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Dernière mise à jour: 29 Mars, 2007 - Heure de publication 13:23 GMT
 
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Ghana: pélerinage aux sources pour les noirs américains
 
Tina Bailey
Pour Tina Bailey, certains souvenirs "font mal"
D'où viennent les noirs américains? Ou plutôt: d'où venaient leurs ancêtres? La plupart d'entre eux ne le sauront jamais. Mais ils sont nombreux à se rendre en Afrique, pour retrouver le souvenir de ces aïeux arrachés à leur terre natale et réduits en esclavage. Orla Guerin, de la BBC, en a rencontrés au Ghana.

Tina Bailey est du Tennessee, dans le sud des Etats Unis. L'Afrique exerce une forte attraction sur elle: c'est sa troisième visite au Ghana.

Et le pélerinage commence par la "rivière des esclaves" à Assin Manso - où les malheureux se baignaient pour la dernière fois avant de quitter pour toujours leur terre natale. Tina se sépare quelques instants du groupe dont elle fait partie, pour se recueillir au bord de l'eau.

Pour elle, il est pénible de tout revoir. Mais elle n'y peut rien. c'est plus fort qu'elle. "C'est dur, ça fait mal" déclare-t-elle, des larmes aux yeux, "mais si c'est arrivé à mon peuple, alors je peux au moins retracer leurs pas plusieurs fois. C'est ce qui me relie à ma terre d'origine".

Ses ancêtres étaient donc ghanéens? Tina ne peut pas en être sûre. Elle sait qu'ils venaient d'Afrique de l'ouest, et elle envisage de subir un test de son ADN pour en savoir plus. Mais pour elle, ce voyage est un retour au foyer, pour reprendre contact avece une histoire qui, pour elle, est une affaire très personnelle, intime, même.

Elle explique: "cette douleur que le ressens, c'est la mienne propre, c'est celle de ma mère, de ma famille, et ça fait très mal".

Un lieu de mort

Le dongeon
Deux cents personnes étaient entassées dans les dongeons

Sur la côte, plus au sud, les fortifications construites par les puissances européennes sont encore là, souvenirs d'une époque brutale, durant laquelle l'Afrique de l'ouest s'était fait voler ses jeunes, ses éléments les plus vigoureux.

Première halte au fort de Cape Coast, un édifice fortifié d'aspect sinistre, qui était au centre de la traite.

Tina et les autres membres de son groupe, venus eux aussi des Etats Unis, descendent dans les dongeons. Des salles sombres et étouffantes.
Chacune pouvait contenir deux cents personnes, serrés les uns contre les autres, respirant à grand-peine. Selon les experts locaux, plus de la moitié d'entre eux mouraient avant de ressortir de ce lieu de désespoir.

Les touristes forment un cercle, se tiennent par la main, et s'inclinent, en souvenir de leurs ancêtres morts.

Appel à la diaspora

Image d'esclaves
Aujourd'hui, le gouvernement ghanéen fait appel à leurs descendants

Dehors, dans la cour, Obasi Kitambi, étudiant en médecine de Chicago, dit lui aussi sa peine devant "tant de trahisons, de tortures, de douleurs". Il ajoute: "et dire qu'aujourd'hui, il y en a qui ne reconnaissent pas vraiment que c'est arrivé".
Mais pour lui, il est "d'une importance cruciale" que les noirs américains fassent le voyage.

De leur côté, les autorités ghanéennes cherchent à faire revenir les descendants des esclaves, que ce soit pour effectuer des simples visites, ou pour investir, ou même s'établir sur la terre de lers ancêtres.

Elles demandent à tous les membres de la "diaspora" africaine de faire le pélerinage au moins une fois dans leur vie, et de témoigner. Mais certains d'entre eux font bien plus que cela.

Chef honoraire

Rosa Kincaid
Rosa Kincaid, "chef honoraire" du village de Kanka

Rosa Kincaid est médecin, établie à St Louis, dans le Missouri. Elle a établi des liens avec Kanka, un village ghanéen.

Lors d'une cérémonie, vêtue dans le style traditionnel, parée de bijoux et coiffé d'une couronne, elle a été faite chef coutumier honoraire du village, où elle espère consrtuire un centre de soins.

"Je suis la sœur, la fille qui est revenue" a--t-elle déclaré lors de la cérémonie, ajoutant "je vous remercie de l'occasion que vous me donnez de vous servir tous".

Rosa Kincaid reconnaît qu'il ne sera pas facile de trouver les fonds pour construire une clinique, mais elle espère que les ancêtres lui donneront des forces.

Une dette historique

Jesse Jackson
Jesse Jackson demande à l'occident de "régler ses dettes"

Deux siècles après l'abolition de la traite des esclaves par la Grande Bretagne, certains au Ghana estiment que l'occident doit maintenant régler des dettes de son histoire, et entamer un débat sur d'éventuels dédommagements, et sur la forme que ces dernirs pourraient prendre.

De nombreux noirs américains se sentent encore comme hantés par le souvenir de l'esclavage et ses séquelles, et estiment qu'ils n'ont toujours pas reçu les excuses qui, selon eux, leur sont dûes.

Le militant des droits de l'homme, le pasteur Jesse Jackson, pense qu'il devrait y avoir "un sentiment de remords" et que "quelque-chose doit être décidé pour tenter de réparer les préjudices subis".

En visite, lui aussi, au Ghana, il déclare à la BBC que les bénéficiaires de la traite des esclaves, y compris les Etats Unis et la Grande Bretagne, devraient reconnaître le passé. Selon lui: "l'heure de la vérité et de la réconciliation a sonné".

Mais Jesse Jackson ajoute que "ceux qui veulent la réconciliation veulent éviter de regarder en face la vérité de cette exploitation.
L'Afrique est à la base de la richesse de l'Europe et de l'Amérique.
L'Afrique est créancière. L'Europe et l'Amérique sont débiteurs".

Plus jamais

Des esclaves dans un bateau
Les bateaux emmenaient les esclaves vers une vie de souffrances

De retour sur la côte, les touristes arrivent à la dernière étape de leur visite, le château d'Elmina, construit par les Portugais en 1482:
avant la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.

Ils passent sous une arche, suivant un chemin qui mène à "la chambre de non-retour". L'endroit est crasseux, on y est à l'étroit. Elle est vide de tout, sauf de souvenirs.

Car c'est d'ici que partaient les esclaves, poussés à bord de bateaux qui les emmenaient de l'autre côté de l'Atlantique, où ils devaient passer le reste de leur vie astreints à un travail pénible, avant de mourir loin de leur foyer natal.

"Ici, on peut sentir ce qui s'est passé", déclare Tina Bailey. "On en a presque le goût sur la langue. C'était un véritable holocauste. C'était vraiment inhumain, et j'aimerais pouvoir dire: plus jamais ça. Plus jamais, jamais".

Pour Tina, le Ghana n'est pas seulement un but de pélerinage. C'est aussi là qu'elle reviendra un jour, pour ne plus jamais repartir. Après sa mort, elle veut en effet que ses cendres soient ramenées des Etats Unis, et répandues sur une des plages qui longent la côte.

 
 
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