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Madagascar: rapprochement entre l'Eglise et l'Etat | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
A Madagascar, le président Marc Ravalomanana veut des liens plus étroits entre l'Eglise et l'Etat. Certains le soupçonnent de vouloir en fait promouvoir l’Église de Jésus-Christ à Madagascar (FKJM en sigle), une communauté protestante à laquelle il appartient, au détriment des catholiques et des musulmans. Une "atmosphère de méfiance" existe aujourd'hui entre l'Eglise catholique et le gouvernement malgache, selon l'archevêque d'Antananarivo, Odon Razakolona. En tout cas, ces relations sont loin d'être au beau fixe. On l'a vu notamment en avril dernier, avec l'expulsion d'un prêtre jésuite français, Sylvain Urfer, qui vivait dans le pays depuis 33 ans. Le gouvernement avait expliqué que la mesure était dûe à l'opposition du religieux à un programme de construction de routes. Mais l'intéressé déclarait qu'en réalité, son expulsion venait sanctionner ses critiques à l'encontre du gouvernement. Quoi qu'il en soit, la mesure et la façon dont il avait été expulsé avaient provoqué la consternation des catholiques. En effet, Sylvain Urfer avait été emmené à l'aéroport sous escorte policière. Il était passé par les douanes séparément des autres passagers, et s'était vu empêcher de prendre congé des amis qui s'étaient rassemblés pour lui dire au revoir. Il est peu probable qu'il puisse revenir dans le pays. Un "pays chrétien"
L'archevêque Razakolona insiste: "Nous ne cherchons pas, d'habitude, à nous quereller avec le gouvernement", déclare-t-il, "mais nous sommes déçus de la façon dont cette expulsion s'est déroulée". "Certains événements ont donné lieu à des malentendus" ajoute le prélat, "nous reconnaissons la souveraineté de l'Etat, mais nous voulons connaître la vraie raison pour laquelle notre prêtre a été expulsé." L'affaire a fait l'objet de démarches de la part du ministère français des affaires étrangères, ainsi que du Vatican, auprès des autorités malgaches. Jean Roger Rabemanantsoa, enseignant à l'université d'Antananarivo, estime qu'il est peu probable que le gouvernement veuille risquer de s'aliéner les catholiques. "Les Malgaches sont très croyants" rappelle-t-il, "et je pense que nos dirigeants en tiennent compte. Ils pourraient même s'en servir pour faire appel au peuple." Mais les limites séparant l'Eglise et l'Etat ont tendance à devenir plus floues, comme on l'a vu par exemple en avril dernier, quand des amendements à la constitution ont été adoptés, faisant officiellement de Madagascar un pays chrétien. Le gouvernement affirme que ce changement ne changera rien en pratique - près de la moitié de la population est chrétienne. Mais le changement a provoqué l'inquiétude des musulmans, qui sont au nombre de deux millions et demi. Les protestants
D'autre part, certains font remarquer que le chef de l'Etat, Marc Ravalomanana, est aussi vice-président de l'Eglise protestante FKJM. Mais Charles Rakotonirina, secretaire-général de l'Eglise, dément formellement que le président cherche à profiter de sa position pour favoriser ses coreligionnaires. "Il n'y a pas d'avantage particulier pour les protestants" déclare-t-il, "ce qui a changé, c'est que notre président s'est ouvertement déclaré chrétien, et veut donc collaborer avec l'Eglise". De fait, le chef de l'Etat parle de "renforcer la coopération" entre l'Eglise et le pouvoir. Mais la forme que pourrait prendre ce rapprochement donne lieu à des interprétations diverses, et souvent contradictoires. Un des conseillers du président, Raymond "Moxe" Ramandimbilahatra, se veut rassurant, déclarant que le gouvernement "rejette toute forme de théocratie" et ajoutant qu'il y a une "séparation totale" entre l'Eglise et l'Etat. Mais d'autres soupçonnent Marc Ravalomanana de chercher à renforcer son pouvoir en exerçant un contrôle accru sur les Eglises. Et Jean-Roger Rabemanantsoa estime que le rapprochement a d'ores et déjà été amorcé. "Le gouvernement a déjà donné le coup d'envoi" déclare-t-il, "et le mouvement s'accentue en raison de la décision prise par le chef de l'Etat. Il entend associer tout le monde, et surtout les Eglises, à son action." | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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