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Dernière mise à jour: 23 Décembre, 2006 - Heure de publication 01:28 GMT
 
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Internet et informations gratuites: un défi pour la presse écrite
 
Pour certains, les journaux traditionnels sont menacés de disparition.
De plus en plus de journaux dans le monde publient des informations sur des sites web. Faciles à consulter, réguièrement mises à jour, souvent
gratuites, ces "éditions électroniques" de la presse pourraient , selon
certains, menacer d'extinction les journaux qu'on trouve dans les
kiosques. Mais d'autres pensent au contraire que "le papier" a encore de beaux jours devant lui. David Reid travaille pour le site de la BBC, où il est spécialiste des questions de technologie et d'Internet. Il revient sur ce débat.

De nombreux journaux commencent à souffrir de la concurrence des éditions en ligne. Ces dernières sont de plus en plus nombreuses, et on n'avait jamais vu proposer autant de "contenu" gratuit.

David Reid nous conseille d'en profiter, avertissant que la situation ne durera peut-être pas.

La bataille

Les journaux sont financièrement vulnérables
En fait, ajoute notre confrère, la presse ne sait toujours pas bien comment réagir devant Internet. Mais Larry Killman, de l'Association
mondiale des journaux, estime que ces derniers sont loin d'être à l'agonie.

"Les gens ont déjà prédit plus d'une fois, et depuis longtemps, la mort des journaux", affirme-t-il. "On avait dit par exemple qu'ils seraient tués par la télévision".

Certes, pour Larry Killman, les médias électroniques vont se développer, mais il estime que "les journaux ont encore un avenir".

Les journaux ont tenu bon, c'est vrai, devant l'assaut de la radio et de la télévision.

Mais la concurrence entre eux portait surtout sur la rapidité -il fallait être le premier à annoncer une nouvelle- et sur la qualité.

Or aujourd'hui, Internet attaque les journaux là où ils sont les plus vulnérables, en livrant bataille sur le terrain financier.

Mécanisme éclaté

Les journaux doivent se réinventer
Michael Oreskes est directeur de l' International Herald Tribune, un
quotidien amércain vendu dans le monde entier.

Il résume: "pendant plus d'un siècle, les journaux fonctionnaient grâce à un mécanisme classique.

Les lecteurs payaient pour être informés, les annonceurs payaient pour toucher ce public, les éditeurs des titres empochaient des recettes et payaient leurs journaistes, et tout cela servait la société".

Or, remarque Michael Oreskes, "ce mécanisme éclate avec Internet. Ce qui fait que les entreprises du monde des médias sont obligés de faire preuve d'imagination, et de se démener pour sauvegarder la base même des soutiens qui leur avaient permis de publier un contenu de qualité pendant ces longues années".

Selon le directeur de l' International Herald Tribune, "c'est là une affaire qui devrait intéresser non pas seulement ceux qui en dépendent pour vivre, mais la société dans son ensemble".

Un cas: Libération

Libération est menacé de fermeture
La principale question pour les grands journaux consiste à savoir
comment faire face à une concurrence gratuite.

Autrefois, les informations se vendaient: aujourd'hui, elles sont souvent mises
gratuitement à la disposition d'un public qui n'a plus besoin de payer.

Dans de nombreux pays, des journaux gratuits, financés par la publicité,
sont distribués sur la voie publique.

Le phénomène porte préjudice à certains journaux, tels que par exemple le quotidien français Libération.

Le journal a pour habitude de refuser certaines publicités qu'il juge politiquement contraires à son éthique, et dépend de son prix de vente pour survivre.

Aujourd'hui, "Libé" traverse une crise financière, et risque de disparaître. Selon ses propriétaires, Internet est, au moins en partie, responsable.

Fabrice Rousselot est rédacteur en chef du site web du journal. Pour lui, "Internet est un problème, mais c'est aussi la solution. La grande erreur aujourd'hui pour les médias, quels qu'ils soient, serait de s'imaginer qu'ils peuvent s'en passer" .

Pour les journaux, le problème qui se pose est donc maintenant de savoir
ce qu'ils doivent mettre en ligne, sur leurs sites.

Complémentarité

Fabrice Rousselot souligne que "si, sur votre site, vous proposez exactement le même contenu que dans votre journal, qui va l'acheter? Sur le plan économique, ça n'a pas de sens".

Mais, ajoute-t-il, "si vous pouvez montrer aux gens que le contenu de votre site est enrichi le lendemain matin par celui du journal, parce qu'il contient des analyses des informations sur le site, ou parce qu'il a des dépêches de l'étranger, ou une interview très approfondie, alors ça rime à quelque chose".

Les journaux parlent tous maintenant de leur stratégie concernant la toile (ou le "web"), mais ils s'accordent pour dire qu'aucun d'entre eux ne sait vraiment si ce qu'ils font s'avérera profitable à la longue.

Faiblesses du gratuit

Site de l'International Herald Tribune: "jusqu'ici, ça marche"
L'International Herald Tribune par exemple propose des informations sur son site, et des vidéos dans sa section multimédia.

Mais une partie du contenu n'est pas gratuite: les lecteurs doivent payer pour y accéder.

Meredith Artley est responsable du dévelopement des opérations numériques à l'International Herald Tribune. "Le journalisme de qualité, ça coûte de l'argent" explique-t-elle, "alors nous essayons de voir ce qui peut être fait pour assurer une croissance continue et soutenir l'entreprise".

Meredith Artley ajoute: "jusqu'ici, ça marche. Nos revenus provenant de la publicité montent en flèche, et nous nous apercevons sur les gens, surtout ceux qui ont des appareils portables, sont prêts à payer s'ils savent que c'est pour quelque-chose de valable. Ils le font aussi sur la toile, mais avec les téléphones portables c'est légèrement différent. Les gens sont prêts à téléchager du contenu et à payer pour le faire".

"Jusqu'ici" ajoute-t-elle, "nous étudions ce genre d'opération. C'est
encore assez expérimental".

Pour les journaux, la révolution en cours a quelque-chose d'effrayant. Pour la société dans son ensemble, les enjeux sont énormes.

Mais le contenu gratuit a des faiblesses. Il est souvent livré à l'état brut, sans explications, donc sans les moyens de mieux le comprendre.

Et pour que les médias assurent une couverture complète, les informations en continu ne suffisent pas. C'est là que les journaux ont un rôle crucial à jouer, en analysant plus en détail, et de façon plus approfondie, le contexte et le sens de l'actualité.

 
 
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