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Malouma: artiste, sénateur, et militante | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Malouma: musicienne, chanteuse, militante de l'opposition, et aujourd'hui sénateur. Etonnant parcours pour une femme née dans le désert du sud de la Mauritanie, dont l'ascension n'a pas été facile... Rose Skelton, de la BBC, l'a rencontrée à Nouakchott. "Je suis née dans la caste des artistes, des griots" explique Malouma, "j'ai remarqué que notre caste était victime de multiples injustices, et c'est pour cela que depuis longtemps je défends ces castes marginalisées, et ceux qui sont considérés comme inférieurs dans la société". C'est de son père que cette femme combative a appris la musique mauresque. Sa carrière d'artiste a commencé alors qu'elle n'avait encore que seize ans, quand elle a écrit Habibi Habeytou (j'aime aimer mon amour), une chanson stigmatisant la tendance, chez les hommes, à chasser leurs femmes et à les abandonner à la rue, et à les remplacer par des nouvelles compagnes "plus jeunes et plus charmantes". La chanson avait rendu Malouma célèbre. Mais elle brisait aussi un des tabous de ce pays profondément traditionaliste et musulman, et il avait valu à la jeune femme d'être violemment prise à partie. "Cette chanson m'a causé bien des problèmes", reconnaît Malouma d'une voix triste, "à un moment, je ne pouvais même pas sortir seule. Les gens me jetaient des pierres". L'ardin La jeune femme s'était installée à Nouakchott pour lancer sa carrière musicale. Mais elle se souvient que là aussi, elle avait été montrée du doigt en raison de la musique qu'elle aimait écouter. "Mon père était un intellectuel qui écoutait de la musique venue du monde entier" explique-t-elle. "Je me souviens que quand je suis arrivée avec des cassettes de musique africaine, occidentale, et arabe, les gens ont trouvé ça bizarre, et m'ont demandé où j'avais trouvé cette musique étrange". Aujourd'hui encore, Malouma aime toutes les musiques. Mais par-dessus tout, elle aime l'ardin, cet instrument dont le nombre des cordes peut varier de 10 à 14, et qui est le principal support de la musique mauresque. L'ardin est une sorte de kora, qui vient de la tradition des nomades Maures. Il est transmis d'une génération à l'autre, et les femmes sont seules à en jouer.
Malouma, dont le nouvel album, "Nour", sort prochainement, craint de voir la musique mauresque de son enfance s'éteindre, disparaître, cédant devant la popularité croissante de la musique malienne et marocaine chez les jeunes. Elle constate: "je fais partie de la dernière génération à avoir appris à connaître cette musique traditionnelle. Quand je pense à l'avenir de la musique mauritanienne, j'ai envie de pleurer" ajoute-t-elle, "parce-que je suis sûre et certaine que la musique mauritanienne traditionnelle va bientôt disparaître". Parcours difficile Aujourd'hui, elle a une carrière, une réputation internationale. Mais dans son pays, son parcours n'a pas été facile. Sous le régime militaire au pouvoir durant les années 80 et 90, elle avait écrit un grand nombre de chansons dénonçant les autorités. Et quand l'opposition se prononçait en faveur de l'union entre les Maures et les noirs en Mauritanie, la musique de Malouma était là pour la soutenir. "J'ai un répertoire politique" déclare-t-elle fièrement. "Je résume ce qui se passe au sein de la classe politique. J'ai toujours mis l'accent sur les défauts des politiciens, et je n'ai jamais laissé le public oublier que le gouvernement a commis des actes qui montraient qu'il ne se souciait pas du peuple". Avec un sourire, elle ajoute: "j'étais vraiment gênante". Le gouvernement avait réagi. Les média s'étaient vus interdire de diffuser la musique de Malouma, et il lui était devenu pratiquement impossible de se produire, sauf dans des salles à l'étranger, ou lors de réunions électorales de l'opposition. Elle s'était vue empêcher de parler à la presse, et refuser une adresse permanente. Nouvelle donne
Mais les choses ont maintenant changé. Après plus de deux décennies de régime militaire, l'élection présidentielle de mars dernier a permis le rétablissement d'un gouvernement civil, et Malouma peut enfin faire entendre ses vues. Le chef de file de l'opposition Ahmed Ould Daddah, un ami de longue date de l'artiste, l'a nommée sénateur de son parti. Pour elle, cette position lui donne un nouveau moyen d'essayer de faire avancer ses projets, tels que la réconciliation entre les groupes ethniques de Mauritanie, et une amélioration de la conditions des femmes. "Je me suis battue en tant qu'artiste, en me servant de la musique, et j'estime aujourd'hui que je dois continuer la lutte" déclare Malouma. "Mais maintenant, ce sera une lutte officielle. Maintenant, j'ai une position plus forte face aux autorités, ce qui me donne aussi une position plus forte dans ce combat qui continue". | LIENS EXTERIEURS La BBC decline toute responsabilité pour le contenu de sites extérieurs | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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