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Dernière mise à jour: 05 Décembre, 2006 - Heure de publication 18:28 GMT
 
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RDC: des éléments de l'armée accusés d'un massacre
 
Corps découvert dans un charnier dans l'est de la RDC
Les images reçues par la BBC sont les premières à être publiées.
Les corps de plus d'une trentaine d'hommes, de femmes, et d'enfants ont été découverts dans un charnier, dans les collines de l'est de la République démocratique du Congo. Des éléments de l'armée sont soupçonnés d'avoir commis ce crime, dont la découverte intervient quelques jours à peine après l'élection présidentielle, le premier scrutin démocratique dans le pays depuis plus de 40 ans. Karen Allen, de la BBC, s'est rendue sur place.

Singomo Mogoro essaie de comprendre la réalité atroce à laquelle il se trouve soudain confronté: sa belle-sœur Androsi Modestine, 32 ans, ainsi que ses deux nièces (7 ans et 10 ans) sont presque certainement parmi les victimes retrouvées dans un charnier, près d'une base militaire située à une quinzaine de kilomètres du camp de Gety où il réside.

Leurs noms figurent dans une liste de civils remis à notre correspondante par le chef coutumier de l'endroit.

Dans ce triste document, se trouvent les noms de 28 hommes, femmes, et enfants disparus entre les mois d'août et de septembre, alors qu'ils étaient sortis du camp pour chercher de la nourriture.

L'armée accusée

L'armée congolaise reste très indisciplinée
La découverte est d'autant plus atroce que, selon un témoin qui a pu echapper au massacre, les victimes avaient été enlevées par des membres de l'armée.

Singomo Mogoro ne cache pas sa colère. Pour lui, "il y a deux sortes de soldats: il y en a des bons, qui essaient de nous protéger, mais il y en a aussi des mauvais ... qui cherchent simplement à nous détruire".

Le camp de Gety, où habite Singomo Mogoro, abrite 45.000 personnes déplacées. Un grand nombre de ces réfugiés craignent l'armée tout autant que les membres des milices, qui avaient pris part aux combats durant cinq années de guerre civile.

Avec la découverte de ce charnier, on comprend pourquoi.

Impunité

Singomo Mogoro a réagi avec colère.
Ce sont des enquêteurs de la mission de maintien de la paix des Nations unies qui ont ont été les premiers à apprendre l'existence de cette fosse commune. Leur source: deux soldats, qui sont maintenant sous la protection de l'équipe de l'ONU.

Dans une base militaire isolée, à Bavi, les enquêteurs ont trouvé une série de tombes contenant en tout plus de trente corps.

Les images obtenues par la BBC sont les premières preuves de ce crime a être publiées.

Selon les témoins qui ont révélé l'affaire, certaines des victimes avaient été torturées et violées avant d'être tuées. La question qui se pose, une question évidente, est: "pourquoi avoir fait ça?".

Les enquêteurs ont reçu une réponse: "parce qu'ils pouvaient le faire".

Enquête

John Panza annonce déjà des arrestations
Même les enquêteurs arrivés les premiers sur les lieux, pourtant des professionnels, ont réagi avec horreur.

L'un d'eux, Louis Marie Bouaka, donne des détails: "ils ont mis de l'herbe sur le charnier pour le cacher". Il n'a pas fallu trop creuser, ajoute-t-il: "à 10 cm de profondeur, nous avons commencé à voir des corps. Et une odeur effroyable".

Les autorités ont ouvert une enquête et promettent que la vérité sera établie. Un procureur militaire, John Panza, annonce d'ores et déjà que "nous avons arrêté quatre personnes avec l'aide de l'armée, et d'autres arrestations sont à prévoir".

Parmi les personnes placées en détention figureraient des officiers haut placés de la première brigade de l'armée de la RDC.

Les autorités annoncent qu'un procès s'ouvrira dans les plus brefs délais.

Pour Joseph Kabila, devenu le premier président démocratiquement élu de la RDC, la découverte de ce charnier est un coup sévère. Selon des sources proches du chef de l'état, il souhaite que les responsables soient appréhendés rapidement.

Un crime prévisible

Pour Joseph Kabila, la découverte du charnier est un coup dur
La tâche peut sembler difficile. Mais le plus dur sera de réformer l'armée congolaise, indisciplinée et divisée.

D'anciens chefs de milices, au passé plus que suspect, se sont vus octroyer des postes élevés dans ses rangs en échange de leur coopération dans le processus de paix résultant d'accords conclus en 2002.

La découverte du charnier a provoqué la consternation. Mais pour de nombreux militants des droits de l'homme, une atrocité de ce genre était prévisible.

 
 
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