Angola: une entreprise esclavagiste?

  • 18 juin 2014
Des travailleurs brésiliens affirment avoir été traités de manière dégradante sur leur lieu de travail.

Des poursuites ont été engagées contre Odebrecht, une grande entreprise brésilienne accusée de maintenir dans un état d'esclavage 500 travailleurs brésiliens en Angola.

La compagnie, qui aurait acheminé des ouvriers brésiliens vers un site angolais en cours de construction, est accusée de « trafic d'êtres humains ».

Le procureur brésilien à l'origine de la plainte demande 500 millions de Réals (la monnaie brésilienne) de compensation pour les travailleurs.

La compagnie a indiqué qu'elle ne répondrait aux accusations qu'après avoir été officiellement instruite sur les actions en justice engagées à son encontre.

Odebrecht est la plus importante société de construction d'Amérique latine.

Fondée en 1941, elle opère aujourd'hui dans divers secteurs tels que la pétrochimie, les armes et l'agrobusiness.

Premier employeur privé d'Angola, elle est implantée dans le pays depuis 1984 et y fait travailler environ 20 000 personnes.

'Des conditions de travail humiliantes'

La plainte, déposée vendredi devant la Cour pour le travail d'Araraquara, ville brésilienne de l'État de São Paulo, par le procureur Rafael Araujo Gomes, concerne la construction d'une centrale de production de biocarburants en Angola.

L'affaire fait suite à la diffusion de témoignages d'employés de cette compagnie recueillis par les journalistes de la radio BBC Brazil.

L'action en justice pourrait signifier une inculpation pour crime pour les directeurs de l'entreprise brésilienne.

L'eau consommée par les employés de la compagnie brésilienne en Angola.

Selon les documents présentés à la justice, "des centaines d'ouvriers ont été assujettis à des conditions de travail dégradantes, incompatibles avec la dignité humaine, et leur liberté a été entravée. Ils ont par exemple été privés de leurs liberté d'aller et venir ».

La plainte parle d'employés « traités comme des esclaves modernes », une condition aggravée par l'éloignement puisqu'ils « étaient seuls, dans un pays étranger et très lointain, donc incapables de résister ».

Selon le procureur, au lieu de demander des visas de travail pour ses employés, la compagnie avait fait une demande de visas ordinaires, qui ne leur donne officiellement pas le droit de travailler en Angola.

Il accuse également Odebrecht d'avoir "impudemment menti à l'ambassade d'Angola », en affirmant que les travailleurs se rendaient dans le pays « pour faire des affaires » et devaient y rester moins de 30 jours.

Les tickets d'avion achetés par Odebrecht prouvent le contraire, puisque ces employés devaient retourner au Brésil après une longue période.

'Une punition exemplaire'

Selon le procureur, la compagnie a engagé des "personnes se trouvant dans des conditions précaires, incapables de réagir et de se plaindre au sujet de leur traitement, incapables de trouver un autre travail, et qui ne pouvaient même pas quitter le site de construction ».

Les employés ont été confrontés à un certain nombre de difficultés une fois en Angola. Certains ont même été emprisonnés.

Selon le protocole de Palerme, ratifié par le Brésil, le trafic d'êtres humains inclut l'utilisation professionnelle de personnes ayant été trompées sur leurs futures conditions de travail, et l'embauche d'employés volontairement gardés dans « une situation de vulnérabilité ».