Amnesty condamne l'Union africaine

  • 13 octobre 2013
La séance d'ouverture du sommet extraordinaire de l'Union africaine.
La séance d'ouverture du sommet extraordinaire des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union africaine.

Amnesty a jugé dimanche "déplorable" la demande de l'Union africaine d'ajourner les procédures engagées par la Cour pénale internationale contre les président et vice-président kényans.

L'organisation de défense des droits de l'Homme affirme que les dirigeants africains "placent leurs intérêts au-dessus de ceux des victimes de crimes de guerre".

"L'appel du sommet de l'Union africaine (UA) pour une immunité des responsables de gouvernement est déplorable", estime Amnesty International dans un communiqué.

Lors d'un sommet extraordinaire à Addis Abeba samedi, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UA ont conclu qu'aucune poursuite ne devait être engagée devant un tribunal international contre un chef d'Etat ou de gouvernement en exercice.

Ils ont demandé "de surseoir aux poursuites contre le président et le vice-président du Kenya en vertu de l'article 16 du Statut de Rome", traité fondateur de la Cour pénale internationale (CPI).

Cet article permet au Conseil de sécurité de l'ONU d'imposer à la CPI la suspension de toute enquête ou poursuite pour une durée d'un an, renouvelable de facto indéfiniment.

Un mauvais message

Le président Uhuru Kenyatta avec des délégués du Kenya
Le président Kenyatta avec des délégués du Kenya

"Cette déclaration envoie un mauvais message, celui que les hommes politiques sur le continent africain placent leurs intérêts politiques au-dessus de ceux des victimes de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocide", estime le directeur adjoint en charge du droit chez Amnesty, Tawanda Hondora.

"Demander l'ajournement des procès" du président kényan Uhuru Kenyatta et de son vice-président William Ruto "enverrait le message fort que les victimes des violences post-électorales au Kenya n'importent pas", poursuit-il.

Les deux responsables politiques, alors adversaires, sont poursuivis pour crimes contre l'humanité par la Cour de La Haye pour leur rôle présumé dans les violences post-électorales qui ont coûté la vie 1100 personnes environ et fait plusieurs centaines de milliers de déplacés (déc. 2007- avr. 2008).

Les victimes de ces violences "ont attendu plus de cinq ans pour que les rouages de la justice se mettent en place, après l'échec du Kenya à rendre justice. (...)

'Ces procès devraient et doivent avoir lieu. Toute décision du Conseil de sécurité de l'ONU allant dans le sens de la demande de l'UA de retarder la justice serait une ingérence politique dans des procédures judiciaires indépendantes", affirme Amnesty.

Enfin l'attaque meurtrière fin septembre à Nairobi d'un centre commercial par des islamistes somaliens "ne doit pas être utilisée pour protéger le président kényan et son vice-président" contre une procédure devant la CPI, conclut l'organisation de défense des droits de l'Homme dont le siège est à Londres.

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