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Burkina Faso : Autosuffisance "possible"
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La flambée des prix des produits alimentaires qui a provoqué des émeutes dans plusieurs pays africains n’est finalement pas
une si mauvaise chose.
"A quelque chose malheur est bon. Depuis les émeutes de la vie chère, chaque jour, nous sommes en réunion pour trouver des solutions afin de dynamiser la filière riz", explique Zacharie Segda du Burkina Faso. Il a été détaché en zone rurale par l’Institut de l’environnement et de la recherche agricole, l’INERA, de Ouagadougou, la capitale de ce pays sahélien d’Afrique de l’ouest. Pendant longtemps, l’agriculture a été en quelque sorte le parent pauvre du développement en Afrique. Mais depuis le début d’année, la situation devient intenable pour la population qui, dans la plupart des cas, a exprimé sa détresse et son désarroi de façon violente : morts, blessés, destruction de biens publics et privés, le Burkina Faso n’a pas été épargné par ces mouvements.
"Il y a des moments où j’ai envie de pleurer, je donne des coups de gueule aux autorités", avoue Zacharie Segda qui explique qu’avant ces émeutes, il n’était pas facile de faire bouger les choses. Il faut dire que pour ce chercheur qui travaille avec des paysans depuis des années et qui connaît le potentiel que lui et ses collègues ont aidé à mettre en place, l’inaction des autorités dépasse l’entendement. Dans la plaine de Bagré, dans l’est du pays, où je me suis rendu, les champs de riz s’étendent à perte de vue. Plus d’un millier de paysans cultivent ces surfaces avec des rendements de quatre tonnes de riz à l’hectare qui "pourrait tripler si l’Etat trouve le moyen de faire baisser le prix des engrais", plaide Ernest Yoda, le secrétaire général de l’Association des producteur de riz du Burkina Faso. "L’Etat a les moyens de nous aider", soutient ce septuagénaire, infirmier militaire à la retraite, qui s’est reconverti dans la culture de riz. Les autorités "pourraient imposer une taxe de 2 Fcfa (moins d’un centime de dollars) sur chaque kilogramme de riz importé qui seront ensuite reversés" aux planteurs soit comme subvention, soit déposé dans une banque comme fonds de garanti qui permettrait aux agriculteurs de pouvoir négocier les engrais à crédit et de ne payer qu’une fois qu’ils ont vendu leur produit. A 250 Fcfa le kilogramme, le riz local revient déjà au même prix que celui importé, ce qui n’était pas le cas il y a quelques années, quand le riz cultivé localement était plus cher. Cette compétitivité allié à la grogne du fait de la cherté de la vie inciterait donc les autorités à accorder plus d’attention aux agriculteurs locaux, qui semblent prêts pour le nouveau défi qui les attend. "Nous pouvons nourrir notre pays avec le riz local!", lance comme un slogan le responsable des producteurs de riz dans cette plaine de Bagré. Le scientifique burkinabè, Zacharie Segda, est du même avis. "Si on arrive à réduire le prix des engrais, les producteurs mettraient dans les cultures les quantités nécessaires pour un rendement optimal et on pourrait tirer plus de 8 tonnes à l’hectare ici", assure Zacharie Segda, qui estime le coût d’un tel soutien de l’Etat à un milliard de Fcfa (deux millions de dollars). "Nous pouvons être autosuffisants en riz d’ici l’année prochaine", prévoit cet agro éco pédagogue, chargé de l’encadrement des paysans dans cette zone. Quelque 1600 hectares de riz sont actuellement cultivés dans cette plaine de Bagré qui dispose d’un potentiel de 30 000 hectares. Il y a également 3000 hectares de riziculture dans la plaine du Sourou, d’autres superficies dans la vallée du Kou et celle du Banzon. Optimisme Ce pays sahélien arrive à faire pousser cette plante qui demande beaucoup d’eau grâce à des systèmes d’irrigation par "simple gravitation", autrement dit une circulation de l’eau rendue possible par de simples techniques d’aménagement des sols et qui ne nécessitent aucune utilisation de motopompes pour pousser l’eau dans les champs.
L’optimisme des chercheurs burkinabè sur la capacité de leur pays à atteindre l’autosuffisance en riz est par ailleurs renforcé par la présence dans ce pays du NERICA (New Rice for Africa), une nouvelle variété de riz obtenue par croisement par des chercheurs africains, qui ont pour la plupart travaillé grâce à des financements du gouvernement japonais. Le NERICA, explique Zacharie Segda, "allie la productivité du riz asiatique à la résistance du riz africain". Il résiste mieux aux maladies et aux insectes, s'accommode aux sols pauvres et à la sécheresse tout en étant plus riche en protéines et avec des rendements élevés sans parler de son cycle de croissance plus court. Chaque année, dans les rizières du Burkina Faso, on récolte déjà près du tiers des besoins nationaux en riz qui se situe autour de 300 000 tonnes par an. Mais ce sont encore annuellement environ 80 millions de dollars (40 milliards de Fcfa) qui sont dépensés en importation de riz. Les projections indiquent que ce chiffre pourrait passer à 140 millions de dollars (70 milliards Fcfa) d’ici 2015. En effet, même si elle ne se situe aujourd’hui qu’à la quatrième place en terme de céréales consommées dans le pays derrière le mil, le sorgho et le maïs, la consommation de riz per capita est en progression croissante. Dans les grandes villes comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, chaque habitant consomme en moyenne 50 kg de riz par an. Ce chiffre était de 18 kilos par an en 2000 selon des statistiques officielles. Zacharie Segda, de l’Institut de l’environnement et de la recherche agricole du Burkina Faso, explique cette place stratégique que s’octroie de plus en plus cette denrée par le fait que ‘le riz est d’accès facile dans toutes les boutiques, se prépare facilement’ et répond parfaitement donc ainsi aux contraintes d’une population qui vit de plus en plus en ville. La culture du riz au Burkina Faso se fait en famille - père, mère et enfants - dans un système totalement dénué de mécanisation où tout se fait à la force des muscles. Les hommes, les femmes et les enfants interviennent tous ensemble dans les activités de préparation des sols, de semis, de désherbage et de traitement phytosanitaire. Les hommes et les enfants s’occupent par la suite de la récolte, alors que le vannage et le séchage sont des activités exclusivement réservées aux femmes. Courbées dans les rizières depuis les premières heures de l’aube pour débarrasser les cultures des mauvaises herbes, ces femmes ne demandent "qu’à croire que l’agriculture est peut-être devenue une des priorités des dirigeants" de l’Afrique. Chiffré, leur travail leur rapporte moins d'un dollar par jour et par personne. On comprend dès lors que ces jeunes mères ne rêvent que d’une chose : "éviter à nos enfants de vivre comme nous" en les envoyant à l’école dans un pays où le taux de scolarisation est un des plus bas au monde et où l’agriculture est souvent considérée comme un métier d’illettrés. Des projets comme celui du développement de la culture rizicole au Burkina Faso, un partenariat entre le gouvernement et le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) avec des financements étrangers comme celui du gouvernement du Japon, vont peut-être permettre de redonner un nouveau souffle à un secteur agricole qui a longtemps été le ventre mou du développement en Afrique. Mais aussi paradoxal que cela puisse paraître, c’est un peu grâce à la flambée des cours de l’or noir que le monde rural fait actuellement l’objet de toutes les attentions. Les prix des transports aériens et maritimes sont de plus en plus chers et l’Afrique, qui dépendait en grande partie des importations pour une importante proportion de ses besoins alimentaires, ne peut plus se permettre un tel luxe et doit donc penser à produire localement. Par ailleurs, grâce toujours aux cours du pétrole, certains ont estimé que les moteurs de nos voitures et autres engins valent mieux que nos ventres. Des milliers de tonnes de denrées alimentaires sont ainsi transformées en biocarburant. Pendant ce temps 135 millions d’Africains sont menacés de faim selon le président de la Banque africaine de développement,
dont l’institution, dans un communiqué publié le 2 mai, annonce que la BAD "mobilisera un milliard de dollars supplémentaire
pour faire face à la crise alimentaire qui sévit dans plusieurs pays africains". |
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