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La Chine va-t-elle créer un rival à Internet?
 
La Chine: déjà un géant d'Internet
La Chine veut s'affranchir du contrôle de l'ICANN
La Chine a décidé de se doter de son propre système de noms de domaines (DNS), qui doit permettre aux internautes de taper des idéogrammes chinois plutôt que des lettres occidentales dans les adresses Internet se terminant par ".com", ".china", ou ".net", par exemple. La décision inquiète certains des responsables de la gestion d'Internet. Explications de Michael Geist, spécialiste du droit d'Internet et du commerce en ligne à l'université d'Ottawa au Canada.

A l'heure actuelle, le système en vigueur permet aux courriels de parvenir à leur destination et aux sites web d'être accessibles partout dans le monde, grâce à des noms de domaines de premier niveau (top level domains) tels que ".com", par exemple, ou des codes désignant des pays, comme ".uk", ou ".fr", ou ".ci", par exemple.

Le système est administré par une organisation indépendante à but non lucratif, l'Icann, basée aux Etats-Unis. Il dépend pour fonctionner de l'existence d'une "racine" (root) unique, d'une banque de données qui garantit le bon fonctionnement du système en veillant à ce que chaque nom de domaine ne soit assigné qu'une fois.

Inquiétude
Va-t-on vers la création d'un "Internet chinois"?

Or selon le journal chinois le "Quotidien du peuple", la Chine a l'intention de créer plusieurs nouveaux noms de domaines à l'échelle nationale, tels que ".China", ".com", et ".net". De cette façon, explique le journal, "les internautes pourront navigueur sur la toile sans avoir à passer par des serveurs contrôlés par l'Icann des Etats-Unis".

Certains observateurs ont réagi avec inquiétude, et veulent maintenant savoir si la Chine a l'intention de créer un "Internet chinois", qui fonctionnerait indépendemment du réseau actuel. Et de fait, en créant un domaine ".com" chinois, Pékin a fait surgir la possibilité inquiétante d'un système concurrent, à racines multiples.

Mais les autorités chinoises se sont voulues rassurantes sur ce point, déclarant que telle n'était pas leur intention. D'autre part, ont-elles ajouté, ces nouveaux noms de domaines ne sont pas si nouveaux - la Chine les a utilisés depuis plusieurs années déjà, à titre expérimental.

Reste que la décision chinoise pourrait encourager d'autres pays à réclamer une fois de plus des changements importants dans la structure et la gestion d'Internet.

Frustration
La Chine utilise déjà les nouveaux noms de domaines depuis des années
110 millions d'internautes

Et la création de noms de domaines écrits avec des idéogrammes chinois vient renforcer le sentiment de frustration exprimé par certains pays non anglophones, qui critiquent l'incapacité apparente d'Icann à développer le système actuel en le dotant de noms de domaines multilingues.

Ces "noms de domaines internationalisés" (en anglais IDNs) font l'objet d'études et de consultations depuis un certain temps déjà. Mais les choses ne progressent que très lentement.

Or maintenant, voyant la Chine créer son propre système IDN sans le soutien de l'Icann, de nombreux autres pays d'Amérique du Sud, par exemple, ou du Moyen Orient, ou bien encore de certaines régions d'Asie, pourrraient être tentés de suivre son exemple. Dans ce cas, on pourrait assister à une multiplication des systèmes de noms de domaines nationaux.

L'an dernier, lors du Somme mondial de la société de l'information à Tunis, les gouvernements participant aux débats avaient confirmé que chaque pays pouvait exercer un contrôle souverain de son domaine Internet. La création des nouveaux noms de domaines chinois est donc un exercice parfaitement légal de cette souveraineté.

De plus, le nouveau système chinois fonctionne. Il oblige les fournisseurs de service Internet à intégrer des nouvelles fonctionnalités pour que les nouveaux noms de domaines débouchent sur les adresses recherchés, de la même façon que pour les domaines actuels de type ".com".

Scénarios possibles
La nouvelle formule permettrait un contrôle accru
Les contenus accessibles en ligne sont censurés

Plusieurs fois, par le passé, des initiatives avaient été lancées par le secteur privé pour tenter de créer des noms de domaines alternatifs. Ces essais avaient remporté des succès modestes. Mais personne jusqu'ici n'avait tenté de créer une alternative nationale pour 110 millions d'internautes.

Mais une fois le nouveau système mis en place, il serait relativement facile pour la Chine de créer une véritable "racine" nationale, ou un Internet alternatif, puisque les fournisseurs d'accès (ISPs) chinois sont déjà en mesure d'interpréter les nouveaux noms de domaines.

Or, la Chine cherche à contrôler et, au besoin, à censurer certains contenus accessibles en ligne. Une nouvelle "racine" nationale, qui excluerait des portions importantes du réseau mondial, pourrrait donc -tôt ou tard- être une idée tentante pour les autorités de Pékin.

Si tel était le cas, cela pourrait être un premier pas dans tout un processus qui verrait l'Icann perdre son contrôle exclusif du système global de noms de domaines Internet.

 
 
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