans la région monta-
gneuse de Beni Mellal, l'une des plus pauvres du Maroc.

Cette région est connue sous le nom du "triangle de la mort" en raison du grand nombre de candidats à l'immigration clandestine.

Rafael et Violeta décidérent d'aller à Hansala pour proposer de rapatrier les corps de leurs parents.

Quand ils sont arrivés à Hansala, ils découvrirent des maisons tombant en ruines éparpillées sur le flanc de la montagne, sans eau courante ni électricité.

"Les habitants de ce village sont très pauvres mais généreux. Ils ont partagé avec nous le peu de nourritures qu'ils avaient. Cependant, les familles des victimes hésitaient à parler car elles pensaient que nous étions du gouvernement espagnol et que nous allions leur demander de l'argent pour rapatrier les corps," se rappelle M. Quiroz.

Ce n'est qu'après plusieurs voyages et grâce à l'aide d'un interprète berbère qu'ils réussirent à gagner leur confiance.

"Ce n'est que plusieurs mois après le naufrage que les corps ont été finalement rapatriés à Hansala. Tous les habitants ont participé à la veillée funèbre et ont assisté aux obsèques des douze jeunes gens. Ce jour-là, nous avons senti que nous faisions partie du village."

le village renait peu à peu

Mais le rapatriement des corps n'a été qu'un début dans leurs efforts en faveur d'Hansala.

A la suite de cet événement, le couple d'Espagnols a fondé une ONG, Solidaridad Directa. Pendant leur vacances, avec leurs économies et grâce à l'aide de bénévoles et des villageois, ils ont peu à peu amélioré les conditions de vie dans ce village.

Ils ont construit un dispensaire et rénové la vieille école; ils ont mis en place des bourses dont le montant est équivalent à ce que gagne un enfant qui travaille dans les champs pour permettre à ses parents de l'envoyer à l'école.

Saïd a bénéficié d'une telle bourse. Il a appris tout seul l'Espagnol et il est maintenant le correspondant local de Solidaridad Directa.

"Il y a aujourd'hui 170 familles qui habitent à Hansala. Tout le monde participe au programme et en bénéficie'', m'explique-t-il alors que nous marchions vers le nouveau dispensaire.

"Un médecin vient maintenant deux fois par semaine. Les enfants vont à l'école et nous avons créé une association pour améliorer la condition des femmes. Nous organisons des ateliers pour apprendre aux femmes comment mettre des fruits en conserves. La vente de ces produits sur le marché leur permettra de gagner un peu d'argent".

L'achat de bêtes saines grâce à l'argent de Solidaridad Directa a donné les moyens à un certain nombre de villageois de gagner à nouveau leur vie en exercant le métier de berger.

Le plus important est que cette initiative a contribué à changer les mentalités des jeunes qui pensaient que le seul espoir de trouver du travail était de tenter d'entrer illégalement en Europe en traversant le détroit de Gilbratar.

"Quand je suis venu la première fois à Hansala, les gens me demandaient de les aider à émigrer en Espagne. Maintenant ils veulent des conseils pour savoir comment monter une affaire," affirme-t-il.

Il reste beaucoup à faire et la vie, malgré les améliorations, est rude, surtout en hiver quand les pluies rendent tous les chemins impraticables.

Jusqu'à présent, aucun habitant d'Hansala n'a tenté de passer le détroit depuis 2003.

 
 
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