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Dernière mise à jour: 23 Juin, 2006 - Heure de publication 20:11 GMT
 
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L'Afrique du Sud face à ses réfugiés
 

 
 
Serge
Certains réfugiés, à l'image de Serge, ont eu la chance de suivre des études en Afrique du Sud
Alors que la communauté internationale célébrait le 20 juin la Journée Mondiale des réfugiés, en Afrique du Sud, les autorités ont pris connaissance des conditions de vie difficiles de ceux - Angolais, Congolais, Ivoiriens et autres - qui ont trouvé asile dans le pays.

Xénophobie, tracasseries administratives et autres brimades : l’Afrique du Sud, citée souvent en exemple comme l’un des pays africains où les droits de l’Homme sont respectés, semble finalement ne pas en faire assez pour faire respecter les droits des réfugiés, du moins si on en juge par plusieurs témoignages.

Lors d’une rencontre organisée dans la ville du Cap, la municipalité - qui accueille 35.000 réfugiés -, a donné l’occasion à ces hommes et femmes partis de leurs pays pour cause d’instabilité, de parler de leurs problèmes devant des Sud-africains. Une première dans le pays.

Assis dans un fauteuil usé, un verre de Whisky à la main, Dodoly (c’est un surnom), écoute de la musique congolaise. Nous sommes dans "Don Pepe", un des nombreux vieux bâtiments de Muizenberg où habitent les Congolais. On ne connaît pas le nombre de Congolais réfugiés dans cette petite localité au bord de la mer, à 25 Km au Sud de Cape Town, mais ils sont au moins plusieurs milliers, selon différentes sources.

PRESSIONS
 Il faut exercer de fortes pressions sur ces régimes dictatoriaux et corrompus qui créent les conditions d'existence des réfugiés, et il en va également de la responsabilité du gouvernement sud-africain.
 
Helen Zille, maire du Cap

Les Congolais ont baptisé Muizenberg "Matongue", du nom d’un quartier populaire de Kinshasa, la capitale de la RDC. Un quartier de Bruxelles qui connaît la même concentration de Congolais a d’ailleurs connu le même sort et s’appelle aussi aujourd’hui "Matongue."

Dans le bâtiment «Don Pepe», on dort souvent à dix sur des matelas posés à même le sol, dans des chambres de 3m x 2m. «C’est la galère ici», nous dit un des jeunes rencontrés sur place. Il a 26 ans et vit en Afrique du Sud depuis 5 ans. Il n’a toujours pas obtenu sa carte de réfugié.

Plus loin de Muizenberg, dans une salle de conférences de la municipalité de Cape Twon, Mme le maire est concentrée sur les récits des réfugiés.

C’est certainement la première fois que cette femme, élue de l’opposition, aura entendu autant d’accusations contre son pays et le gouvernement. «Nous sommes dans certains cas moins considérés que des animaux», affirme Roland.

Documents

Il est arrivé en Afrique du Sud il y a quatre ans et depuis, il a obtenu un document officiel du Home Affairs – le ministère de l’Intérieur -, qu’il doit renouveler tous les deux mois et qui ne lui donne pas accès à l’emploi.

« Tous ces documents n’ont aucun sens, moi j’ai déjà mon statut de réfugié et je ne peux même pas ouvrir un compte en banque avec cette carte», lance Okei Léandre, un autre réfugié originaire de la Côte d'Ivoire, devant l’assistance de cette conférence, constituée de réfugiés, d’officiels du Home Affairs, des représentants du HCR, d’ONG et des responsables de la municipalité de Cape Town. « Faites quelque chose pour nous rapprocher des Sud-Africains qui doivent comprendre qu’ils sont nos frères », supplie Nganga François.

Il est originaire de la région du Pool, province du sud du Congo Brazzaville qui a été le théâtre d'affrontements qui ont fait plus de 25.000 morts selon des sources humanitaires. Des combats qui avgaient opposé les rebelles "Ninja" du pasteur Ntumi, à une coalition multinationale autour des miliciens "Cobras" de l’actuel président, Denis Sassou Nguesso.

A l’issue de tous ces plaidoyers qui ont permis à l’Afrique du Sud de se regarder à travers les yeux de réfugiés, le verdict du maire de la ville du Cap est sans appel : « Il y a une intolérable montée de la xénophobie en Afrique du Sud, que nous devons rapidement combattre.»

Et pourtant, comme l’indique madame Helen Zille dans l’interview qu’elle a accordée à la BBC, la présence des réfugiés est plutôt une opportunité : «de nombreux réfugiés apportent un savoir-faire de valeur et une dynamique diversité culturelle à notre ville. Certains d’entre eux montent des affaires et créent des emplois.»

Art

Dans le Hall du Cape Town Civic Centre, où se tient cette rencontre inédite entre les réfugiés et la population locale, une exposition présente des œuvres d’art réalisées par des réfugiés. Roch Armed Mikala, 25 ans et Steve Bandoma, 26 ans, tous deux artistes peintres, originaires du Congo-Brazzaville pour le premier et de la RDC pour le deuxième, espèrent que cette exposition « va nous faire sortir du ghetto dans lequel nous vivons et nous permettre de trouver un marché pour nos produits. »

Roch Armed Mikala
Roch espère que son exposition lui permettra de trouver un marché pour écouler ses oeuvres d'art
Pendant ce temps, les témoignages de réfugiés continuent dans la salle de conférences. Deux adolescentes parlent des difficultés à s’intégrer. Naomi Kayembe a fui avec ses parents l’est de la RDC secoué par les affrontements très meurtriers, et Florence Joanez s’est échappée de l’Angola au plus fort de la longue guerre civile qui a détruit ce pays riche en pétrole.

Toutes les deux s’expriment dans un excellent anglais et aucune ne parle ni le français, la langue officielle de la RDC, ni le portugais celle de l'Angola. Et pourtant comme elles l’affirment, « nous ne sommes pas acceptées par nos camarades d’école en Afrique du sud qui nous rappellent tout le temps que nous sommes des étrangers.»

L’Afrique du Sud a préféré ne pas construire de camps ou de centres d’internement qui isoleraient les réfugiés ou demandeurs d’asile. Un choix qui présente l’avantage d’encourager les réfugiés à s’intégrer dans les communautés locales. Mais comme le souligne Loren Landau, de l’université de Johannesburg, qui a dirigé une étude sur les réfugiés dans le pays, « le rapport publié la veille de la Journée Mondiale des Réfugiés prouve que tout n’est pas juste, au contraire.»

Faillite du système

Les réfugiés de Muizenberg vivent dans des conditions précaires
Vue d'une cuisine, dans un centre de réfugiés
Dans une chronique parue dans un journal du week-end, Loren Landau relève des dysfonctionnements du système sud-africain, en précisant qu’avec un peu moins de 150.000 réfugiés, l’Afrique du Sud est est loin derrière d’autres pays du même niveau économique qu'elle. Et de dénoncer plusieurs problèmes : "des personnes qui passent la nuit à la belle étoile devant les bureaux, rien que pour remplir les demandes de papiers reconnaissants leur statut de réfugiés ; les agents de sécurités et les interprètes qui demandent de l’argent pour toutes sortes de services ; les longs délais d’étude et les pertes des dossiers, les abus de la police, et les refus de permettre l’accès aux services sociaux de base aux réfugiés."

Pourtant, la loi adoptée par le parlement sud-africain en 1998, "the Refugees Act 130", accorde aux réfugiés les mêmes droits que ceux dont jouissent les citoyens sud-africains, à l’exception du droit de vote : le droit à l’emploi et à l’éducation, le droit aux services de base - habitat, santé, etc. Mais le maire du Cap, qui reconnaît elle aussi que « l’Afrique du Sud ne fait pas assez dans l’accueil des réfugiés », pense qu’il est surtout plus important «que la communauté internationale ait la même détermination qu’elle a eue pour pousser le régime d’apartheid vers la chute. Il faut exercer de fortes pressions sur ces régimes dictatoriaux et corrompus qui créent les conditions d'existence des réfugiés, et il en va également de la responsabilité du gouvernement sud-africain.»

Le président Thabo Mbeki est donc invité à s’engager plus dans la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance en Afrique. Un grand nombre des critiques de son action faut bien avouer que le président sud-africain fait très peu dans ce domaine.

Il y a quelques mois, Thabo Mbeki avait effectué une tournée en Afrique centrale où il a paradé avec certains Chefs d’Etats responsables des situations qui ont poussé leurs compatriotes à se réfugier en Afrique du Sud.

Par ailleurs, malgré les nombreuses critiques d’organisations de la société civile et de pays occidentaux, le président Thabo Mbeki se refuse toujours à adopter une position ferme à l’égard de son homologue zimbabwéen Robert Mugabe, dont les atteintes aux droits de l’Homme sont régulièrement dénoncées.

 
 
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