Nigeria: jets privés en pagaille

  • 5 mars 2014
La plupart des acheteurs de jets privés préfèrent éviter d’être sous les projecteurs, en particulier lorsqu’il s’agit d’exposer leur richesse, bien que dans les cercles restreints du monde de l’aviation, le nom des propriétaires est de notoriété publique.

La riche élite nigériane achète de plus en plus de jets privés, évitant ainsi les difficultés que connaissent les usagers de vols commerciaux.

“Il y a en moyenne toujours 9 avions qui sont réparés ici, dans notre hangar », affirme Peter de Waal d’ExecuJet Aviation Nigeria, tout en regardant une rangée de jets aux lignes parfaites, dont s’occupe une équipe d’ingénieurs.

ExecuJet fournit un hangar aux propriétaires de ces avions et est autorisé par les principales compagnies d’aviation à offrir des services de maintenance pour les avions commerciaux.

Une compagnie qui est l’exemple vivant de la croissance rapide de l’industrie des jets privés au Nigeria.

"Le temps c'est de l'argent"

“La maintenance a été faite en Europe et aux Etats-Unis, mais nos services ici peuvent nous aider à gagner du temps et à diminuer le coût qui est énorme », explique Mr De Waal.

Voyager sur les vols commerciaux nigérians, même en classe business, signifie faire face à de nombreux problèmes, en raison des fréquents retards et déroutements, qui sont un inconvénient pour tout le monde, y compris pour ceux pour qui « le temps c’est de l’argent »…

Ce sont ces raisons, auxquelles s’ajoute le côté exclusif, qui font que l’option du voyage en avion « sur mesure » est très recherchée chez les super-riches.

« Il est très difficile d’estimer le nombre exact de jets privés au Nigeria parce que la majorité sont enregistrés à l’étranger », affirme Rady Fahmy, le directeur exécutif de l’Association africaine de l’aviation commerciale.

« Les avions au Nigeria, et dans une grande partie du continent, appartiennent à des hommes d’affaire », poursuit-il. « C’est en quelque sorte le contraire de l’Amérique du Nord et de l’Europe où ils appartiennent à des entreprises ».

« Le choix de le déposer sous le nom d’une personne est lié à un besoin financier ».

Gulfstream G550, Bombardier Challenger 605, Dassault Falcon 900...

La plupart des acheteurs de jets privés préfèrent éviter d’être sous les projecteurs, en particulier lorsqu’il s’agit d’exposer leur richesse, bien que dans les cercles restreints du monde de l’aviation, le nom des propriétaires est de notoriété publique.

Les plus riches font généralement le choix d’acquérir un bombardier de longue portée, type Global Express XRS, qui vaut environ 50 millions de dollars, comme l’homme d’affaire le plus riche d’Afrique Aliko Dangote, ou encore la baronne du pétrole Folorunsho Alakija, et le magnat de la téléphonie mobile Mike Adenuga, qui détient également des avions commerciaux à la fois de petite et de longue portée.

D’autres modèles assez répandus- coutant entre 57 millions et 39 millions de dollars- comme le Gulfstream G550, le Bombardier Challenger 605 et le Dassault Falcon 900- sont achetés par des Nigérians millionnaires, qu’ils soient politiciens ou hommes d’église.

De Waal passe un rapide coup de téléphone à un propriétaire de jet et on me donne le droit de monter dans un Falcon 900 aux lignes parfaites.

L’aménagement intérieur se divise entre un bar en bois lustré et une décoration de couleur crème, avec des sièges en cuir gris.

La zone réservée aux passagers est divisée en plusieurs parties, dont une partie générale avec quatre sièges, une salle de réunion, et un coin discret et fermé, avec un large canapé convertible, et une petite salle de bain à l’arrière de l’avion.

L’ensemble a été réalisé selon les goûts du propriétaire, un entrepreneur milliardaire qui souhaite garder l’anonymat.

Les avions sont en majorité enregistrés à l’étranger, principalement aux Etats-Unis, aux Bermudes, l’île de Man et l’île Maurice, car, selon les industriels du secteur, les avions sont difficilement revendables s’ils ont été enregistrés au Nigeria.

Les acheteurs craignent en effet que les standards d’entretien ne soient pas aux normes dans le pays.

Ascension économique fulgurante

Il est difficile d’ignorer que des dizaines de millions de Nigérians ne peuvent pas s’offrir un voyage en avion, et encore moins l’achat de leur propre appareil.

Le Nigeria connait une ascension économique fulgurante mais la perception générale est que peu de gens profitent en réalité de cette vague de prospérité, à l’exception des 500 Nigérians dont les richesses sont estimées à plus de 50 millions de dollars.

Pour ceux qui ne peuvent s’offrir leur propre avion, les vols commerciaux charter sont également en plein boom au Nigeria, attirant les compagnies internationales telles que Hanger8 et VistaJet.

La croissance du transport aérien et de l’économie nationale a poussé les industriels de l’aviation tels que Beechcraft à s’intéresser au marché africain, et en particulier au Nigeria.

“Nous avons constaté un grand nombre de livraisons d’avions commerciaux sur tout le continent cette dernière décennie », affirme Scott Plumb, le vice-président des ventes pour l’Europe, le Moyen Orient et l’Afrique, à Beechcraft.

“Nous nous attendons à ce que cette tendance continue alors qu’un plus grand nombre d’entrepreneurs profitent des bénéfices liés au développement du voyage aérien, rendu possible par une forte croissance économique ».