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Dernière mise à jour: 03 Juillet, 2006 - Heure de publication 14:12 GMT
 
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L'économie ivoirienne bloquée par la crise politique
 

 
 
Une vue d'Abidjan, la capitale économique de la Côte d'Ivoire
Abidjan: la BAD a déménagé...
Quelle est la situation économique en Côte d'Ivoire, un an après les promesses d'aide faites au sommet du G8 à Gleneagles, en Grande-Bretagne ? Selon l'un de nos correspondants à Abidjan, la guerre civile a conduit à une interruption de l'aide internationale.

Les relations entre la Côte d'Ivoire et les institutions financières internationales sont au plus bas, écrit notre correspondant. Un peu comme sa situation économique et politique.

La Banque africaine de développement (BAD), dont le siège est à Abidjan, la capitale économique du pays, a déménagé - temporairement - en Tunisie.
Son bâtiment élégant, qui brille au soleil, n'est qu'une enveloppe vide, symbole éloquent de la mauvaise image de marque de la Côte d'Ivoire.
Pire: la BAD a suspendu ses décaissements au pays, pour non-remboursement de ses dettes.

L'Agence française de développement (AFD) a pris une décision similaire, ainsi que d'autres partenaires bilatéraux.

Lamentable

Groupe de rebelles ivoiriens
Les rebelles contrôlent le nord
Pourquoi en est-on arrivé là? La réponse est facile à trouver: depuis septembre 2002, le pays est coupé en deux par une guerre civile qui a entraîné une crise économique sans précédent.

Pourtant, la Côte d'Ivoire était considérée comme le "miracle de l'Afrique", un pays dont la stabilité et la relative prospérité économique le faisaient citer en exemple dans l'une des régions les plus pauvres du monde.

La Côte d'Ivoire reste encore le plus important producteur mondial de cacao, et un des principaux producteurs de café.

 La communauté internationale ne fait pas confiance au président Gbagbo
 
Un diplomate occidental

Mais sa stabilité politique, qui suscitait l'envie de ses voisins, a volé en éclats lorsqu'un groupe de rebelles - les Forces Nouvelles - a pris le contrôle du Nord du pays, il y a près de quatre ans.

Situation lamentable pour ce pays jadis cité en exemple. Mais certains observateurs pensent que c'est pour des raisons plus politiques qu'économiques que la Côte d'Ivoire ne rembourse pas ses dettes.

Par exemple, le 15 juin, le pays devait 310.3 millions de dollars à la Banque mondiale. Une somme relativement minime si l'on considère la taille de l'économie ivoirienne. Mais le gouvernement a peut-être d'autres priorités.

Une série de rapports établis par des ONG affirment que le gouvernement du président Laurent Gnagno avait amassé des armes durant les premières années de la guerre.

Sortir de la crise

Laurent Gbagbo
Laurent Gbagbo: "la guerre est finie".
Mais les combats se sont pratiquement arrêtés depuis novembre 2004, et le pays est maintenant soumis à un embargo sur les livraisons d'armes.
"La guerre est finie", a déclaré le président Gbagbo, "il nous reste à sortir de la crise".

Mais les priorités habituelles d'un pays en développement, telles que la santé, l'éducation, le développement rural, ou l'infrastructure, sont encore au point mort. La Banque mondiale a encore dans ses caisses des fonds totalisant 105 millions de dollars pour compléter des projets dans ces secteurs, mais ne les libérera pas tant que les arriérés qui lui sont dûs n'auront pas été remboursés.

Le gouvernement d'union nationale, dirigé par le premier ministre Charles Konan Banny (un ancien banquier), avait promis de rembourser les dettes contractées envers la Banque mondiale d'ici la fin du mois de juin.

Mais la priorité, en Côte d'Ivoire, c'est de mettre un terme à la guerre civile. De rétablir la paix. Près de 50.000 combattants, rebelles et forces fidèles au gouvernement, doivent passer par le programme DDR (Désarmemnt, démobilisation, et réinsetrtion), mais le gouvernemnt et les rebelles négocient encore les termes du programme.

Le DDR a déjà subi de nombreux à-coups, les visées politiques des uns et des autres prenant le pas sur l'intérêt national. Mais une fois qu'il sera mis définitivement en route, chaque combattant recevra environ 900 dollars (près de 500 000 francs CFA) et devra être logé et nourri pendant un certain temps. Cela coûtera cher...

Aide limitée

Charles Konan Banny
Charles Konan Banny, le premier ministre ivoirien
Il y a quelques semaines, Charles Konan Banny s'était rendu à Paris, Bruxelles, et Washington pour demander des fonds.

La Banque mondiale annonce qu'elle a accepté de fournir une subvention de 80 millions de dollars. D'autres institutions, notamment l'Union européenne, apporteront les 25 millions restants.

Mais tant que la crise politique n'aura pas été résolue, on voit mal les institutions internationales envisager d'aller plus loin que des aides ponctuelles et limitées de ce genre.

"En fait", confie un diplomate occidental, "la communauté internationale ne fait pas confiance au président Gbagbo, et ne considérera pas que le pays est stable tant qu'il restera au pouvoir".

La Côte d'Ivoire a aussi demandé un allègement de sa dette dans le cadre de l'initiative en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). Mais le manque de stabilité politique, et les accusations de mauvaise gestion économique, ont fait de l'allègement de la dette une victime de plus de la guerre civile.

Blocage

La Côte d'Ivoire, premier producteur mondial de cacao
La Côte d'Ivoire reste le premier producteur mondial de cacao.
Reste que tout n'est pas négatif: malgré la crise, la croissance de l'économie ivoirienne était de 1,8 % en 2005.

Le pétrole, les télécommunications, et le cacao donnent des résultats meilleurs que prévu, et certains espèrent une reprise économique.

Mais l'économie ivoirienne est bloquée, tout comme les autres secteurs de la vie du pays. Tant que la crise politique n'aura pas été réglée, les investisseurs bouderont la Côte d'Ivoire, les institutions financières internationales seront prudentes, et l'économie ne pourra pas vraiment redémarrer.

Quant à l'allègement de la dette, qui pourrait tant aider la Côte d'Ivoire et ses millions d'habitants qui souffrent, il restera lui aussi hors d'atteinte tant que la crise n'aura pas été réglée.

 
 
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