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Dernière mise à jour: 10 Décembre, 2005 - Heure de publication 16:54 GMT
 
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Les OGM au Mali: David contre Goliath
 
Petaka: le travail de la terre
Les agriculteurs maliens se servent de semences locales
Le Mali, principal producteur de coton dans la zone sub-saharienne, entame un programme de cinq ans destiné à introduire des organismes génétiquement modifiés (ou OGM) sur son territoire, et notamment du coton entrant dans cette catégorie. La décision vient relancer le débat sur les OGM en Afrique, trois ans après le refus de la Zambie d'accepter des livraisons de maïs génétiquement modifié au titre de l'aide alimentaire. A Bamako, une correspondante de la BBC, Joan Baxter, a recueilli des témoignages aussi bien pour que contre.

Siaka Dembélé, de l'Institut d'économie rurale du Mali, explique: "nous avons reçu des données indiquant qu'en règle générale le coton génétiquement modifié est plus productif parcequ'il est plus résistant. Il est doté de défenses naturelles, qui font qu'il n'est pas nécessaires de le traiter".

L'IER, ainsi que l'agence de développement américaine USAid et les entreprises multinationales Monsanto et Syngenta dirigent le nouveau programme, qui a commencé l'an dernier.

Selon Siaka Dembélé, cette technologie a permis une hausse de la production aux Etats Unis ainsi que dans certains pays en développement. Le chercheur est convaincu que l'introduction de coton transgénique, réduisant la quantité de pesticides nécessaires pour sa culture, aurait des avantages aussi bien économiques qu'écologiques. Mais son point de vue est loin de faire l'unanimité.

Les critiques
Asseto Samaké: "c'est une plaisanterie! "

"C'est absurde" estime par exemple Asseto Samaké, qui enseigne la génétique et la biologie à l'université du Mali. Elle ajoute que "leurs affirmations concernant les avantages du coton transgénique sont absolument fausses".

Elle explique que le coton en question a reçu les gènes d'un bacille, Bacillus thuringiensi, qui lui permet de secréter certaines toxines, de façon à mieux résister à deux ou trois parasites majeurs. C'est la présence de ce bacille qui fait qu'on parle de coton BT.

Seulement, selon elle, on relève plusieurs milliers de parasites au Mali. Et si on en retire quelques-uns de l'équation, d'autres pourront au contraire se propager, et les agriculteurs auront quand même besoin de pesticides.

Et Asseto Samaké pose une question: "si le coton BT est si profitable, pourquoi alors, aux Etats Unis, ont-ils besoin de verser des milliards de dollars de subventions à leurs propres producteurs?"

"Les nôtres, en Afrique de l'Ouest, sont capables d'atteindre des niveaux de production record en utilisant uniquement leurs outils traditionnels et des semences de type classique. Mais ils ont des difficultés énormes à vendre leur production, parceque les subventions aux Etats Unis et en Europe ont provoqué une baisse des prix mondiaux du coton".

"Pourquoi viennent-ils chez nous maintenant avec leurs OGM et leur technologie pour régler un problème qu'ils ont créé eux-mêmes? C'est une plaisanterie!".

Asseto Samaké est membre de la Coalition nationale pour la protection du patrimoine génétique malien, une orgganisation mise sur pied lorsqu'on a appris l'existence de ce projet de culture de coton BT, dans le cadre d'un programme financé par USAid. Selon Mamadou Goïta, lui aussi membre de la coalition, celle-ci regroupe plus d'une centaine d'associations agriicoles, de groupes de femmes, d'universitaires, et d'ONGs.

Question
 Pourquoi viennent-ils chez nous maintenant avec leurs OGM et leur technologie pour régler un problème qu'ils ont créé eux-mêmes?
 
Asseto Samaké

Une coalition similaire a été mise sur pied, au niveau régional, en Afrique de l'ouest, où les gouvernements des pays de la région élaborent actuellement une législation dans le domaine de la bio-sécurité.

Selon lui "le Mali est une sorte de porte qu'il leur faut ouvrir pour pouvoir atteindre certains pays européens" - des pays où l'introduction éventuelle de cultures transgéniques suscite encore une forte opposition.

Mamadou Goïta acuse USAid et les multinationales d'inciter les chercheurs et responsables gouvernementaux africains à accepter la biotechnologie en multipliant les cadeaux - ordinateurs et imprimantes, matériel de bureau, véhicules, et bourses pour les étudiants désireux d'aller étudier la biotechnologie aux Etats Unis.

L'activiste malien estime que cela revient à "acheter des gens".

Les avis favorables
Le coton joue un rôle capital dans l'économie malienne

Notre correspondante au Mali a appelé les bureaux d'USAid à Bamako, mais n'a pas eu de réponses.

Elle a pu, par contre receueillir les propos du ministre malien de l'agriculture, Seydou Traoré, qui rejette les accusations de corruption, affirmant "je ne suis pas au courant de pots-de-vin quelconques liés à la biotechnologie ou aux OGM. S'il y a des cas ailleurs, au Mali, au moins, nous n' avons pas eu connaissance de pratiques de ce genre".

En juillet 2005, l'entreprise Monsanto a dû verser une amende d'un million et demi de dollars en Indonésie pour avoir versé 50 000 dollars à un responsable de ce pays, afin d' essayer d'empêcher qu'une étude soit faite sur l'impact écologique des cultures de coton génétiquement modifié.

Mais Seydou Traoré estime que le Mali a besoin d'améliorer la qualité et le rendement de son coton, et l'introduction d'une variété BT pourrait y contribuer.

Mais le débat sur les OGM au Mali ne s'arrête pas aux portes de Bamako, la capitale du pays.

Dans les villages des zones où le coton est cultivé, de nombreux producteurs craignent que l'introduction d'une variété BT n'accroisse l'endettement et la dépendance des cultivateurs à l'égard d'entreprises étrangères.

Ladji Koné, de Bohi, dans le sud du Mali, estime que "le problème n'est pas la production, mais plutôt le niveau des prix, qui sont trop bas". Et il ajoute: "l'introduction de cultures transgéniques aurait pour effet de nous re-coloniser".

Dans le village de Petaka, à 8OO kms de Bamako, les agriculteurs expriment des inquiétudes similaires. Sur place, grâce à une aide d'USC, une petite ONG canadienne, un programme a été mis en route pour développer et préserver des variétés locales en créant des "banques " de gènes et de semences.

Tienen Sylla dirige le projet. "Je pense que les cultures OGM ne sont pas bonnes pour nous" déclare-t-il, "les semences dont nous nous servons ici, nous les avons héritées de nos ancêtres au cours de générations, et elles sont adaptées à notre climat difficile. Accepter des semences génétiquement modifiées serait tomber dans un piège".

Mana Diakité, qui dirige la branche malienne d' USC, note que l'occident a tendance à penser que la technologie est la clé du développement. Mais selon lui, dans le domaine de la sécurité alimentaire, ce n'est pas le cas.

Il souligne en effet qu'une fois que les cultures d'OGM seront introduites en Afrique, "les cultivateurs devront payer s'ils veulent avoir accès aux semences".

"Si les pluies sont insuffisantes" ajoute-t-il, " les cultivateurs doivent parfois semer et re-semer à au moins trois reprises. Or, si pour pouvoir produire du coton ils doivent acheter trois fois des semences, je ne pense pas que cela soit une bonne chose, au Mali ou ailleurs en Afrique de l'Ouest".

David contre Goliath
Ladji Koné: craint une "recolonisation"

Certains membres de la Coalition nationale pour la protection du patrimoine génétique malien reconnaissent que leur combat ressemble à celui de David contre Goliath, et qu'ils ont peu de chances de l'emporter.

Mana Diakité estime qu'ils ne pourront sans doute pas résister aux "pressions de l'extérieur". Il ajoute: " c'est très difficile pour un gouvernement africain de s'opposer à quelque-chose face à un super-géant comme les Etats Unis, ou à toutes ces entreprises".

Le débat continue. Et une réunion ministérielle de pays d'Afrique de l'ouest consacrée à la biotechnologie, la troisième du genre, doit avoir lieu à Accra, au Ghana, en juin 2006.

 
 
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