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Dernière mise à jour: 13 Juin, 2008 - Heure de publication 18:25 GMT
 
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RD Congo: la radio au service de la paix
 

 
 
Mike India
Mike India parle avec les rebelles avec son téléphone portable
A 5h00 du matin au sommet d'une montagne dans la forêt de l'est de la République démocratique du Congo, Michel Sibilondire peine à mettre en marche son groupe électrogène.

"A un kilomètre d'ici, vous commencerez à les voir un à un, deux à deux, et si vous allez plus loin, à environ 30 km, vous arriverez à l'endroit où les FDLR vivent depuis des années", déclaré Michel Sibilondire.

Les FDLR sont les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda, un mouvement rebelle Hutu dont la présence en RDC remonte au génocide rwandais de 1994. Certains de ses membres sont soupçonnés d'avoir participé au massacre.

Depuis, ils se cachent dans la forêt congolaise, et avec d'autres milices, continuent de menacer la stabilité de la région.

Le travail de M. Sibilondire est de les convaincre à partir de chez eux.

Message simple

Chaque matin, le jeune homme de 36 ans met en marche un émetteur radio des Nations Unies et commence ses émissions à partir de sa cabane sur la montagne dans le Nord-Kivu.

Son antenne est directement orientée vers les rebelles dans la forêt. Ils le connaissent par son nom d'emprunt, à savoir Mike India.

Après avoir survécu à une décennie de conflit avec son épouse et ses deux enfants, il a été recruté en 2006 par l'ONU pour être ce qu'il appelle "un opérateur de radio pour la paix".

Ses émissions sont dans quatre langues. Entre les plages de musiques locales, rwandaises et congolaises, et le country américain, il annonce les dernières nouvelles dans le programme de démobilisation de l'ONU.

Ce programme est en cours d’exécution depuis quatre ans et a enregistré des succès suite au retour au Rwanda de plus de 5000 éléments des FDLR.

Mais à en juger par l'atmosphère à une conférence de paix à Goma en janvier, les quelques 7000 rebelles qui restent ne sont plus la bienvenue en RDC.

Aussi, ces jours-ci le message de Mike India aux rebelles est plus simple à savoir rentrez chez vous où vous serez tués.

En début d'année, le conseil de sécurité de l'ONU a exigé que tous "les membres des FDLR et d'autres mouvements armés rwandais opérant dans l'est de la RDC déposent immédiatement les armes" et se rendent aux Nations unies en vue de leur rapatriement au Rwanda. Faute de quoi, les soldats de l'ONU ont la permission "d'utiliser tous les moyens nécessaires" pour soutenir les opérations de l'armée congolaise pour déloger les groupes armés rwandais par la force.

Au cours des derniers jours, l'armée s'est déployée dans les zones occupées par les FDLR dans le Nord-Kivu en vue d'un éventuel affrontement.

Mike India espère qu'on n'en arrivera pas à ce stade.

"C'est impossible de chasser les FDLR de la République démocratique du Congo par la force", dit-il.
"Le mouvement résistera. Ce sera très mauvais pour le peuple congolais."

La démobilisation

Philip Lancaster, qui dirige le programme de démobilisation dans le pays, indique que le manque de professionnalisme au sein de l'armée congolaise - qui a combattu au côté des FDLR dans le passé - rend difficile la protection des civils lors des actions militaires.

"En raison de l'intégration des FDLR dans les communautés congolaises, ce type d'action relève beaucoup plus de la police que de l'armée", explique M. Lancaster.

Il pense que le principal problème est la peur, qui est "si ancrée dans leur mentalité que trouver un moyen pour la surmonter constitue un vrai défi.

"Ils sont toujours convaincus que s'ils rentrent au Rwanda aujourd'hui ils seront tués, empoisonnés ou humiliés d'une certaine manière", dit-il.

Si les rebelles ont participé au génocide ils seront traduits en justice au Rwanda mais le nombre de ceux qui ont activement pris part au massacre ne serait qu'une dizaine de personnes, vu que la plupart des combattants actuels du mouvement étaient des enfants en 1994.

Mike India diffuse donc des messages rassurant sur la paix, la sécurité et l'argent pour inciter à la démobilisation, la formation et d'autres formes de soutien.
Il lit souvent à l'antenne son numéro de téléphone portable. Entre 01h00 et 04h00, pendant que les appels sont gratuits, il reçoit un grand nombre d'appels.

Des rebelles souhaitent savoir où ils peuvent se démobiliser, d'autres grognent au sujet de Paul Kagamé, l'actuel président et ancien dirigeant rebelle tutsi. Certains veulent simplement que Mike India joue d'autres types de musique.
Ils donnent vraiment une bonne idée de la mentalité des rebelles.

Reconstruction

"Bonjour Mike India!", indique un SMS écrit en Swahili. "Nous sommes avec les FDLR; je suis un capitaine à Rusamambo. Si Dieu le veut, nous sommes prêts à retourner au Rwanda."

La cabane de Mike India
Mike India tente de rassurer les rebelles sur la situation dans leur pays

Quelques secondes plus tard, un message est envoyé par un Congolais: "Félicitation! Continues de dire aux FDLR de quitter le pays et de rentrer chez eux. Nous sommes fatigués. Ils nous attaquent. Ils volent, brulent nos véhicules; s'ils retournent ce sera une bonne chose."

Il faudrait consolider la confiance pour amener les rebelles à déposer les armes, et les appels personnels semblent marcher le plus.

Mais le processus est lent ; environ un ou deux combattants passent par les camps de transit de l'ONU chaque jour.

Mike India sait qu'il n'a pas assez de temps.

La tension monte entre les FDLR et l'armée congolaise qui se déploie dans la région.

Ces derniers jours, ses émissions durent au moins dix heures par jour et il se couche avec son émetteur.

"Je tente de convaincre ces gars", déclare-t-il, après avoir dit au revoir à ses auditeurs et coupé le groupe électrogène à 22h00. "C'est ma contribution à la reconstruction du pays."

 
 
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