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16 Août, 2006 - Heure de publication 12:22 GMT

Joseph Winter
BBC, Kinshasa

Les manucures des rues de Kinshasa

On connaissait le phénomène des vendeurs à la sauvette, courant dans plusieurs villes africaines ; un nouveau phénomène commence à faire son apparition : celui des "salons de beauté" en pleine rue.Cédric Mukoko, 16 ans, affirme que cela fait quatre ans qu'il s'occupe de manucure : sa clientèle est composée d'hommes - et parfois de femmes - de Kinshasa

Pour se faire remarquer et proposer leurs services, les manucures de la rue se promènent avec de petites bouteilles vides, qui leur servent de castagnettes.Daddy Ngonda, 21 ans, indique qu'il lui arrive de parcourir plusieurs kilomètres par jour, sous un soleil de plomb."Je voudrais être en mesure d'ouvrir un jour un salon de beauté", affirme-t-il, avant d'ajouter : "j'ai déjà commencé à faire des économies, mais c'est difficile ; je dois aussi m'occuper de mes deux enfants et de ma femme."

Papi Tsimba, 27 ans, exerce le métier depuis deux ans. Auparavant, il vendait des chaussures dans les rues de Kinshasa. "J'ai appris le métier en observant un ami. Je gagne plus d'argent qu'au moment où je vendais des chaussures, mais c'est toujours aussi difficile de s'en sortir", indique-t-il.Son tarif est de 500 Francs congolais (600 Francs CFA environ) pour des soins complets (pieds et mains.)

"Tout d'abord j'utilise du dissolvant pour nettoyer l'ongle, ensuite je fais sortir toute la saleté qu'il y a en-dessous", explique Papi."A cause de la chaleur, beaucoup de gens portent des sandales et leurs ongles se salissent vite."

Guylain Landu se fait traiter les ongles par Papi une fois par semaine."Il embellit mes mains", affirme Guylain."Cela plaît beaucoup à ma copine quand je me fais traiter les ongles.Les gens avaient l'habitude de dire que seules les femmes doivent se faire traiter les ongles, mais les mentalités ont changé."Il est vrai que dans toute l'Afrique, les Congolais ont la réputation d'être des "sapeurs" (élégants et bien habillés), et pour Guylain, se faire traiter les ongles fait aussi partie de l'élégance."J'aime porter des vêtements chers. Je préfère dépenser pour m'habiller plutôt que pour manger", explique-t-il.

Pas étonnant donc qu'ils ne soient pas gênés de se faire traiter les ongles dans les rues, parfois au milieu d'immondices."Cela ne me dérange pas de me faire faire les ongles dans la rue. L'une des raisons pour lesquelles j'aime être élégant tient justement au fait que cela me permet d'oublier la saleté et la pauvreté qui m'entourent", explique-t-il.

"Après avoir nettoyé les ongles, je traite les fines couches, je coupe les bords, puis je leur donne une forme, à l'aide d'une lime", explique Papi."J'ai une copine et trois enfants, dont je m'occupe grâce à l'argent que me procure ce métier."

"L'essentiel de mon revenu provient des activités menées dans le cadre de fêtes organisées le week-end", indique Papi. Mais les gens n'attendent pas forcément les fêtes pour se faire soigner les ongles. Je travaille de 09:00 à 18:00, tous les jours."

"La dernière chose que je fais consiste à enduire l'ongle d'une couche de vernis", explique Papi. "Cela permet de protéger les ongles et facilite leur croissance."

"Je suis un sapeur", affirme Guylain. Le Mouvement des sapeurs a été initié par les musiciens congolais qui aiment porter des vêtements chers. La Sape, c'est la société des ambianceurs et personnes élégantes."