Un reportage de Thomas Hubert sur la détermination de certaines femmes à peser dans les élections congolaises, bien qu'auncune ne brigue la magistrature suprême.
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Les onze candidats à l'élection présidentielle sont tous des hommes. Et pourtant, certaines femmes sont déterminées à peser dans les élections, surtout au niveau parlementaire, avec un style différent de leurs collègues masculins qui dominent pour l'instant la politique congolaise. Notre correspondant Thomas Hubert a rencontré trois candidates à un siège de député dans la même circonscription de Kinshasa.
Si l'inscription sur les listes électorales a attiré autant de femmes que d'hommes, le paysage est différent lorsque l'on parcourt les listes de candidats. Seule une femme avait annoncé sa candidature à la présidence, avant de renoncer au dernier moment. Quant aux personnes qui briguent un siège de député, ils restent en grande majorité des hommes, surtout dans les zones rurales. Mais pour Martine Bukasa, présidente de la fédération des femmes de l'Union pour la nation congolaise, le parti de Vital Kamerhe, les candidatures féminines sont en augmentation par rapport à 2006.
« J'ai vu que les femmes sont venues à tous les niveaux. Les femmes n'étaient pas complexées, elles ont vraiment voulu oser, déclare Martine Bukasa. J'ai félicité les formations que beaucoup de femmes ont eu avant, par le PNUD, l'entremise de beaucoup d'organisations, qui a permis à la femme de lever cette équivoque de coutume, de peur. »
Mme Bukasa ajoute que les femmes n'ont pas la même façon de faire campagne que les hommes, et elle est convaincue que leur plus grande proximité avec les électeurs va les aider à convaincre.
« Il y a une grande différence. D'abord, la femme n'a pas beaucoup de moyens financiers comme l'homme. Mais la femme a la parole, la femme a un coeur. Quand la femme parle, c'est elle qui vit la vie quotidienne, c'est elle qui vit tout ce qui se passe. Ca peut être une femme qui travaille, ça peut être une femme qui fait le ménage à la maison, mais c'est elle qui est au centre de tout. »
Si Mme Bukasa est de l'opposition, Isabelle Nkusu appartient elle au PPRD, le parti du président Joseph Kabila. Mais elle voudrait voir les femmes parlementaires surmonter leurs divergences pour aborder des sujets plus proches des préoccupations de la population.
Elle soutient : « Notre jeunesse aujourd'hui, c'est vrai que nous avançons un peu, mais il faut qu'on ait les bases solides après nous, quelle est la jeunesse qui va prendre la relève? Donc moi dans ma vision je vais me battre plus pour la femme et pour la jeunesse. Nous femmes, on s'est dit : taisons nos couleurs politiques, soyons unies pour qu'ensemble au parlement nous arrivions à faire quelque chose pour la femme et pour la communauté en général. »
Dans un pays réputé pour le niveau intolérable de violence subie par les femmes, pas besoin d'aller dans les zones de conflit de l'est du pays pour trouver des électrices à défendre. Josée Kapinga, candidate pour l'UDPS du leader d'opposition Etienne Tshisekedi, en fait son cheval de bataille :
« Les vendeuses de pain : elles se réveillent à 5 heures, elles sont menacées par les jeunes gens qu'on appelle kulunas, elles sont battues, elles sont déshabillées, violentées je peux dire en général. Si j'arrivais à l'Assemblée nationale, je demanderais à ce qu'on prenne des mesures sécuritaires pour les femmes, prendre des dispositions pour que les femmes de ma circonscription ne puisse plus connaître des humiliations. »
En janvier, ces candidates se retrouveront peut-être au parlement. C'est maintenant aux électeurs, et aux électrices, d'en décider.
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