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Angola: clandestins congolais brutalisés

Dernière mise à jour: 14 octobre, 2011 - 16:42 GMT


Mine en Angola

Exploitation illégale d'une mine en Angola

En République démocratique du Congo, dans la ville de Kamako à 7 km de la frontière angolaise, une dizaine de femmes sont assises sur des canapés arrangés en cercle pour plus d'intimité. Ce lieu est géré par AJID, une ONG locale qui assiste les migrants en détresse.

L'une d'entre elles s'appelle Thérèse Tshanga. Cette Congolaise de 38 ans fait partie des centaines de milliers d'immigrés expulsés d'Angola depuis 2003.

Elle porte un jeune enfant dans ses bras et une cicatrice récente barre son front.

Mme Tshanga cherchait du travail en Angola lorsque des hommes en uniforme l'ont arrêtée le 28 septembre. Elle raconte qu'ils l'ont emmenée dans la brousse : « Trois militaires sont venus me violer. Deux d'entre eux m'ont couchée, et lorsque j'ai résisté au troisième, il m'a blessé au visage avec ses dents. »

Après trois jours de détention dans la brousse et trois autres dans une prison proche de la ville frontalière de Dundu, Mme Tshanga a finalement été expulsée vers sa République démocratique du Congo natale avec son neveu. Elle a perdu la trace de la mère de l'enfant.

A Kamako, de nombreux expulsés rapportent des faits similaires.

Témoignage

Une victime d'abus sexuels en Angola.

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Une femme raconte avoir été violée par huit hommes en uniforme. Une autre explique qu'elle a été déshabillées et fouillée par des gardes-frontières qui ont introduit leurs doigts dans toutes les cavités de son corps pour rechercher des dollars ou des diamants, avant de voler ses vêtements et ses chaussures et de la reconduire à la frontière.

Quant aux hommes, la plupart admettent s'être rendus illégalement en Angola pour travailler dans les mines de diamant. Ils racontent avoir été sévèrement battus par les services de sécurité Angolais après s'être faits prendre.

« On m'a beaucoup tabassé. Même cette oreille ici ne travaille pas bien, parce qu'on m'avait donné une gifle ici », déclare Mubikay Mupani en montrant le côté de sa tête.

Lorsqu'on lui demande si ses agresseurs ont expliqué pourquoi elle la violaient, Mme Tsanga répond : « Ils ont dit "Nous ne voulons pas que les Congolais viennent en Angola, mais vous ne voulez pas comprendre, alors nous vous violons pour que vous ne reveniez pas". »

Pourtant, M. Mupani, un jeune père de famille, a perdu tout espoir de nourrir ses enfants au Congo et prévoit de retourner en Angola. Il explique que les mines de diamants appartiennent ici à des propriétaires de titres miniers qui interdisent l'accès aux mineurs artisanaux ou gardent pour eux l'essentiel de la production, tandis que les contrôles sont moins stricts côté angolais.

Les autorités congolaises et les humanitaires s'accordent pour dire que ces vagues d'expulsions violentes ont commencé fin 2003, lorsque le gouvernement de Luanda a renforcé son contrôle du territoire à la fin de la guerre civile et commencé à expulser les étrangers des mines de diamant.

Côté congolais, la guerre touchait aussi à sa fin et le gouvernement de la transition, dirigé par l'actuel président Joesph Kabila flanqué de quatre ancien chefs rebelles, a réformé la législation minière.

Des individus et des compagnies basées à Kinshasa ou à l'étranger ont commencé à acheter des concession exclusives, chassant des milliers de mineurs de leurs lieux de travail. Beaucoup ont choisi l'émigration en Angola.

En partenariat avec l'administration congolaise des migrations et des groupes locaux comme AJID, l'ONG italienne Comité international pour le développement des peuples (CISP) compile des données sur la crise qui se poursuit depuis le long de la frontière.

Depuis le 1er avril, elle a enregistré 38 000 expulsions. Plus de 2 000 personnes ont déclaré avoir été victime de violences sexuelles à cette occasion, et 7 000 ont dénoncé d'autres formes de violences physiques.

Près de la moitié des expulsés ont déclaré avoir été dépouillées de leurs biens personnels.

La question ne semble pas dominer les relations diplomatiques entre l'Angola et la RDC. La dernière plainte officielle de Kinshasa remonte au mois de mai dernier, lorsqu'un Congolais avait été émasculé avant son expulsion.

En général, l'Angola expulse les immigrés par groupes de quelques dizaines, quelques centaines au plus. Mais depuis une semaine, les informations provenant du poste-frontière de Kandjaji, à 80 km de Kamako, décrivent une tactique différente.

« Le 5 octobre, il y aurait eu selon les informations qui nous proviennent de plusieurs sources, des attaques des militaires de l'Angola sur des villages d'habitants Congolais en Angola », rapporte Antonio Mangia, coordinateur protection de CISP en RDC.

« Au moins 3400 personnes on pris la fuite vers le Congo. Beaucoup de monde nous a raconté qu'il y aurait eu beaucoup de morts dans le fleuve, beaucoup de femmes ont dénoncé avoir été violées (plus de 300), beaucoup de monde dénonce avoir été tabassé », ajoute-t-il.

Lisa Rimli, chercheur de l'organisation de défense des droits de l'homme Human Rights Watch pour l'Angola, confirme les accusations d'abus répétés commis par des membres des services de sécurité angolais à l'encontre des migrants congolais.

« Etant donné que la plupart des violences sexuelles sont commises de façon récurrente dans des centres de détention, il existe une responsabilité claire des autorités angolaises », affirme-t-elle. « Le gouvernement doit assurer la protection et le traitement approprié notamment des femmes et des enfants, et il a l'obligation de mener des enquêtes sur les allégations de violences sexuelles et de poursuivre leurs auteurs lorsqu'ils sont identifiés. »

Mais le porte-parole de l'ambassade d'Angola à Kinshasa, João Gomes, rejette ces accusations.

« Tant en Angola, comme au Congo, comme dans d'autres pays, il y a des lois qu'il faut respecter. Surtout dans des zones de réserves de l'Etat, surtout dans des zones diamantifères. Mais dire que les militaires angolais commettent des atrocités, ce n'est pas vrai », affirme-t-il.

L'Etat angolais préfère insister sur le caractère illégal de la présence des Congolais dans les mines de diamant de la province de Lunda Norte.

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