|
Crise grave pour les relations entre Moscou et l'occident
|
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
La crise dans le Caucase semble se calmer, avec la signature d'un accord de cessez-le-feu - mais elle risque d'être lourde
de conséquences pour la Russie et l'occident, ainsi que pour le dialogue entre eux. Bridget Kendall, rédactrice diplomatique
de la BBC, revient sur les positions et les arguments invoqués de part et d'autre.
Le 7 août dernier, les forces géorgiennes lançaient une attaque contre Tshkinvali, la capitale de l'Ossétie du Sud, un territoire géorgien dirigé par une qdministration séparatiste, et dont la population compte de nombreux Russes. Moscou ripostait par une incursion dans le territoire, et justifiait son action par des arguments d'ordre aussi bien moral que légal. Le premier ministre Vladimir Poutine et le président DImitri Medvedev affirmaient que les forces russes avaient le droit d'intervenir pour protéger les forces russes de maintien de la paix déployées en Ossétie du Sud, qui avaient été prises pour cibles et avaient subi des pertes. Vladimir Poutine parlait du "rôle historique" de la Russie, qui être la "garante de la sécurité" dans le Caucase, un rôle que personne, selon lui, ne devait contester. Le président et le premier ministre ajoutaient que le gouvernement avait le devoir, aux termes de la constitution russe, de protéger la sécurité ét la dignité des citoyens russes, où qu'ils soient. Le but recherché?
Des propos qui avaient de quoi rassurer, sans doute, les réfugiés d'Ossétie du Sud, ou les habitants de Tshkinvali (la capitale du territoire) terrés dans leurs caves. De quoi recueillir aussi l'approbation des Russes vivant loin des combats, qui regardaient leurs télévision, et réagissaient avec indignation aux scènes de carnage et de destruction qui indiquaient que l'Ossétie du Sud avait été le théâtre de graves violences, dont les civils étaient souvent victimes. Mais pour un Géorgien soupçonnant que la Russie a en fait des ambitions néo-colonialistes, et qu'elle cherche à saper l'indépendance de la Géorgie et à la ramener sous la domination de Moscou, ces propos revendiquant le droit de "garantir la sécurité" dans le Caucase avaient de quoi susciter les plus vives inquiétudes. Sans parler de la façon dont ces propos auront été accueillis dans les autres anciennes républiques soviétiques où vivent des minorités russes importantes - on pense par exemple à la querelle entre la Russie et l'Ukraine au sujet de la Crimée. Pour ces pays, les propos faisant état d'une obligation constitutionnelle d'envoyer des troupes en dehors du territoire de la Russie pour aider des citoyens russes menacés avaient quelque-chose de sinistre. Mais peut-être était-ce là -au moins en partie- le but recherché par Moscou. Et selon certains, cela indique que les motifs humanitaires invoqués par Moscou pour justifier son action n'étaient peut-être qu'un prétexte. "Cynisme et hypocrisie"
L'intervention russe entrait-elle dans le cadre d'un plan de bien plus grande ampleur, visant à rétablir un contrôle sur une région que la Russie, depuis des siècles, considère comme sa zone d'influence légitime? Une région que le Kremlin craignait de voir transformée en base de l'OTAN en plein Caucase? C'est ce que laissait indirectement entendre Vladimir Poutine, quand il accusait la Géogie de se servir de ses ambitions d'adhérer
à l'alliance occidentale pour entraîner des pays tiers dans la querelle. Quand il accusait aussiles Etats Unis et d'autres
pays de prendre parti, en facilitant le rapatriment du contingent géorgien déployé en Irak et donc Vladimir Poutine avait fustigé le "cynisme" et "l'hypocrisie" des occidentaux, qui selon lui trouvaient justifié d'envahir l'Irak parceque Saddam Hussein commettait des atrocités, tout en condamnant la Russie quand elle intervenait dans le Caucase pour mettre fin à des effusions de sang. Le premier ministre russe savait, bien sûr, qu'il reprenait -contre eux- des arguments qu'avaient avancé les pays occidentaux pour justifier certaines de leurs actions. Interventions "humanitaires"
En effet, depuis quelques années le principe selon lequel les frontières nationales doivent être absolument inviolables a cédé le pas sur une interprétation assez différente. L'intervention de l'OTAN en Yougoslavie en 1998 était justifiée par les pays de l'alliance par des arguments humanitaires. Ces mêmes considérations étaient parmi les raisons invoquées par les Etats Unis et la Grande Bretagne pour justifier l'invasion de l'Irak en 2003. Et ce sont ces mêmes arguments qui sous-tendent la décision d'accorder un statut d'indépendance au Kossovo, jusque-là une province de la Serbie, malgré l'opposition de cette dernière ainsi que de la Russie. Il y a quelques mois à peine, un débat faisait rage autour de la Birmanie, et de la possibilité d'une intervention pour aider les victimes des inondations dans ce pays, passant outre aux objections du gouvernement birman. Dans ces conditions, Vladimir Poutine pourrait bien penser que, s'agissant "d'interventions humanitaires", l'occident s'est tout simplement fait rendre la monnaie de sa pièce. Reste que marquer des points sur le plan diplomatique de cette façon n'est pas sans risques pour Moscou. Un tournant?
Certes, les occidentaux ont exclu tout recours à la force. Et personne ne souhaite un retour des tensions dangereuses des années de la Guerre froide. Il y a déjà suffisamment de crises dans le monde, de l'Irak à l'Afghanistan, en passant par la Corée du Nord et l'Iran. Mais chacun aura noté les propos sévères du président George Bush, avertissant la Russie que son comportement menaçait de nuire à ses relations avec les Etats Unis et l'Europe. Et la crise pourrait marquer un tournant dans les relations est-ouest, sonnant le glas de la nouvelle coopération qui avait succédé à la Guerre froide. Un risque qui donne sans doute à réfléchir à Moscou. On se souvient des multiples déclarations, ces mois derniers, des responsables russes, se plaignant qu'on faisait un mauvais procès à leur pays, qu'on le considérait encore dans une optique de Guerre froide, sans reconnaître qu'il avait changé... C'est peut-être pour cette raison que les Russes ont accepté de signer l'accord de cessez-le-feu. |
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
|
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||