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Dernière mise à jour: 12 Janvier, 2007 - Heure de publication 21:11 GMT
 
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Des Ghanéennes risquent leur vie en avortant
 

 
 
Un village ghanéen
Dans les villages l'avortement et la contraception sont mal perçus
Dans ce reportage diffusé dans l’émission «Crossing Continents», Rosie Goldsmith rapporte qu’au Ghana, chaque année, des milliers de femmes tentent, par des voies dangereuses et illégales, d’avorter. Cette aventure se termine par la mort ou en handicap pour beaucoup d’entre elles.

Au Ghana, l’avortement est répandu ; et parce qu’il est officiellement illégal, la plupart des opérations sont faites en toute clandestinité.

On estime que les deux tiers des interruptions de grossesse sont dangereuses, et un grand nombre de femmes en meurent.

Gloria est âgée de 22 ans et vit dans un village situé dans l’est du Ghana.
Elle a fait deux avortement en deux ans mais ne l’a pas dit à sa famille car elle craint d’être rejetée.

Son village est régi par les principes de la tradition et des coutumes.

L’avortement et la contraception sont des pratiques qui sont mal vues, et les enfants sont précieux.

Mais Gloria ne veut pas d’enfant pour le moment; elle veut poursuivre sa scolarité.

Avec l’aide d’une amie, elle a avorté seule, sans l’intervention d’un spécialiste. Mais l’opération s’est mal passée.

"La première méthode que j’ai utilisée était des feuilles d’une plante mélangées avec une pierre locale, appelée kawa," explique-t-elle.

"On les broie et on introduit la substance qui en résulte dans l’utérus."

Mais cette méthode n’a pas marché, et avec une voix faible et tremblante, Gloria ajoute: Nous avons ensuite inséré la branche d’une plante et le sang a commencé à couler en 15 minutes."

Des tessons de bouteille

Le deuxième avortement de Gloria date d’il y a seulement quatre mois.

D’abord son amie lui a donné un mélange de sucre et de bière (Guinness). Mais cela n’a produit aucun effet.

 J’ai saigné pendant plus de cinq jours
 
Gloria

Ensuite, elle a pris 10 comprimés de paracétamol avec un gin local. Toujours rien.

"Finalement, nous avons essayé des tessons de bouteille, mélangés avec de l’eau de mer et du "Blue", un détergent de couleur bleue. Ce mélange est mis dans du coton et introduit dans mes parties génitales," confie-t-elle.

"Le fœtus est alors sorti. J’ai saigné pendant plus de cinq jours."

Aujourd’hui, Gloria a constamment mal et elle est très effrayée d’aller voir un docteur.

Elle a même refusé d’en parler à sa mère, qui est sage-femme.

"Si j’informe ma mère, elle le dira à mon père, et ce sera ma fin," explique-t-elle.

Les craintes de stérilité

D’autres femmes, aussi bien dans les zones rurales du Ghana que dans les grandes villes, partagent ces craintes.

Dans la capitale, Accra, Gracie, Betty et Debbie parlent de leurs avortements.

Elles sont toutes jeunes, mères célibataires, abandonnées par leurs hommes, et avec leurs faibles revenus de marchandes, font face à des difficultés.

Betty vient d’avoir 26 ans.

"Personne ne sait, même pas mes amis. Je crois que je serais dans de beaux draps," dit-elle.

 Depuis mon avortement, je n’ai pas pu tomber enceinte
 
Betty

L’avortement coûte 300.000 cedis (environ 16.000 franc CFA); ce qui est beaucoup d’argent pour quelqu’un comme elle.

"Depuis mon avortement, il y a cinq ans, je n’ai pas pu tomber enceinte. Mais je suis chanceuse parce qu’une amie est décédée après le sien."

L’argent est aussi un réel problème pour Debbie.

Son copain l’a mise enceinte avant de la quitter.

Mais son frère lui a donné de l’argent quand elle lui a menti en disant qu’elle souffrait de paludisme.

A l’hôpital, le médecin lui a dit qu’un avortement coûtait 500.000 cedis (environ 28 000 francs CFA) alors qu’elle n’en avait que 400 000. Mais finalement l’opération a eu lieu.

"Mais cette nuit-là," raconte Debbie, "j’ai eu des douleurs terribles. Je suis retournée à l’hôpital. Le médecin avait laissé certaines parties du fœtus dans mon utérus."

Des infections

Enfin, l’histoire de Gracie.

 Quand je m'assieds, mes jambes tremblent. Je ne dors pas.
 
Gracie

Son avortement s’est aussi déroulé dans un hôpital et a aussi été bâclé.

Le médecin qui a effectué l’opération n’était pas gynécologue.

Il a utilisé des instruments sales et elle a eu des infections sérieuses.

Gracie a faille perdre l’utilisation de sa jambe droite.

"Quand je m’assieds, mes jambes tremblent; je ne peux pas dormir," dit-elle.

En Afrique, la législation du Ghana en matière d’avortement est considérée comme relativement libérale.

Techniquement, c’est illégal, mais il y a trois exceptions suivant lesquelles une femme peut demander une interruption de grossesse légale.

Ces exceptions sont: si la femme tombe enceinte à la suite d’un viol, d’un inceste ou si elle est malade mentale; si la grossesse présente des risques pour la santé physique ou mentale ; et si le bébé risque d'avoir des anomalies à la naissance.

Mais il faut encore que les femmes connaissent la loi. En fait, cette ignorance constitue le principal problème.

Au Ghana, les femmes, les filles, les médecins, la police, même les juges semblent ignorer la loi, ou l’ont volontairement violée sachant qu’ils ne seront jamais poursuivis.

Le Togo

Le Togo vient de rejoindre le cercle des pays africains qui ont une loi libérale sur l’avortement. Le parlement togolais a abrogé un texte de 1920 qui ne l’autorisait que dans le cas où la vie de la mère était en jeu.

Désormais, comme au Ghana, l’interruption volontaire de grossesse est également possible pour toute femme tombée enceinte à la suite d’un viol ou d’un inceste, ou lorsqu’il existe une forte probabilité que l’enfant à naitre soit atteint d’une affection particulièrement grave.

Une activité lucrative

Dr Taylor

Un gynécologue ghanéen, le Dr Joe Taylor, conseiller en santé de la reproduction, soigne souvent des femmes après des avortements mal faits.

"J’ai vu beaucoup de femmes mourir et ce qui est le plus tragique c’est que celles qui ne meurent pas sont handicapées à vie” dit-il.

"L’avortement est pratiqué de façon clandestine et dangereuse parce que la plupart des gens pensent que c’est illégal."

Des charlatans font payer d’importantes sommes d’argent aux femmes pour interrompre leurs grossesses.

"Je dis souvent que le bassin des femmes est une mine d’or. Et si vous êtes un mineur vous pouvez avoir beaucoup d’argent," conclut le Dr Taylor.

A travers l’Afrique, on estime à 4 millions le nombre de femmes qui subissent, chaque année, des avortements à risque, et 30 000 d’entre elles en meurent.

 
 
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