"Oser réfléchir au célibat des prêtres"

  • 13 juillet 2014
Odon Vallet estime que grâce au pape François, on a commencé à parler d’un sujet qui était tabou : le célibat des  prêtres.
Odon Vallet estime que grâce au pape François, on a commencé à parler d’un sujet qui était tabou : le célibat des prêtres.

BBC Afrique a interviewé le spécialiste français des religions, Odon Vallet, sur le célibat des prêtres.

L’interview a été réalisée après que le pape François a promis des "solutions" à la question du célibat des prêtres, tout en soulignant que "cela prendra du temps".

Mais le Vatican a démenti cette prise de position prêtée au chef de l’Eglise catholique par le quotidien italien La Repubblica dans son édition de dimanche.

Question : Qu'est-ce qui à votre avis motive le pape François à reparler de cette tendance à lever le célibat des prêtres ?

Réponse : Le Pape lui-même a dit qu'il était très attaché au célibat. Il le pratique d'ailleurs, mais il réitère, comme beaucoup d'autres cadres du clergé, que ce n'est pas un dogme. Il manque des prêtres dans certains pays, surtout les pays d’Europe. Si on ordonnait des hommes mariés, on aurait sans doute eu plus de vocations. (…) Il y a des prêtres et même des évêques qui ne respectent pas cette règle du célibat. Ils ont parfois une compagne et des enfants. Il faudra un jour régulariser ces situations.

Q : Il y a eu un démenti du Vatican…

R : C’est normal qu’il y ait un démenti, parce que si on supprimait la règle du célibat, il y aurait eu un séisme dans l’Eglise catholique. Mais le pape François a eu raison de poser la question. Il ne prétend pas y répondre. Il dit que le célibat n’est pas pratiqué par les églises d’Orient, qu’ici à Rome ce célibat n'est peut-être pas éternel, et qu’il faut oser en parler et y réfléchir.

La suppression du célibat poserait d’autres problèmes : des problèmes de disponibilité des prêtres pendant le weekend notamment, mais aussi des problèmes financiers. Car un homme qui a une épouse et des enfants, il faut lui donner, ainsi qu’à sa famille, les moyens de vivre.

Ce qu’il y a de nouveau, c’est qu’on commence, grâce au pape François, à parler d’un sujet qui était tabou.

Q : En mai dernier déjà, le pape François disait que le célibat des prêtres n’est pas un dogme. Pensez-vous qu’il ne parvienne pas à surmonter les résistances au sein de l’Eglise ?

R : C’est fort possible [qu’il ne puisse pas les surmonter]. Mais les résistances ne sont pas forcément là où on les croit. Elles ne viennent pas uniquement et forcément des cardinaux. Il y a aussi des prêtres très attachés au célibat, des catholiques traditionnels qui y sont très attachés. Donc il faut faire évoluer les mentalités, mais de manière prudente, de telle manière qu’on ne casse pas l’Eglise catholique. C’est extrêmement délicat.

Le pape François en est conscient. (…) Mais sur ce sujet-là comme sur d’autres, il ne faut pas trop perdre de temps. Il lance le débat. Cela ne veut pas dire qu’il y aura des solutions dans un avenir rapproché.

Q : Des apôtres, dont Pierre, étaient mariés… D’où est venue l’innovation ?

R : Il y a des prêtres qui ont quitté le ministère parce qu’ils voulaient se marier ou avaient une compagne. Si on attend trop, on risque de se trouver devant des situations impossibles à régler. On m’a dit que dans un pays d’Afrique, environ la moitié des prêtres et une grande partie des séminaristes ont une compagne. Pour les séminaristes, ils vont être ordonnés prêtres alors qu’ils ont déjà enfreint la règle du célibat. Il faudra bien un jour mettre la loi en accord avec le fait.