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Dernière mise à jour: 18 Juillet, 2008 - Heure de publication 15:03 GMT
 
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Mandela, homme d'état et homme de coeur
 

 
 
90 ans!
Un homme discret, qui ne se livre pas facilement
Nelson Mandela a consacré sa vie à une croisade politique, qui l'a mené à devenir le premier président noir de l'Afrique du Sud. Mais cet homme hors du commun, qui vient de célébrer son 90ème anniversaire, est aussi connu pour sa considération, sa sollicitude pour tous ceux qu'il rencontre, comme on peut le voir par certains témoignages.

En 1990, la libération de Nelson Mandela, après 27 années de prison, avait suscité un immense espoir de changement politique, après des décennies d'apartheid.

Mais ce changement nécessitait des négociations délicates. Cheryl Carolus, aujourd'hui haut commissaire (ambassadeur) d'Afrique du Sud à Londres, était à l'époque un des principaux stratèges de l'Anc, le parti de Nelson Mandela.

Un souci: protéger la famille

Nelson Mandela et Cheryl Carolus
Mandela avec Cheryl Carolus, qui se souvient de sa sollicitude

Elle et son mari, Graham, également activiste, devaient partir en congés - un luxe qu'ils ne pouvaient que rarement se permettre. Mais une crise avait éclaté et Cheryl avait dû expliquer à Graham qu'ils devaient reporter leur départ.

Ce dernier avait mal pris la nouvelle et, prenant son courage à deux mains, il avait appelé Nelson Mandela, pour lui expliquer en bredouillant que lui et son épouse ne pouvaient se voir que rarement, et que le congé qu'ils avaient prévu était important pour eux. Mandela l'avait interrompu après quelques secondes, disant: "tu n'as pas besoin d'aller plus loin. Pars. Je me charge d'expliquer aux autres pourquoi vous n'êtes pas là".

Un épisode qui illustre l'importance que Nelson Mandela attache à la famille, selon Cheryl Carolus: "c'est ce que l'apartheid nous avait pris, avec le système de main d'œuvre migrante, la prison, tout cela avait fait éclater les structures familiales".

Une épreuve

Nelson et Winnie, le jour de la libération
Nelson et Winnie, le jour de la libération

Une autre raison explique ce souci de protéger la cellule familiale: à l'époque, ses relations avec sa deuxième épouse, Winnie, étaient au plus bas. Pour Cheryl Carolus, ceux qui le côtoyaient de près savaient à quel point cela le faisait souffrir.

Elle ajoute que lorsque Nelson Mandela avait fini par divorcer, il avait tout fait pour éviter que cela ne provoque le moindre embarras pour l'ANC , et pour ne pas forcer ses proches collaborateurs à choisir entre lui et Winnie, qui était elle aussi un des dirigeants du parti.

Mais l'homme ne parle pratiquement jamais de sa vie privée. Amina Cachalla est issue d'une famille dont l'engagement politique remonte au mouvement de résistance passive créé en Afrique du Sud par Mahatma Gandhi. Pour elle, "c'est comme si Nelson Mandela avait construit un mur autour de lui-même".

Amina Cachalla ajoute que Winnie Mandela lui avait dit un jour que si son mari n'avait pas été emprisonné, ou que s'il avait été libéré plus tôt, il est probable qu'ils se seraient séparés de toutes façons.

"Je l'ai regardée avec surprise", poursuit-elle, "mais je crois qu'elle sentait qu'ils s'étaient tellement éloignés l'un de l'autre, chacun étant engagé politiquement à sa façon, chacun jouant à sa façon son rôle de dirigeant, qu'ils se seraient sans doute séparés, même s'il n'avait pas été en prison".

La peine de cette séparation devait faire place à une nouvelle relation, qui s'est soldée par un mariage, avec Graca Machel, la veuve de l'ancien président du Mozambique Samora Machel.

Un geste parmi tant d'autres

Avec Rory Steyn
Rory Steyn et son ancien 'patron'

Rory Steyn avait dirigé une des équipes de gardes du corps qui protégeaient Nelson Mandela durant ses cinq années de présidence. Il se souvient: "il avait coutume de lui acheter des chocolats, des fleurs, des bijoux. Il les achetait lui-même. Vous imaginez ce qui pouvait arriver quand Mandela allait à Sandton City (un centre commercial dans la banlieue de Johannesburg) pour se rendre à la confiserie? On essayait par des tas de moyens de l'en empêcher, de lui dire qu'on achèterait les chocolats pour lui. Mais il nous disait qu'il voulait les choisir lui-même".

Rory Steyn s'est rendu compte à quel point ces petits gestes d'apparence anodine comptent pour Nelson Mandela. L'ancien garde du corps, qui est blanc, explique que son éducation et sa formation au sein de la police à l'époque de l'apartheid l'avaient porté à se méfier, tout d'abord, de Nelson Mandela et de tout ce qu'il représentait. Tout a changé pour lui le jour où son nouveau patron avait prêté serment, et était devenu président.

Après la cérémonie, Nelson Mandela s'était rendu au stade d'Ellis Park à Johannesburg pour apporter son soutien à l'équipe de football sud africaine, qui jouait ce jour-là contre la Zambie.

Après ce rendez-vous, le nouveau président, qui était attendu ensuite à Pretoria, était en retard sur son horaire. Mais sans rien dire, et à la stupéfaction de ses gardes du corps, il était sorti de sa voiture officielle pour aller à la rencontre d'un colonel de la police, un homme d'un certain âge, qui avait fait toutre sa carrière sous l'ancien système.

Rory Stein se souvient: "en voyant Nelson Mandela s'approcher de lui, l'officier n'en croyait pas ses yeux. Le président lui a tendu la main, et lui a dit 'colonel, je veux simplement vous dire qu'aujourd'hui vous êtes devenus notre police. L'ANC a gagné les élections, je suis devenu président. Et je veux vous dure qu'il n'y a plus de séparation entre nous et vous. Vous êtes notre police' ".

"Le vieil officier a fondu en larmes", ajoute Rick Steyn.

Fin de l'innocence

Barney Pityana: "il était le symbole de nos espoirs"
Barney Pityana: "il était le symbole de nos espoirs"

Cheryl Carolus se souvient d'un autre épisode qui en dit long sur Nelson
Mandela: en 1995, elle avait annoncé lors d'une réunion qu'elle allait devoir passer plus de temps avec son père durant les semaines à venir, parce qu'il était gravement malade, atteint d'un cancer. Mandela l'avait serrée dans ses bras.

Plus tard, son père, un ouvrier pauvre qui vivait dans une cité noire, lui avait appris une nouvelle étonnante: "il m'a révélé que le président lui avait rendu visite, sans prévenir le personnel hospitalier ou les média. pour mon père, c'était comme un rêve".

Reste que Nelson Mandela a aujourd'hui 90 ans. Et que s'il n'a pas vraiment pris sa retraite, restant très actif, certains regrettent que son influence ne se fait plus sentir aussi nettement qu'avant.

Le professeur Barney Pityana est un ancien activiste du mouvement de la Conscience noire (Black Consciousness), militant des droits de l'homme, et théologien. Pour lui: "Mandela appartient à ce que j'aime appeler nos années d'innocence".

"Au début, dans l'euphorie de la démocratisation, il était le symbole de nos espoirs. Mais aujourd'hui, quinze ans ont passé, et bien des choses ont changé".

Un hommage

"Il nous a donné des chances dans la vie"
"Il nous a donné des chances dans la vie"

Barney Pityana estime en effet que l'ANC est quelque peu parti à la dérive. Selon lui, Nelson Mandela s'est mis à la disposition du parti pour lui prodiguer des conseils éventuels, mais ne veut pas se laisser entraîner dans des querelles internes, ou passer pour un facteur de division.

Je me suis adressé à un groupe de jeunes gens dans la rue Vilakazi Street à Soweto, la cité noire où Nelson Mandela était autrefois domicilié, pour leur demander leur avis.

Pour eux, aujourd'hui, le principal problème est de trouver un emploi.
Mais l'un d'eux a estimé que "Nelson Mandela nous a donné des chances dans la vie, il nous a ouvert la porte". Un hommage qui, s'il l'entendait, irait sans doute droit au cœur de l'ancien président.

 
 
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