Révolte des Mau Mau : Des survivants demandent justice

Des personnes suspectées d'être des Mau Mau dans un camp à Nairobi en 1952.
Durant la rébellion, des milliers de Kenyans ont été détenus dans des conditions effroyables.

Une action en justice intentée contre le gouvernement britannique pour obtenir réparation pour quatre Kenyans qui auraient été torturés au cours de la révolte des Mau Mau mettra sous les projecteurs l'un des conflits les plus sanglants de l'Empire britannique.

Le soulèvement est désormais considéré au Kenya comme l'une des étapes les plus importantes vers son indépendance par rapport au joug britannique.

Les combattants Mau Mau venaient principalement du groupe ethnique le plus important au Kenya, les Kikuyu.

Au nombre de plus d’un million, au début des années 1950 les Kikuyu étaient devenus de plus en plus marginalisés économiquement après des années d'expansion des colons blancs sur leurs terres.

A partir de 1945, des nationalistes comme Jomo Kenyatta, de l'Union africaine du Kenya (UAE) font pression sur le gouvernement britannique pour obtenir des droits politiques et des réformes foncières.

Mais certains militants de l'UAE créent un groupe dissident et organisent une forme plus radicale du nationalisme, et dès 1952, des combattants Kikuyu attaquent des opposants politiques et font des raids sur des fermes des colons blancs, détruisant du bétail

En octobre 1952, les Britanniques déclarent l'état d'urgence, et commencent à déplacer des renforts de l'armée au Kenya.

Commence alors une contre-insurrection brutale, qui dure jusqu'en 1960, à la fin de l'Etat d'urgence.

répression lors d el'tat d'urgence
L'état d'urgence décrété au Kenya par les Britanniques en 1952 durera 8 ans.

Le nombre de personnes tuées durant cette période est un sujet de controverse. Officiellement, le nombre de victimes chez les Mau Mau et d'autres rebelles s’élèvent à 11.000, y compris 1.090 condamnés, pendus par l'administration britannique.

Au cours des huit années d'état d'urgence, 32 colons blancs auraient été tués.

Cependant, les chiffres non-officiels indiquent qu’un plus grand nombre auraient trouvé la mort dans la campagne anti-insurrectionnelle.

La Commission kenyane pour les droits de l’homme a déclaré que 90.000 Kenyans avaient été exécutés, torturés ou mutilés lors de la répression, et 160.000 détenus dans des conditions épouvantables.

David Anderson, professeur de politique africaine à l'Université d'Oxford, estime que le nombre de morts dans le conflit pourrait atteindre les 25.000.

Soutien de l’archevêque Desmond Tutu

Le cabinet d'avocats londonien Leigh Day & Co a déposé une plainte à la mi-2009 au nom de cinq personnes âgées kenyanes. Lune d’entre elle est décédé depuis que le recours a été déposé.

Les plaignants affirment avoir été agressés et torturés entre 1952 et 1961 par des fonctionnaires de l'administration coloniale britannique, au cours de la révolte des Mau Mau.

Les avocats des quatre plaignants, qui portent l'affaire devant la Haute Cour de justice, ont aussi dénoncé un recours systématique à la violence contre les détenus des camps.

Les autorités du Royaume-Uni ont déclaré que cette demande de réparation n'était pas valide en raison de la quantité de temps écoulé depuis les abus présumés, et que toute la responsabilité incombait aux autorités kenyanes après l'indépendance en 1963.

Mais le cabinet Leigh Day & Co affirme que cette affaire est "une opportunité pour le gouvernement britannique de se réconcilier avec le passé et de présenter des excuses aux victimes et au peuple du Kenya ".

L’Archevêque sud-africain Desmond Tutu soutient les plaignants.

Il a longtemps été suggéré que la répression de la révolte Mau Mau avait été l'une des actions les plus brutales parmi les mesures prises contre les soulèvements coloniaux dans l'Empire britannique.

La recherches d'archives liées à l'affaire a conduit à la découverte de milliers de fichiers d'anciennes colonies britanniques, dont le Kenya, que le ministère des Affaires étrangères doit rendre public.

Si les Mau Mau ont été complètement défaits en 1960, à cette date, les réformes que les nationalistes exigeaient avant le soulèvement avaient commencé, et en 1963, le Kenya devenait indépendant.