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Entre tradition et christianisme | |||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
Partout au Ghana, les responsables spirituels associent les pratiques chrétiennes aux coutumes traditionnelles de leurs propres groupes ethniques. La culture ghanéenne, comme tant d'autres cultures africaines, est un mélange réussi entre héritage tradionnel et patrimoine spirituel moderne. Les chefs traditionnels, comme les reines mères et les chefs, sont à la fois les chefs spirituels et temporels d'une communauté. Ils assurent le rôle de père et de mère de la société; ils guident les individus et les inspirent. Nana Akua Ageiwaah est une reine mère ashanti. Elle est aussi une fervente catholique et elle assiste à la première messe chaque matin. Etant catholique, elle considère le Christ comme son ancêtre le plus important, mais insiste sur le fait qu'elle ne peut pas "oublier ses ancêtres traditionnels", surtout qu'un grand nombre de ces ancêtres ont fait des sacrifices pour le bien de la communauté. Un matin après la messe, Nana Ageiwaah se rend dans le village de Bekwai Dominase, situé près de la deuxième ville du Ghana, Kumasi, pour rencontrer son chef et des sages. Libations et prières Debout devant la salle du trône, dans la cour blanchie à la chaux de son chef, elle verse une offrande, une libation, et dit une prière à la mémoire des reines mères décédées de la communauté. Vêtue d'un pagne tradionnel soyeux, blanc et vert, Nana invoque doucement, mais avec ferveur, ses ancêtres pour qu'elles bénissent la communauté, surtout les femmes et les jeunes filles.
Tout en priant, elle répand sur le sol de la cour du schnapps qu'elle a apporté pour l'occasion. Le chef de Nana, Nana Ntim, lui emboîte le pas. Mais il y a une distinction entre cette prière et celle de Nana Ageiwaah: le chef prie de façon agressive pour que soient jugés ceux qui ne veulent pas le bien de la population de Bekwai Dominasi, tandis que Nana Ageiwaah se refuse à jeter des sorts pendant sa prière. Elle explique que quand elle est devenue reine mère, elle était déjà chrétienne, et qu'à mesure qu'elle s'est rapprochée de Dieu, elle s'est rendu compte qu'elle ne devait plus jeter de sorts, parce qu'elle avait le sentiment que ce serait en contradiction avec les enseignements de la religion chrétienne, selon lesquels il faut aimer ses ennemis. Elle a adapté un modèle chrétien à une coutume ashanti. Pénible compromis Mais la fusion des deux traditions ne se fait pas toujours de façon aussi heureuse. Le chef ewe chrétien Togbe Kwaku Adjiman IV habite le village de Battor, dans l'ouest du Ghana, près de la frontière togolaise. Il était méthodiste quand on l'a appelé pour qu'il devienne le chef de son village.
"D'abord, j'ai pensé m'enfuir parce que je savais que ce rôle m'obligerait à faire des compromis avec ma foi chrétienne, mais en fin de compte, je n'avais pas le choix. Si je n'avais pas accepté ce rôle, je n'aurais jamais revu mon village et les miens," dit-il. En sa qualité de chef, il doit accomplir certains rituels ewe, par exemple boire du sang contenu dans un crâne; or, selon lui, "si vous êtes un chrétien convaincu, rien, absolument rien, ne vous persuadera d'accomplir ce rite". Pourtant, chaque dimanche, et plusieurs fois pendant la semaine, le chef Togbe Kwaku Adjiman IV se rend à l'Eglise de la fraternité, à quelques minutes de marche de sa concession. Il est un invité d'honneur, et s'asseoit avec le prêtre. Et là, il a le sentiment qu'il peut être fier d'être à la fois chef et chrétien - une vie faite de pénibles compromis. Critiques Un nombre croissant de chefs et de reines mères sont chrétiens. Lors d'une rencontre de chefs et de reines mères de confession chrétienne, ils se sont mutuellement encouragés à vivre leur vie de chrétien tout en jouant leurs rôles traditionnels, dans leur cadre. Beaucoup d'entre eux ont été critiqués par d'autres chrétiens qui estimaient qu'ils ne pouvaient pas faire les différents sacrifices ou boire les offrandes aux ancêtres, comme ils le devaient - des coutumes spirituelles traditionnelles qui impliquent que l'on croit que les morts ont le pouvoir spirituel d'influer sur la vie des vivants, ce que certains chrétiens considèrent comme de l'idolâtrie. Par conséquent, de nombreux chrétiens font face à un dilemme. Ou doivent-ils épouser le christianisme et renoncer à tout le reste, meme si cela revient à faire fi de l'héritage religieux qui a été le legs spirituel de leurs ancêtres pendant des siècles? | ||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||
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