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28 Juin, 2006 - Heure de publication 19:05 GMT

Jean-David Mihamlé
BBC Afrique, Yaoundé

Croisade contre "le repassage des seins" au Cameroun

"Repassage des seins."A priori, l'expression ne signifie rien pour le grand public. Pourtant, elle renvoie à une réalité bien connue de certaines jeunes filles camerounaises.

Le phénomène a été récemment mis au devant de la scène par "Les Tantines", une association de jeunes filles spécialisée dans l'éducation sexuelle des adolescentes.

Il s'agit d'une opération qui consiste à freiner le développement des seins des adolescentes par divers moyens. Les jeunes filles sont déshabillées, et se voient masser les seins à l'aide de divers objets chauffés - pierres à écraser, spatules, pilons, etc. L'opération met également à contribution des produits comme du sel et du pétrole.

Le phénomène n'est pas circonscrit à une région particulière. Contrairement aux idées reçues, Yaoundé et Douala ne sont pas les seules villes concernées. La pratique a aussi cours dans plusieurs autres localités du pays.

Mais les résultats escomptés ne sont pas toujours au rendez-vous. Il arrive que les seins "traités" prennent des proportions inattendues, attirant encore plus la convoitise des personnes du sexe opposé. De nombreuses filles-mères se recrutent ainsi parmi les adolescentes victimes du «repassage des seins».

Ignorance

"A l'origine, il y a un problème d'ignorance", estime le docteur Flavien Ndonkou, anthropologue médical et coordonnateur des programmes de santé de l'ONG allemande "GTZ", qui coordonne la campagne de sensiblisation contre cette partique.

« De nos jours, l'amélioration des conditions de vie et surtout de l'alimentation favorise un développement rapide des seins», peut-on lire sur un tract de sensibilisation contre le «repassage des seins».

Par ailleurs, cette pratique est traumatisante pour la jeune fille qui se retrouve «sans seins», car comme le relève le docteur Flavien Ndonkou, la poitrine feminine est caracteristique de la féminité.

Au-delà des douleurs atroces accompagnant l'opération, il y a aussi les risques liés à sur la santé de la jeune fille. Abcès et démangeaisons, boutons au bout du sein, dyssymétrie, voire disparition totale des seins. Selon le docteur Flavien Ndonkou, la situation peut même provoquer un cancer du sein chez les jeunes filles.

Pour plusieurs observateurs, la solution la plus viable pour venir à bout de ce phénomène consiste finalement en une éducation des mères. D'où la campagne de sensibilisation lancée par l'association "Les Tantines", avec l'aide de la coopération allemande et le soutien de nombreux médias camerounais.