Le président congolais, Joseph Kabila, se défend d'avoir remporté la présidentielle du 28 novembre grâce à des fraudes massives.
Les observateurs du Centre Carter, la fondation de l'ancien président américain, dénoncent quant à eux la crédibilité du scrutin, tandis que l'archevêque de Kinshasa, estime que les résultats ne sont pas conformes à la "la réalité".
Selon l'agence Reuters, ces accusations ont été récusées par le prés ident sortant, qui a toutefois reconnu que des "erreurs" ont été commises.
Le leader de l'opposition, Etienne Tshisekedi, adversaire du président Kabila lors du scrutin du mois dernier, s'est pour sa part proclamé vainqueur de l'élection.
Au moins quatre personnes ont été tuées lors de manifestations organisées pendant le week-end contre les résultats, qui créditent Joseph Kabila de 49% des voix, contre 32% pour Etienne Tshisekedi, 78 ans.
Lors d'une conférence de presse à Kinshasa, le président sortant, âgé de 40 ans, a rejeté les critiques portant sur la légitimité du scrutin.
"La crédibilité de ces élections ne peut être mise en doute", a déclaré Joseph Kabila, dont les propos ont été rapportés par Reuters.
"Y a-t-il eu des fautes, des erreurs ? Bien sûr, comme lors des autres élections sur le continent ou ailleurs. Mais cela jette-t-il un doute sur la crédibilité de ces élections ? Je ne pense pas" , a déclaré le président Kabila.
Interrogé sur les conclusions de la mission d'observation du Centre Carter, qui a relevé des "irrégularités graves" lors du processus électoral sans remettre "en cause l'ordre du résultat", Joseph Kabila a estimé que "cette organisation non-gouvernementale était allée au-delà de ce qu'on attendait d'elle".
"Nous resterons calmes et la ge stion au quotidien de l'Etat sera assurée ", a poursuivi Joseph Kabila, qui a cité ses résultats décevants dans l'est du pays comme preuve de la transparence du processus électoral.
"Nous comptions réaliser un meilleur score dans certaines provinces, notamment dans le Nord et le Sud-Kivu. Nous avons donc perdu certaines provinces et en avons gagné d'autres", a encore déclaré Joseph Kabila.
Le président sortant a par ailleurs dit ne pas avoir été surpris qu'Etienne Tshisekedi se soit autoproclamé président, ajoutant qu'il continuerait d'assurer la gestion du pays, tout en se disant confiant que l'économie congolaise connaîtrait dans les deux ou trois prochaines années des taux de croissance à deux chiffres.
"Taux de participation impossible"

L'opposition, quant à elle, a annoncé son intention d'organiser des marches, après avoir rejeté la victoire de Kabila.
"Nous insistons sur le caractère non-violent de ces manifestations. La population est consciente que cela pourrait être une longue marche, mais est elle y est préparée", a déclaré Albert Moleka, directeur de cabinet d'Etienne Tshisekedi.
Quatre autres candidats de l'opposition ont déclaré que l'élection avait été entachée de fraudes et devrait être annulée.
La RDC, pays d'Afrique centrale dont la superfi cie équivaut à deux tiers de celle de l'Europe occidentale, avec peu de routes bitumées et un nombre insuffisant d'infrastructures de base, tente de se remettre de la guerre civile de 1998-2003 qui a emporté quelque quatre millions de vies.
Le procureur de la Cour Pénale Internationale (CPI), Luis Moreno-Ocampo, a averti la semaine dernière que les auteurs d'exactions dans le cadre d'un éventuel nouveau conflit auraient droit à un billet pour La Haye, pas pour le pouvoir.
La victoire de Joseph Kabila lors du dernier scrutin présidentiel, en 2006, avait conduit à des batailles rangées dans les rues de Kinshasa, entre les forces gouvernementales et les milices alliées au candidat malheureux, Jean-Pierre Bemba.
Ce dernier est actuellement poursuivi devant la Cour Pénale Internationale pour crimes de guerre en République centrafricaine.
Dans un communiqué, le Centre Carter, qui disposait de 26 équipes d'observateurs lors de la présidentielle du 28 novembre, a souligné les différences dans le décompte des voix entre les zones où Joseph Kabila avait un soutien fort et les zones favorables à Etienne Tshisekedi.
Quelques circonscriptions de la province du Katanga "ont enregistré des taux de participation incroyablement élevés, de l'ordre de 99 à 100%, avec la totalité ou la quasi-totalité des suffrages acquis à Joseph Kabila", indique l'organisation.
Pendant ce temps, à Kinshasa, où Etienne Tshisekedi jouit d'un important soutien, les résultats de près de 2000 bureaux de vote - soit le cinquième environ de la capitale - se sont évaporés.
Le Centre Carter estime néanmoins que les violations qu'elle a relevées ne signifient pas que l'ordre d'arrivée des candidats est nécessairement différent de celui qui a été annoncé par la Commission électorale.
L'archevêque de Kinshasa, le Cardinal Laurent Monsengwo, a de son côté déclaré que les résultats ne sont "conformes ni à la vérité ni à la justice", ajoutant qu'ils devaient faire l'objet d'une contestation devant la Cour Suprême.
"Mais puisque les résultats sont provisoires et doivent être confirmés par la cour suprême de justice (CSJ), nous demandons aux contestataires d'interjeter appel, de recourir aux voies de droit et de ne pas se livrer à la violence. Dix-huit morts c'est trop !", a demandé l' archevêque , en citant le bilan des violences entre le 26 et le 28 novembre dans le pays donnés par l'ONG
Human Rights Watch.
"Que la cour suprême se sente donc en conscience interpellée par le peuple congolais tout entier", conclut le cardinal Mosengwo.
Mais Etienne Tshisekedi a exclu un recours devant la haute juridiction.
Il a qualifié les résultats de "provocation".
"Nos propres décomptes montrent que j'ai recueilli 54% des suffrages, contre 26% pour Joseph Kabila. Son mandat est terminé. Je suis le président", a déclaré Etienne Tshisekedi.
Son directeur de cabinet a quant à lui renchéri que le Président de l'UDPC espère que la communauté internationale mènera une médiation pour trouver une solution à la crise.
Joseph Kabila est arrivé au pouvoir en 2001, suite à l'assassinat de son père, Laurent Désiré Kabila.
Il devrait être investi le 20 décembre pour un second mandat, après confirmation de son élection par la Cour Suprême.