Contacts entre Ennahda et opposants

  • 18 août 2013
Rached Ghannouchi et Beji Caïd Essebsi avant un débat sur la situation en Tunisie
Rached Ghannouchi et Beji Caïd Essebsi avant un débat sur la situation en Tunisie

Les islamistes d'Ennahda au pouvoir en Tunisie et le mouvement d'opposition Nidaa Tounes ont reconnu dimanche avoir tenu des pourparlers secrets en Europe cette semaine pour trouver une issue à la crise politique qui mine le pays depuis près d'un mois.

Le dirigeant de Nidaa Tounes, l'ancien premier ministre post-révolutionnaire Beji Caïd Essebsi, et celui d'Ennahda, Rached Ghannouchi, se sont rencontrés "lors d'une tournée européenne" de l'opposant, a indiqué le parti d'opposition dans un communiqué.

M. Ghannouchi a confirmé sur Facebook que cette entrevue, le 15 août, avait été "positive et franche" sans plus de précisions.

Selon des media tunisiens, la rencontre a eu lieu à Paris.

Nidaa Tounes, un parti de centre-droit, a révélé la tenue de ces pourparlers après la multiplication "de rumeurs" en ce sens, et alors que M. Ghannouchi avait nié avec véhémence avoir quitté la Tunisie pour des consultations.

Aucun parti n'a expliqué pourquoi cette réunion a été tenue secrète.

Une crise sans précédent

La Tunisie est plongée dans une profonde crise politique depuis l'assassinat du député d'opposition Mohamed Brahmi le 25 juillet, le deuxième assasinat politique en moins de six mois.

Selon Beji Caïd Essebsi la crise est sans précédent, sécuritaire, mais aussi sociale, économique et même morale.

Et pour lui le gouvernement ne semble pas avoir pris conscience de la gravité de la situation.

Jusqu'à présent le Front de salut national (FSN) --une coalition de formations de l'opposition-- et Ennahda démentaient des pourparlers directs.

Nidaa Tounès a pourtant indiqué dans son communiqué que la réunion avec M. Ghannouchi avait été organisée en accord avec ses partenaires du FSN.

Les détracteurs du pouvoir disaient exclure toute négociation tant que le gouvernement dirigé par Ennahda ne démissionnerait pas.

Dans un entretien au journal le Monde Béji Caïd Essebsi estimait qu'"Ennahda ne devait plus présider le gouvernement".

Il y prônait la dissolutioin du gouvernement et son remplacement par une équipe de personnalités compétentes dont les membres s'engageraient à ne pas se présenter aux prochaines élections.

Et les islamistes affirmaient refuser tout pourparler tant que l'opposition continuait à réclamer la démission du cabinet.

Ils fixent deux lignes rouge, à savoir "ne pas toucher à l'Assemblée et au premier minstre".

En revanche Rached Ghannouchi s'est dit ouvert à un referendum à propos d'un projet de constitution nécessaire à l'organisation d'un futur scrutin, mais aujourd'hui en panne.

Ennahda a réuni depuis samedi son parlement interne pour étudier "des initiatives" visant à résoudre la crise, et des négociations sont prévues lundi avec le puissant syndicat UGTT.

Les opposants réclament un gouvernement apolitique et la dissolution de l'Assemblée nationale constituante (ANC), tandis que les islamistes ne sont prêts qu'à élargir le gouvernement existant à d'autres partis, en vue de former un cabinet d'union nationale.

L'UGTT, soutenue par le patronat, a adopté une position médiane, plaidant pour un gouvernement apolitique et le maintien de l'ANC pour qu'elle achève enfin la Constitution.

Le gouvernement est accusé d'avoir failli sur le plan sécuritaire face à l'essor de la mouvance salafiste, mais aussi dans le domaine économique, alors que les revendications sociales étaient au coeur de la révolution de janvier 2011.

On parle actuellement d'organiser des élections le 17 décembre.