09 Février, 2007 - Heure de publication 18:14 GMT
Linel Kwatsi
BBC Afrique, Libreville
Les crimes rituels figurent parmi les innombrables violations des droits de l’homme. Opérés à l’encontre des couches les plus vulnérables de la société gabonaise, ces crimes sont commis dans un contexte d’impunité généralisée.
La société civile, qui est bien décidée à mettre fin à ces pratiques, a récemment organisé avec le soutien financier de l’ambassade des Etats-Unis une journée de sensibilisation contre ce phénomène, monnaie courante à Libreville.
Corps mutilés
La presse locale fait régulièrement état de découvertes de corps mutilés selon un rituel qui rappelle des pratiques fétichistes.
Au regard des nombreux corps qu’on y trouve, le front de mer de Libreville paraît être le terrain privilégié de ces scènes macabres, dont la finalité serait la quête démesurée de promotion sociale.
Ces crimes qui suscitent émotion, indignation et colère, ont mobilisé la société civile qui a décidé de mener une bataille de front pour suppléer au silence des autorités judiciaires, dont les enquêtes supposées n’ont, à ce jour, pas été élucidées.
A qui profitent ces crimes?
Selon Jean Helvis Ebang Ondo, le président de l’Association de Lutte contre les Crimes Rituels, il est grand temps de mettre un terme à ce fléau qui, dit-il, n’honore personne mais endeuille un bon nombre de familles.
« J’ai perdu mon fils lorsqu’il avait 12 ans », raconte-t-il.
"On l’a retrouvé à la plage, le corps vraiment mutilé : on lui avait coupé le sexe et la langue. Contrairement à ceux qui se taisent, nous avons dit que nous en avions assez. Nous avons des droits à revendiquer. Ni la constitution, ni notre coutume bantoue, et encore moins la culture religieuse, ne disent qu’une personne a droit à la vie sur une autre personne. Voilà les raisons qui nous ont poussé à mettre en place cette structure".
Pouvoir et superstition
Le phénomène des crimes rituels est une pratique bien établie en Afrique, où la frontière entre pouvoir et superstition demeure étroite.
Une grande proportion de ces pratiques est constatée en Afrique centrale.
Makhily Gassama, ancien ministre sénégalais de la culture, estime qu’en Afrique centrale, c’est la fréquence qui inquiète, même si des pays comme le Sénégal ne sont pas épargnés.
"Au Sénégal, récemment, un enfant a été victime d’un meurtre rituel. On lui a prélevé des organes", affirme-t-il.
Les autorités judiciaires n’ont pas pris part à la journée de sensibilisation. De fait, nombreux sont ceux qui se demandent quelle va en être la portée.