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Sénégal: l'engagement pour le "new sopi"

Dernière mise à jour: 4 mai, 2011 - 17:57 GMT

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Actif depuis le 19 mars, le mouvement de jeunes sénégalais "Yen a marre" se veut un temoignage contre les échecs du "sopi" et un combat pour l'alternance politique en 2012.

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Y'en a marre se veut un mouvement d'engagement de la jeunesse sénégalaise à "développer une nouvelle citoyenneté fondée sur un nouveau type de Sénégalais face à la crise"

Parler aux artistes sénégalais, surtout parler aux rappeurs, et ils vous diront qu'ils ont constitué la sellette du cheval "sopi" à la chevauchée duquel Maitre Abdoulaye Wade est arrivé au pouvoir en 2000.

Profitant du printemps de la bande FM, ils avaient vulgarisé la rhétorique du ras-le-bol contre le régime à bout de souffle d'Abdou Diouf, le président d'alors.

Une décennie plus tard, au moment même où le monde arabe fait son printemps à grand renfort de publicité médiatique avec l'ensemble de l'Afrique sub-saharienne dans une léthargie relative, les artistes sénégalais signent un retour collectif et bruyant à travers un mouvement éloquemment baptisé "Yen a marre" avec pour objectif la "néo-alternance" ou le "new sopi".

Déclic fondateur

Le mouvement Yen marre, porté sur les fonts baptismaux en mars dernier, à en croire ses animateurs, est un témoignage contre la stagnation politique, contre ce qu'ils considèrent comme une gestion oligarchique du Sénégal.

"C'est un mouvement pour engager la jeunesse sénégalaise pour développer une nouvelle citoyenneté fondée sur un nouveau type de Sénégalais face à la crise", déclare à la BBC Cheik Fadel Barro, coordonnateur de Yen a marre.

Le déclic fondateur, toutefois, relève de ce qui peut se catégoriser dans le domaine des faits divers: le choc de voir un homme s'immoler par le feu devant la présidence; la tentative de catharsis des jeunes désabusés qui éventent leur colère en brûlant des pneus sur les chaussée... en quelques mots, ce que le mouvement qualifie "d'énergies négatives" qu'il fallait canaliser pour un but plus noble et non-violent.

Monsieur Barro explique que le mouvement est bien plus qu'un collectif d'artistes. En effet, il rassemble des jeunes de tous bords, mais porté par les rappeurs qui en vulgarisent le leitmotiv à travers la musique.

"C'est un mouvement patriotique, citoyen, non-violent et apolitique", renchérit le rappeur Thiat, l'autre tête de pont de Yen a marre.

Et c'est son camarade nommé Fou-Malade qui assure la direction artistique du mouvement. Sous sa houlette, Yen a marre œuvre pour "un suicide individuel en vue d'une résurrection collective".

Le suicide étant l'effort de s'oublier auquel le mouvement invite chaque jeune sénégalais; et la résurrection collective, l'alternance en douceur, sans violence qui récompensera ce sacrifice.

Certes, les artistes et les jeunes qui composent le mouvement ne sont pas nécessairement les mêmes ou ne sont plus ce qu'ils étaient en 2000, mais les récriminations assenées contre le régime du président Wade sont fort similaires à celles d'il y a dix ans.

En effet, Yen a marre se fait fort de "vomir" sur ce que ses animateurs considèrent comme la corruption rampante dans leur pays (ils évoquent l'affaire de la valise diplomatique en guise d'illustration), la gabegie (la statue de la Renaissance africaine est indexée) et l'insouciance (incarnée par les coupures intempestives d'électricité).

Senghor, Diouf et Wade

Le tableau que dresse le collectif est une peinture de la déception, martèle l'artiste Fou Malade qui s'évertue à rappeler:

"La France nous a donné Senghor; Senghor nous a donné Diouf et Abdoulaye Wade est le seul président que le peuple sénégalais s'est choisi."

Et la déception, selon le mouvement, vient du fait que le président choisi par le peuple sénégalais lui-même a trahi les promesses du changement.

Yen a marre refuse d'admettre que son engagement vise le président Wade personnellement, préférant évoquer un combat contre un système.

Et ceux qui perçoivent une proximité entre le mouvement et les partis d'opposition, Yen a marre invite à ne pas aller vite en besogne.

Thiat, l'autre rappeur tête de pont du collectif, explique que quand l'opposition passera aux affaires, Yen a marre sera là pour jouer les sentinelles.

Et quid de la popularité du mouvement? Pour Fadèle Barro, Thiat et Fou-Malade, il n'est pas question de la monnayer.

Presqu'en chœur, ils répètent à la BBC qu'ils ont juste un rôle de "chien de garde". Leur récompense sera de voir le changement se matérialiser en 2012. Pas plus.

NB: L'entretien avec les responsables du mouvement Yen a marre est diffusé dans le Club BBC Grand du mercredi 04 mai à 18 heures 30 GMT.

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